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Où est Mao ?

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Lorsqu’un des chapitres du programme d’histoire de Terminale porte sur la Chine de 1949 à nos jours, on pense spontanément qu’il faudra évoquer le Grand bond en avant et la révolution culturelle menés par Mao et les communistes, ainsi que leurs douloureuses conséquences pour les Chinois. Événements tragiques pour la Chine, ces deux mouvements ont fait plusieurs dizaines de millions de morts et ont démembré l’économie et le lien social du pays. Et pourtant, quelle surprise en lisant les manuels scolaires : les événements sont presque passés sous silence. À eux deux ils totalisent à peine une quinzaine de lignes et le nombre de morts, quand il est évoqué, est minoré par rapport aux recherches les plus récentes des historiens. Les faits ne sont jamais présentés en un seul tenant : il y a une évocation ici et des indications ailleurs, comme pour empêcher les lycéens de mettre les causes et les conséquences en rapport. Et bien sûr ni le communisme ni Mao ne sont incriminés. S’il y a eu des morts, c’est à cause des famines. Les auteurs ne se demandent pas qui, ni quelle idéologie ont provoqué ces famines, et pourquoi. Est-ce une amnésie volontaire ou un oubli fortuit ? Le maoïsme n’a pas le droit au même souci de vérité et de présentation critique que les autres systèmes totalitaires.

Des massacres de masse. Rappelons donc que le Grand bond en avant (1958-1961) avait pour finalité de faire entrer la Chine sur la voie du développement économique. L’absurdité des mesures et le fanatisme des fonctionnaires œuvrant à leur application ont conduit à la mort d’au moins 30 millions de personnes. La plupart sont mortes de faim, d’autres d’épuisement à cause de travaux forcés et imbéciles. À la suite de ce désastre, Mao a été écarté du pouvoir par la direction du parti, sans que celui-ci puisse totalement l’éliminer. Le grand timonier tente de revenir en organisant une purge sanglante du parti et des cadres ; c’est la révolution culturelle, menée de 1966 à 1968. S’appuyant sur les étudiants et la jeunesse il fait arrêter, déporter et assassiner les têtes pensantes du parti et du pays. Les universités et les écoles sont fermées, les intellectuels sont envoyés dans des bagnes portant le doux nom de camp de rééducation. L’objectif est de purger le pays et de rompre avec l’histoire et la tradition de la Chine en bâtissant un homme neuf, dans le plus pur esprit communiste. Difficile là aussi de connaître le nombre de morts avec exactitude, car les archives manquent, mais on l’estime à environ un million.

Moins meurtrière que le Grand bond en avant, elle fut plus violente dans les destructions culturelles et intellectuelles qu’elle a infligées au pays et dans ses conséquences à long terme pour la Chine. La liberté d’expression étant faible, on ne peut pas évoquer ces faits librement dans la Chine actuelle. Mais on voit aussi que la restriction mentale se poursuit en France, à l’image de ce que furent les combats idéologiques des années 1960-1970. Le laogaï et les gardes rouges sont passés sous silence. On n’évoque pas le système répressif d’État ni les tenants idéologiques qui ont conduit à de tels massacres, ce qui laisse penser que cela est un accident ou une conséquence malheureuse des mesures adoptées. L’amnésie est toujours au service d’un projet politique, et il est dommage que les lycéens français n’aient pas le droit à une formation véridique sur le maoïsme et le communisme.

Chronique parue dans l’Opinion.