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Syrie, une guerre pour rien

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La guerre syrienne révèle nos oublis et le désordre du monde

Six ans après le déclenchement de la guerre, Frédéric Pichon dresse un état des lieux du conflit syrien dont la fin n’est toujours pas entrevue. Ce conflit est bien plus qu’une guerre civile, car il met en jeu l’ensemble des acteurs de la région, parce qu’il révèle les appétits des Russes et des Américains et la dépression diplomatique de l’Europe.

Ce conflit polarise les opinions et suscite des débats bien au-delà de la Syrie et du monde arabe. Au point que même la question palestinienne est mise au deuxième plan. L’auteur, qui a effectué une dizaine de séjours en Syrie depuis mars 2011, s’attache par une série de courts chapitres à restituer la crise syrienne comme révélateur des bouleversements de l’ordre mondial. Car la guerre régionale qui se joue en Syrie est devenue symptomatique de l’agonie d’un ordre international en même temps que les prémices d’un nouvel ordre du monde. Ici se joue un lent redéploiement de la puissance américaine face à une hésitation stratégique majeure, propice à une poussée des puissances émergentes comme la Russie. Se joue aussi sur le théâtre syrien la progressive paralysie de l’Occident, voulant ignorer les réalités et projeter ses fantasmes sur un monde qui lui échappe.

Pour de nombreux pays, la question syrienne est devenue un objet de politique intérieure. Frappés par le terrorisme, aveuglé par la venue de l’islamisme, les pays d’Europe ne comprennent plus ce qui se passe sur le théâtre syrien. Cela interroge sur les choix diplomatiques et stratégiques de grands pays comme l’Angleterre, l’Allemagne et la France. Cette dernière est la plus durement touchée : diplomatie, islam, immigration ; ces questions refoulées et occultées ont ressurgi du fait des affrontements syriens.

La dimension religieuse du conflit est impensable pour la plupart des chancelleries d’Europe, alors qu’elle est essentielle pour les acteurs en présence en Syrie. A force de projeter nos fantasmes sur les autres on finit par croire qu’ils voient le monde de la même façon que nous et donc qu’ils pensent comme nous.
Fatale erreur que d’avoir évacué ce que le conflit syrien nous dit aussi sur ces hommes et ces sociétés qui se projettent encore dans l’au-delà, que cela plaise ou non.
Enfin, au Moyen-Orient, le modèle westphalien de l’Etat souverain, arrivé tardivement dans la région, est en plein reflux. Après plusieurs décennies de constructions nationales, la zone tout entière est en train de se désinstitutionnaliser, laissant les populations locales aux prises avec le chaos et la violence des milices.

Le devenir de la Syrie éclaire ce que sera l’ordre ou le désordre à venir.