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Passés à l’ennemi : des Français avec le Viet Minh

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Depuis quelques mois la France découvre avec effarement que des concitoyens partent en Syrie pour y mener le djihad. Ce sont, en quelque sorte, des Français passés à l’ennemi. Dans ce cas, les motivations idéologiques transcendent les considérations nationales.

Mais ce cas de figure a un précédent dans l’histoire. Pendant les guerres coloniales, et notamment la guerre d’Indochine, plusieurs soldats français ont quitté les rangs de l’armée française pour rejoindre le Viet Minh. Ce n’était pas des jeunes désœuvrés ou désorientés, mais des soldats du rang, tournant casaque et combattant avec ceux qui étaient jusqu’à présent des ennemis. Adila Bennedjaï-Zou et Joseph Confavreux retracent l’histoire de quelques-uns de ces soldats qui ont quitté leur armée nationale pour aller se battre dans les maquis Viet Minh. Comme l’exprime l’un deux : « Pour moi, Diên Biên Phu fut une victoire. » Cette enquête minutieuse, ponctuée de témoignages précis et d’entretiens fouillés, jette un certain trouble. Que signifie en effet se battre pour un camp ? Pourquoi porter l’uniforme du pays où l’on est né plutôt que celui du pays dont on admire et soutient l’idéologie ? Comment passe-t-on d’un camp à l’autre ? Comment combat-on ? Cela pose-t-il des problèmes moraux ?

Les auteurs interrogent des profils très variés : des légionnaires, des combattants antinazis, des communistes. À travers ces entretiens se fait jour la complexité de ces hommes, difficiles à faire entrer dans une case particulière, et qui ont pourtant travaillé pour une idéologie totalitaire. Cette enquête a aussi le grand mérite de parler de la guerre d’Indochine, largement occultée de nos jours par les traumatismes de la guerre d’Algérie. Ces hommes passés à l’ennemi sont, en creux et dans l’ombre, une part importante de l’histoire politique et intellectuelle de la France des années 1950-1960.