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Le Louvre, entre histoire et diplomatie

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C’était l’époque où les diplomates se piquaient d’archéologie, où les ambassades servaient autant à faire la paix qu’à fouiller les cités disparues. En ce début de XIXe siècle, l’orientalisme parfume l’Europe. On redécouvre la Grèce et l’Orient ancien, et les Etats se livrent à une course aux fouilles et aux découvertes archéologiques. Le 8 avril 1820 à Milos, en mer Egée, un paysan découvre dans son champ une statue sans bras. Des marins français qui ont pu voir cette Vénus alertent l’ambassadeur de France auprès de la Sublime-Porte pour que celui-ci acquiert la statue et la ramène en France. Le marquis de Rivière négocie son achat, et l’obtient. La Vénus de Milo est expédiée à Marseille, et offerte au roi Louis XVIII qui, à son tour, l’offre au musée du Louvre.

Quelques années plus tard, en 1863, Charles Champoiseau, vice-consul de France à Andrinople, consacre une partie de son temps à mener des fouilles sur l’île de Samothrace. Dégageant de gros blocs de marbre dans le sanctuaire des Grands Dieux, il y découvre une immense victoire ailée, dont il manque la tête et les bras, mais dont le corps est presque intact, avec son drapé de mousseline plaqué sur le corps, pour évoquer les embruns qui s’abattent sur la proue du navire. Champoiseau vient de découvrir la célèbre Victoire de Samothrace, offerte aux dieux pour commémorer une victoire navale, au IIe siècle av. J.-C. L’émotion passée, il faut acheminer les gros blocs en bateau jusqu’en France, puis de Marseille à Paris, où la victoire est installée au Louvre, en haut de l’escalier Daru. Elle devient une des pièces les plus remarquables du musée. En 2014, le Louvre l’a entièrement restaurée, et elle s’offre de nouveau aux regards des amateurs.

Protection des œuvres orientales. Toujours au Louvre, les visiteurs peuvent admirer des pièces d’Assyrie et de Mésopotamie qui comptent parmi les plus fameuses. C’est ici qu’est né le premier musée assyrien, ouvert en 1847. Les pièces qui le composent ont été trouvées par les diplomates présents dans l’Empire ottoman et en Perse. Paul-Emile Botta, consul de France à Mossoul, fouilla la région entre 1843 et 1845. Les Français fouillèrent également le site de Suse, en Iran, et y trouvèrent le célèbre code d’Hammurabi. Des accords furent conclus avec la Perse et les Ottomans pour organiser le partage des œuvres. C’est ainsi qu’entrèrent au musée d’immenses lamassus, les taureaux ailés à tête d’homme qui ornaient le palais impérial. Les collections du Louvre comptent aujourd’hui près de 100 000 objets, ce qui en fait le plus important musée d’antiquités orientales. Le travail des archéologues français a assuré la survie de ces œuvres : avec les destructions du musée de Mossoul par les djihadistes de Daesh, et les éliminations des trésors archéologiques d’Irak et de Syrie, c’est une grande partie de la culture de ces peuples qui est aujourd’hui conservée en France. La France fut pionnière dans le domaine de l’archéologie.

Les archéologues découvrirent la civilisation de Sumer, en plus de compléter les connaissances portées sur celle de Babylone. Avec la Grèce, la Perse, la Syrie, l’Egypte s’ouvrit aussi aux savants français. Le Louvre conserve là-aussi des pièces majeures. Ne manque que la pierre de Rosette : découverte par un Français, elle fut subtilisée par les Anglais, et se trouve aujourd’hui au British Museum.

Chronique parue dans l’Opinion.