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Hayek et la route de la servitude

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Pourquoi ne pas profiter de l’été pour relire les classiques du libéralisme, et notamment La route de la servitude de Friedrich Hayek (1899-1992) ? Paru en 1944, ce livre est un hymne à la liberté et à l’initiative privée contre les tendances collectivistes des États. Hayek met en garde les démocraties qui luttent contre les régimes totalitaires en leur démontrant que les idées socialistes qu’elles professent sont les racines mêmes du totalitarisme qu’elles combattent. Reprenant une grande partie de la pensée libérale, il met en exergue le lien entre liberté économique et liberté politique. Si un État interfère dans la vie économique en introduisant du collectivisme, alors cela ne peut qu’aboutir également au collectivisme politique. Hayek défend la notion d’individualisme fondamental, qui n’est pas l’égoïsme, et qui va à l’encontre du collectivisme.

La société individualiste est une société de concurrence. Cela engendre forcément de l’insécurité, parce que la concurrence permet à certains de progresser plus que d’autres. Toute concurrence engendre du risque, ce qui fait la saveur de la vie, et du bénéfice, qui est le salaire du risque. À l’inverse, les sociétés planifiées ont éliminé toute concurrence et tout individualisme, puisque règne le collectivisme. Les hommes peuvent penser que ce type de société est plus sure, parce que le risque a été éliminé, sauf que l’absence de liberté économique engendre la coercition et la dictature du décret et de la norme. Hayek démontre très bien que dans ce type de société, les hommes ne sont plus que des pions et des chiffres ; non plus des individus, mais des numéros. La sécurité est donc elle-même détruite, puisque les hommes sont devenus des esclaves.

Immoralité du collectivisme. On accuse souvent le capitalisme d’être immoral. Or c’est exactement l’inverse, nous dit Hayek, c’est le collectivisme qui est fondamentalement immoral. Car l’homme n’étant plus qu’un pion, il est forcé d’obéir aux ordres. D’autre part, la nationalisation de l’économie aboutit à la nationalisation de la pensée. Désormais, le monde intellectuel lui-même est régi par l’État et par les décrets. La pensée libre disparaissant, c’est la notion même de vérité qui disparaît. Le monde devient relativiste : la vérité étant dans la loi et le décret, toute nouvelle norme peut en changer le sens.

Toute pensée qui exprimerait des doutes sur la réussite d’une politique est alors vue comme un acte de sabotage devant être réprimé. La coercition devient la norme des sociétés planifiées ; Hayek démontrant là que les atteintes aux personnes ne sont pas un accident des régimes totalitaires, mais consubstantiels à leur existence. Dans un chapitre devenu classique, « Les racines socialistes du nazisme », l’auteur autrichien montre comment la haine du libéralisme est à l’origine de la naissance et de la victoire du NSDAP en Allemagne. Loin d’être les suppôts du capitalisme, les nazis en sont les adversaires les plus ardents. Mais le danger n’est pas que chez les autres. Hayek s’inquiète du rapport Beveridge déposé en 1942 qui prône un État providence au nom de la sécurité des peuples. Il voit dans ce planisme naissant en Angleterre un danger tant politique, qu’économique et moral qui se développe au sein même des peuples occidentaux. La route qui mène à l’esclavage peut se construire chez ceux-là mêmes qui croient lutter pour la liberté.