Jean-Baptiste Noé

Le site web d’un historien

jean Baptiste Noé sur Facebook Jean Baptiste Noé sur Twitter Jean Baptiste Noé sur Google+ Chaine Youtube de Jean-Baptiste Noe

Entretien à Atlantico

Accueil > Articles > Entretien à Atlantico

La conférence des évêques de France se réunit à Lourdes du 3 au 8 novembre. La réunion (deux fois par an) des 116 évêques de France est un moment important pour l’Église catholique en France pour à la fois effectuer un état des lieux, faire un bilan, tirer des conclusions des six mois passés et prendre des décisions pour l’avenir.

Comment se situent les évêques de France dans l’affrontement entre progressistes et conservateurs autour du Pape François (notamment sur les questions d’immigration) ? Y a-t-il une voie unanime de la CEF ?

Il ne faut pas exagérer cette opposition entre progressistes et conservateurs, qui est souvent assez factice. Les évêques doivent d’abord gérer leur diocèse, s’occuper de leurs prêtres et de leurs séminaristes et structurer les nombreuses initiatives locales.

La Conférence des Évêques de France peut prendre position sur le dossier migratoire, comme elle l’avait fait avant la présidentielle dans un petit livre publié traitant des grandes questions politiques, mais ses propositions restent toujours assez générales. Les voix individuelles comptent davantage que les textes communs. On note aujourd’hui une grande unité des évêques de France autour du pape, contrairement à ce que cela a pu être à d’autres moments de l’histoire de l’Église.

Comment interpréter que la majorité des nouveaux évêques promus sous le pontificat de François soient plus classiques, aient une vision plus spirituelle et moins sociale que le Pape ? Que va changer la nomination très probable d’un successeur au cardinal Vingt-Trois qui part à la retraite ?

La plupart des évêques le deviennent quand ils arrivent à la cinquantaine. Ce sont donc des personnes qui ont été séminaristes au début des années 1990, au moment où le pontificat de Jean-Paul II était bien affermi. Ces évêques sont les héritiers spirituels de Jean-Paul II et de Benoît XVI parce que ce sont les papes de leur génération. Mgr Vingt-Trois et Mgr Pontier, tous les deux atteints par la limite d’âge de 75 ans sont d’une autre génération. Ils ont été séminaristes à la fin des années 1960, ce qui correspond à un contexte différent de l’Église, très troublé par les difficultés post-conciliaires. Le clergé actif en France est lui aussi le fruit de la génération Jean-Paul II et Benoît XVI. La « génération pape François » n’arrivera aux responsabilités ecclésiales que dans une vingtaine d’années.

Il ne faut pas non plus omettre le contexte culturel. François est un Argentin dont la spiritualité et les préoccupations sociales sont très marquées par les drames de son pays et de son continent au cours des années 1950-1970. Ce n’est absolument pas le substrat culturel et intellectuel des prêtres français.

On ne connaît pas encore le nom des successeurs des archevêques de Paris et de Marseille, mais ce qui est certain c’est qu’il y aura un changement de génération, comme cela fut le cas après le départ de Mgr Lustiger. Toutefois, il n’y aura probablement pas de grands changements. Les prêtres parisiens d’aujourd’hui sont les fruits spirituels du cardinal Lustiger et ils doivent énormément au renouveau de l’Église de France pour laquelle il a œuvré. Il y aura là une continuité intellectuelle et spirituelle.

Quels sont les principaux défis à relever aujourd’hui pour l’Église de France et quels sont les thèmes qui seront abordés lors de cette conférence ?

Trois thèmes seront évoqués, qui ont été rendus publics. Tout d’abord la formation des prêtres et le suivi des vocations, ensuite l’adaptation des structures de la CEF aux réalités ecclésiales d’aujourd’hui et enfin la question des chrétiens d’Orient : à la fois comment les aider chez eux et comment les aider pour ceux qui sont venus en France.

Cela correspond bien aux défis actuels de l’Église. Disposer de plus de prêtres et de prêtres bien formés, favoriser les initiatives apostoliques et ne pas les soumettre aux structures administratives et marquer la communion avec les chrétiens d’Orient et les aider au mieux.