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Développer la culture du dialogue

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Rencontre avec les cultures du Brésil. Rencontre avec des politiques, des académiciens, des hommes de culture et des entrepreneurs du Brésil.

Au théâtre de Rio, le pape a rencontré les responsables de la société brésilienne, dans les domaines politiques, culturels et économiques. Son message, fondé sur l’idée du développement intégral de la personne, reprend trois axes principaux qu’il appelle à développer afin de permettre un progrès constant de la société. Il cherche à faire fructifier la culture du dialogue et de la rencontre qui, pour lui, s’inscrit dans une véritable réalité et non pas dans des idées vaines.

Il rappelle ainsi que les responsables doivent maintenir un véritable sens éthique, fondamental et indispensable au développement de leur pays. Ce sens éthique est, nous dit le pape, un défi historique sans précédent.
L’éthique est un concept que beaucoup de monde a en bouche et est prêt à faire valoir. Pour le pape, elle se fonde sur « la dignité transcendante de la personne ». Le pape développe trois points importants.

1/ Tout d’abord, il insiste sur l’originalité de la tradition culturelle. Cette tradition est la mémoire des peuples, ce qui leur permet d’aller de l’avant. Reprenant ce qu’il avait dit dans l’avion le menant à Rio, le pape François a repris cette idée, désormais continue de son voyage, qu’un peuple doit s’enraciner dans une culture et dans une histoire pour se développer. En ce sens, il reprend ici un thème important développé avant lui par Jean-Paul II dans son livre Mémoire et identité. On sait que pour le Brésil, pays récent et aux mélanges culturels nombreux, la tradition révèle une importance d’autant plus grande qu’elle est construite à partir d’éléments très disparates.

Il a une formule synthétique et brillante pour définir le christianisme :

« Le christianisme unit transcendance et incarnation ; revitalise toujours la pensée et la vie, face à la déception et au désenchantement qui envahissent les cœurs et se répandent sur les routes. »

Il y aurait beaucoup à commenter sur cette définition. Unir transcendance et incarnation, c’est unir ce qui nous dépasse, ce qui est supérieur nos vies et à notre présent, avec ce qui est au plus proche de nous. Les croyances sont soit de pure transcendance, comme les philosophies asiatiques, soit de pure incarnation, comme les religions politiques. Seul le christianisme est à la fois transcendance et incarnation. C’est ce qui fait son unicité et ce qui le rend difficilement compréhensible par les autres croyances, qui ne comprennent pas comment une religion peut ainsi unir les deux. C’est là la spécificité fondamentale du christianisme, spécificité sur laquelle l’historien a beaucoup à dire.

2/ Responsabilité sociale. L’homme politique, c’est-à-dire l’homme qui intervient dans sa cité, est responsable du devenir de son pays. Il ne peut se cacher derrière les autres, derrière les circonstances et les aléas : il est en première ligne et il est le premier responsable de ce qui se passe ; des échecs et des succès.
Sa première responsabilité est la formation des futures générations. Nous sommes responsables de la formation des nouvelles générations qui soient compétentes en matière économique et politique, et qui soient fermes sur les valeurs éthiques, nous dit le pape. Ces propos ne peuvent que faire réfléchir intensément ceux qui ont des charges éducatives.

« Le leadership sait choisir la plus juste des options après les avoir considérées en partant de sa propre responsabilité et de l’intérêt pour le bien commun ; c’est la façon d’aller au cœur des maux d’une société et aussi de les vaincre par l’audace d’actions courageuses et libres. »

Savoir choisir la plus juste des options. Non pas l’option la plus juste, dans un absolu et un idéal qui n’existent pas, mais la plus juste entre les options qui sont possibles. C’est la grandeur du responsable public que de savoir allier le sens du bien commun avec la réalité de la décision.

3/ Il faut respecter la culture originelle et développer la responsabilité solidaire. Cela passe par le développement d’un dialogue constructif qui est fondamental dans nos temps présents.
Le pape insiste beaucoup sur le sens du dialogue, notamment avec les personnes qui ne partagent pas les mêmes idées que nous. C’est de ce dialogue, qui est une preuve de responsabilité, que peut émaner une société plus juste et plus construite.

« Entre l’indifférence égoïste et la protestation violente il y a une option toujours possible : le dialogue. »

Comme ces propos sonnent clairs. L’indifférence égoïste, le repliement sur soi, et la protestation, la violence physique ou verbale des hommes qui ne savent pas parler, sont un des maux principaux de nos actions politiques. Ces deux attitudes produisent deux camps séparés et opposés qu’il est pratiquement impossible de concilier. C’est le dialogue qui permet de bâtir des ponts. Comme l’a dit le pape a plusieurs reprises, il veut bâtir des ponts et non pas des murs. Il faut donc cultiver la culture de la rencontre, surtout avec ceux qui semblent les plus opposés à ce que l’on pense et ce que l’on défend, quel que soit cela.