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La sainte ignorance 2/4

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Suite de la présentation du livre d’Olivier Roy

Le religieux face aux défis de la culture

Il n’y a plus de conversion de masse. Les conversions sont individuelles, elles procèdent d’un marché du religieux, ce qui déconcerte les personnes car elles ont du mal à comprendre cette liberté.

« Catholicisme et protestantisme gèrent différemment les relations entre marqueurs culturels et marqueurs religieux. L’Eglise catholique, entre autres par le concept d’inculturation, s’investit lourdement dans la recherche d’une relation de symbiose avec la culture sous des formes très diverses : inculturation, défense d’une culture européenne, référence au latin, théologie de la libération, etc. Alors que le protestantisme va au contraire aller très loin dans la voie de la déculturation, de la distinction entre marqueurs religieux et marqueurs culturels. » (p. 79)

De la civilisation au multiculturalisme

Les missionnaires sont convaincus de la supériorité de la culture occidentale. Il y a plusieurs cultures, mais il y a une seule civilisation, et c’est l’Occident. Evangéliser, c’est aussi répandre la civilisation à travers le monde, c’est-à-dire que les missionnaires ont une mission civilisatrice.

Les catholiques vont déculturer les indigènes, pour leur inculquer la culture européenne. C’est notamment le travail des séminaires, qui visent à faire des indigènes de parfait européens, même s’il s’agit aussi de promouvoir un clergé indigène.

Tout au long du siècle, la mission ne cesse de glisser vers l’humanitaire. Les missionnaires se prennent de sympathie pour les indigènes et comprennent leur culture, si bien qu’ils sont moins tentés de les convertir. L’action humanitaire prend le pas sur l’action missionnaire, on construit des écoles et des hôpitaux plus que des églises, et le souffle missionnaire finit par s’arrêter, stoppé aussi par la vague de décolonisation.

L’avènement des cultures et la crise de la civilisation

Après 1945 surgit le relativisme, et notamment le relativisme culturel : les cultures sont pensées comme étant égales entre elles. Si c’est le cas, alors pourquoi convertir, et comment le faire ? On veut mettre un terme au colonialisme et ce faisant on s’en prend à l’idée qu’il faut propager la civilisation. Le relativisme culturel commence à se diffuser, accompagné par l’assimilation entre nazisme et racisme. Le premier étant combattu, le deuxième l’est aussi, ce qui amplifie le relativisme culturel. La lutte en défense des minorités (ethniques, culturelles, religieuses et sexuelles) amène à penser les différences en termes de cultures. Et si toutes les cultures se valent, l’évangélisation n’a plus de raison d’être.

« Cela pose plusieurs problèmes de fond : comment concilier universalisme et authenticité ? Comment penser les droits de l’homme et la démocratie ? Et surtout comment penser diversité culturelle et universalité religieuse ? Ou bien la religion est ramenée à la culture, ou bien elle doit se dégager de la culture (en tout cas de la culture occidentale) pour affirmer son universalité. » (p. 87)

Mondialisation et retour des particularismes locaux

Les évangéliques ne se sont pas posés la question car ils ont déconnectés le marqueur religieux et le marqueur culturel ; ils ont ignoré le débat sur la culture. Cela leur permet de connaître une très forte expansion, au moment où les catholiques culpabilisent sur les fautes missionnaires du passé. C’est ainsi que des continents comme l’Afrique et l’Amérique latine, présentés comme les continents de l’espérance dans les années 1970, se révèlent être à leur tour des continents de mission à partir des années 1990.

Les cultures indigènes se sont levées contre le christianisme pendant les années 1960-1970. La théologie de la libération est un mouvement d’opposition à la vision occidentale du monde. Il s’agit de lutter contre un modèle que l’on juge oppresseur contre les indiens, le catholicisme ayant servi cette oppression. La tendance indigéniste c’est donc trouvée liée avec la théologie de la libération. Comme souvent, l’hérésie théologique est également le reflet d’une hérésie ethnique et culturelle.

L’auteur cite un extrait d’un credo rédigé par des indiens à La Paz (Bolivie) en 1995 : « Nous croyons en Jésus-Christ qui vit, meurt et ressuscite dans ceux qui luttent pour construire un projet historique de vie à partir des pauvres. Nous croyons en Jésus-Christ Dieu de la proximité et de l’unité, qui nous a donné vie et force à travers le sacrifice de Quetzalcóatl qui a été, est et continuera d’être de notre côté, pour rechercher un nouveau pachakuti, à travers la fraternité, la communauté, la solidarité, la réciprocité car tout cela est l’actualisation de son immense amour qui nous oriente vers la Terre nouvelle et les Cieux nouveaux. » (p. 91)

Ce texte est pour le moins frappant de syncrétisme religieux et de retour de l’indigénisme.