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Voyage du Pape en Afrique

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Entretien accordé à Atlantico sur le voyage du Pape en Afrique.

1/ Le Pape François a entamé une série de visites en Afrique. Il s’est rendu au Kenya, et poursuivra son voyage en Ouganda puis en Centre-Afrique si les conditions sécuritaires le permettent. Le Pape François souhaite un apaisement des relations entre les différentes religions, mais notamment entre les chrétiens et les musulmans. Quels sont les moyens dont il dispose pour améliorer ces relations ?

Inviter les uns et les autres à ne pas céder à la tentation de la vengeance, notamment après la fusillade à l’université du Kenya en avril dernier (environ 150 morts). Permettre aux différentes communautés de se rencontrer et de dialoguer entre elles, pour mieux se connaître, et aussi pour étudier les moyens à prendre pour lutter contre les terroristes.

Il a vigoureusement attaqué le tribalisme, accusé de nourrir les haines et les divisions : « Le tribalisme consiste à tenir une pierre dans chaque main pour la jeter sur l’autre. » Il a rappelé aux Kenyans qu’ils ne forment qu’une seule nation, et que le tribalisme, source de guerre, doit être combattu.

L’enjeu est bien celui de la réconciliation. C’est notamment le cas de la Centrafrique, qui subit une guerre civile depuis au moins deux ans. Les autorités catholiques sont les seules à avoir une réelle légitimité, notamment l’archevêque de Bangui. Pendant le conflit, c’est lui qui était l’intermédiaire entre les militaires français et les différentes communautés, et non pas les autorités politiques. Cette légitimité doit être mise au service de la paix.

2/ Que souhaite-t-il mettre en place ? Dans quelle mesure a-t-il le pouvoir de faire changer les choses ?

Tout repose toujours sur la bonne volonté réelle des deux parties, ce qui est toujours fragile. Néanmoins, le Pape essaye de jouer son rôle de pontife, c’est-à-dire de créateur de ponts entre les personnes et entre les groupes. C’est un travail lent, patient et délicat, qui n’aura pas de résultat immédiat pendant le voyage, mais qui sera constructif sur le long terme.

3/ Il a notamment réalisé une rencontre interreligieuse au Kenya. Quel est le poids de la parole du Pape pour ces différentes religions ? Est-il réellement écouté et suivi même par les autres représentants des religions ?

Le fait que les autres groupes religieux soient présents à cette réunion témoigne du fait que le poids du Pape est réel. Son poids est d’autant plus important que le Pape représente aussi les multiples œuvres caritatives qui s’affairent en Afrique, que ce soit dans le domaine éducatif ou sanitaire. À travers la Caritas et de nombreuses autres associations, l’action des chrétiens est très importante dans l’aide apportée aux populations. Même si des groupes sont antichrétiens, ils ne peuvent ignorer l’importance de cette action caritative, et donc en tenir compte dans leurs rapports avec le Pape.

4/ Pour le moment, ses discours s’adressent beaucoup aux jeunes. La jeunesse constitue-t-elle sa principale cible ? En quoi elle est essentielle pour éviter les radicalisations ?

L’Afrique est un continent très jeune, du fait du très fort accroissement démographique. Le souci du Pape est que cette jeunesse puisse avoir un avenir dans son pays et ne soit pas contrainte d’émigrer. De plus, ce sont les jeunes qui se radicalisent et qui sombrent dans le terrorisme. Assurer un avenir à la jeunesse, c’est donc aussi lutter contre les extrémismes. « Comment faire pour que le fanatisme ne nous vole pas un frère, un ami ? L’éducation et le travail sont les premières réponses. Et puis il faut prier ! Prier fort ! Dieu est plus fort que toute campagne de recrutement ! » a dit le Pape au Kenya lors de la messe du 27 novembre.