Jean-Baptiste Noé

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Paris/Marseille : A/R

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En voyage de Paris à Marseille par le TGV. Nous descendons le sillon rhodanien, cette voie que Bonaparte a remontée pour redevenir Napoléon. En trois heures de route, nous traversons des paysages français d’une très grande variété. Les mamelons verdoyants du Charolais, où paissent quelques troupeaux. La Côte d’Or affutée, où nichent quelques villages. Les collines de Provence, entre garrigue et pinède ; avant d’arrimer sur le vieux port et de se jeter dans la Méditerranée. Nous avons fait en trois heures ce qu’il fallait trois semaines à parcourir il y a trois siècles. Dans ce TGV nous éprouvons la véritable révolution des transports, qui a nous seulement modifiées notre façon de voyager, mais aussi notre façon de gouverner. L’aller-retour Paris Marseille dans la journée est désormais possible. Que de changements ! Ce sont ces changements silencieux que chaque Français peut vivre, mais dont on ne comprend pas toujours tous les enjeux, ou bien dont on ne se rend pas toujours compte. Voilà un exemple concret de l’immense modernisation de la France. Pouvoir relier le nord au sud, en quelques heures de train.

Pour l’œnologue, ce voyage est aussi un périple. Au départ, nous effleurons le vignoble champenois. Puis nous longeons les plus beaux crus de Bourgogne. Nous voyons les pinots et les chardonnays, nous devinons les toitures colorées de la Bourgogne vineuse. À peine avons-nous le temps de les apprécier que nous sommes déjà dans les Côtes du Rhône. Les septentrionales d’abord, puis les méridionales. Ici, c’est syrah, grenache, tannins et corps. Avignon est dépassé rapidement, avec lui Gigondas et Châteauneuf. Notre périple n’est pas fini pour autant. Nous arrivons en Provence, avec ses rosés et ses rouges enchanteurs. C’est presque toute la France vineuse que nous avons parcourue. Avec l’émotion taillée au vif on a pu également apercevoir les coteaux du Lyonnais et le Beaujolais. Si l’on pousse le regard un peu plus loin, c’est la mer que l’on franchit, et les vignes de Corse que l’on aborde. A cela, il n’y a rien d’extraordinaire, il n’y a pas de part au hasard, il y a seulement le fait, démontré par les historiens, que les vignobles d’exceptions se développent le long des axes commerciaux majeurs. Et n’est-il pas plus grand axes que le Rhône ?

Partant vers l’ouest, nous aurions pu longer la Loire, redescendre vers le sud, par le Berry et Saint-Pourçain, atteindre Bordeaux, et pousser éventuellement le voyage en Languedoc. Avec d’autres voies de communication, c’est d’autres vignobles qui s’offrent à l’amateur, mais par l’ouest ou par le sud, la route est bouclée. Ne manque que la route de l’est, celle de l’Alsace, vignoble de la route du Rhin. En France, elle est un peu esseulée. Mais si on la rattache aux vignes rhénanes d’Allemagne, elle apparaît dans son unité géographique et historique. Alors oui, l’histoire a un sens. Les éléments ne sont pas disposés au hasard. Le passé peut expliquer bien des traits du présent.