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La révolution de Jan Hus et l’Europe centrale

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Par Gérard-Michel Thermeau, dans Contrepoints.

Le 2 septembre 1415, la protestatio Bohemorum, déclaration de 452 chevaliers et nobles de Bohème réagissant à l’exécution du réformateur religieux Jean Hus sur l’ordre du Concile de Constance, marquait le début de ce qui va devenir la révolution hussite.

Avec les hussites, selon Martin Malia, pour la première fois l’hérésie religieuse se transforme en soulèvement politique et social. Serait-ce une révolution comme on l’écrit parfois ? Peut-être, mais une révolution dont les acteurs n’ont pas conscience. Leur vocabulaire est religieux, s’inscrivant dans la « tradition » des hérésies précédentes. C’est au XIXe siècle que les hussites sont redécouverts d’une part, par le nationalisme tchèque qui l’interprète comme une résistance contre les Allemands, et d’autre part du côté des socialistes tel le Français Louis Blanc. Mais c’est surtout le régime communiste tchécoslovaque, lors de la Guerre Froide, qui transforme le radicalisme hussite en préfiguration du communisme.

Le mouvement hussite dura 20 ans, de l’excommunication de son fondateur en 1412 à la défaite des taborites, les radicaux du mouvement, en 1436. La phase la plus ouvertement révolutionnaire culmine entre 1419 et 1424.

La Bohême, où éclate cette curieuse expérience, est la région la plus avancée d’Europe centrale à la fin du Moyen Âge. L’empereur et roi de Bohême Charles IV avait contribué à faire de Prague la « Paris de l’Est » en élevant son évêque au rang d’archevêque en 1344 et surtout en fondant l’Université de Prague en 1348. Mais l’Église, choyée par le pouvoir, est devenue trop riche et trop attachée aux biens de ce monde. Jean Hus est un prédicateur qui dénonce la mondanité des ecclésiastiques avec le soutien, dans un premier temps, du roi Wenceslas. Hus se fait élire recteur de l’université et critique la vente des Indulgences. Abandonné par le roi, il se rapproche des grandes familles nobles.

En 1414, l’empereur Sigismond, frère du roi Wenceslas, convoque un concile à Constance pour la réforme de l’Église, à une époque où le pouvoir pontifical est ébranlé par le Grand Schisme et fortement critiqué1. Hus a obtenu un sauf-conduit impérial pour se justifier. Mais loin de convaincre le Concile et le rallier à ses thèses, il est arrêté et brûlé vif. Cette exécution d’un homme, considéré en Bohème comme un « homme de bien juste et fidèle », provoque une immense indignation.

Début septembre 1415, la noblesse tchèque constitue une ligue nationale pour la défense de la réforme selon les idées de Hus, notamment la participation des fidèles à l’eucharistie sous les deux espèces, le pain et le vin. Abolir le privilège ecclésiastique est une façon de démocratiser l’Église tout en revenant à la tradition. Les Hussites sont donc appelés les partisans du Calice, les calixtins.

Le 30 juillet 1419 le mouvement devient vraiment révolutionnaire. Un prédicateur millénariste, Jan Želivský, entraine les artisans praguois à défenestrer les patriciens allemands. Dans une ambiance de fin du monde, Želivský désigne Sigismond comme l’Antéchrist. Une vague d’iconoclasme se répand dans Prague et les alentours : les images sont brisées et les monastères pillés.

Sous l’effet du choc provoqué par les événements, le roi Wenceslas meurt, frappé d’apoplexie : la couronne de Bohème revient à son frère, l’empereur Sigismond, l’ennemi acharné des Hussites. Dans les campagnes, les ravages de la Peste noire, qui est revenue en 1414, contribuent à troubler les esprits : pour les paysans, l’épidémie manifeste la trahison de l’Église. Les nouveaux croyants entrent en procession dans Prague à la mi-septembre 1419 : nobles et universitaires décident de s’appuyer sur ce raz-de-marée plébéien pour mieux défendre la vraie foi.

La fin du monde n’ayant pas eu lieu en février 1420, les millénaristes rasent la ville de Sezimovo Usti et décident de construire un « Tabor » (un camp en tchèque) sur une colline voisine : une communauté parfaite de frères et sœurs égaux. Si le mot « tabor » peut renvoyer au « camp » édifié à proximité de la ville détruite, il fait aussi référence au Mont Tabor. Plusieurs fois cité dans la Bible, le mont Tabor est associé à la Transfiguration : pendant quelques instants, Jésus a dévoilé sa nature divine à ses disciples.

L’Église est dépouillée de ses biens par ces radicaux puritains qui attirent à eux tout ce que l’Europe compte d’hérétiques : partisans de Wyclif, Frères de l’Esprit libre, Adamites. Mais très vite, le Tabor se transforme en confrérie militaro-religieuse dirigée par Jan Žižka, un hobereau âgé, fanatique dans sa foi et très compétent en matière militaire. Il met au point la tactique du wagenburg, utilisant les chariots des paysans comme des « chars de guerre » associés à une artillerie de campagne rudimentaire qui se montrent très efficaces contre la lourde cavalerie chevaleresque.

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