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Je suis Chablis

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Chronique gastronomique

C’est hélas un photomontage, mais il est si bien trouvé qu’il pourrait être vrai. Suite aux attentats de janvier, Gérard Depardieu a posé, comme beaucoup d’autres, avec un panonceau « Je suis Charlie ». Un journaliste facétieux a modifié la photo en inscrivant « Je suis Chablis ».

C’est au moins le mérite de ces attentats que d’avoir permis de rappeler que la France est le pays de la liberté d’expression. Ainsi, pour ancrer cette noble idée dans la réalité le gouvernement proposera peut-être d’abroger la loi Evin qui interdit de parler du vin à la télévision et dans les journaux. On se souvient du Parisien, condamné en 2007 pour avoir publié plusieurs articles sur le champagne à l’approche de Noël. C’était effectivement un grave délit. Ou bien ces chaînes de télévision qui voulaient se consacrer au vin, et que le CSA a interdit d’émettre en France. Face à ces restrictions, nous sommes tous Chablis. En 2013 nous avons manqué de peu de basculer dans l’horreur : la France, pays des droits de l’homme et de la liberté, avait projeté d’interdire de parler positivement du vin sur internet. Assurément, les sites des vignerons sont aussi dangereux que ceux des djihadistes, et vanter le bouquet du vin jaune au moins autant pervers que faire l’apologie de crimes ignobles. Il a fallu toute la persuasion des syndicats viticoles, notamment des Vignerons Indépendants, pour échapper à la loi, et l’auteur de ces lignes à la prison. Alors oui, nous sommes Chablis.

La France qui gagne

Quand je pense à Chablis me viennent d’abord à l’esprit les cuvées du domaine Brocard. Jean-Marc Brocard a fondé son domaine en 1973, l’année du choc pétrolier. Alors que tant de vignerons ont depuis disparu, et que beaucoup d’entreprises ont fermé, la sienne a prospéré et il s’impose aujourd’hui comme l’un des grands de Chablis. La preuve que la valeur d’un homme et la force d’âme peuvent bâtir de belles entreprises, même en période de crise, et même quand les prophètes annoncent le déclin.
Chablis, c’est le chardonnay, le cépage blanc le plus présent à travers le monde. Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Californie, Chili, le chardonnay s’exporte bien au-delà de son terroir bourguignon. Bien sûr les cousins d’outre-mer n’ont pas la même puissance, la même finesse, le même potentiel de vieillissement, mais de l’Océanie au Pacifique, c’est une part de la culture et du savoir-faire français qui s’exporte.

L’éducation interdite

Je suis Chablis, c’est aussi vanter la transmission de notre culture et de notre patrimoine viticole. En 2010, Jean-Robert Pitte, ancien président de la Sorbonne, avait rendu un rapport avec Jean-Pierre Coffe sur l’alimentation des étudiants où il préconisait de vendre du vin dans les restaurants universitaires afin d’éduquer à la consommation responsable, et de lutter ainsi contre les problèmes d’alcoolisme si prégnant chez les étudiants. Il eut à subir une attaque frontale des ligues de vertu s’indignant de cette idée nauséabonde. On peut rire de tout, on peut parler de tout, mais la liberté d’expression se limite aux sujets définis par les bonnes âmes. Quant aux semaines du goût dans les écoles, organisées sous l’égide des syndicats du sucre, ce sont les jus de fruit qu’elles préconisent, et on ne montre ni coupe ni flute, ni riesling ni merlot. Il n’y a pas de tabou en France, il y a seulement des sujets interdits.

Je suis Chablis, c’est rappeler l’importance de la filière viticole dans l’économie française, et l’aura que le vin suscite chez les touristes étrangers qui viennent chez nous pour visiter nos monuments et goûter nos spécialités. Mais par rapport aux autres régions viticoles mondiales nous avons un retard de développement de l’œnotourisme. Je suis Chablis donc, pour plus de reconnaissance de nos atouts, et moins d’armes et de lois.

Pour voir la photo mentionnée, suivre ce lien.

Article publié dans Tak.