Jean-Baptiste Noé

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Vinexpo 2015

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C’est un carrefour du vin dans une capitale mondiale, Vinexpo à Bordeaux. Le salon a commencé en 1981 et se tient tous les deux ans. En 2013 il a connu une affluence record : presque 50 000 visiteurs. Il se tient dans le parc des expositions de Bordeaux Lac, largement ouvert sur ce lac qui rappelle que le vin s’exporte, surtout à Bordeaux, et que l’eau est la principale voie de communication du vin. À l’époque où les Chartrons étaient encore la plaque tournante du vin, où les futs descendaient dans la Gironde, avant de partir pour l’Atlantique. L’eau et le vin ; c’est une thématique peu explorée et pourtant essentielle. Pendant le salon on tourne autour de ce lac, sur lequel donnent les restaurants qui le bordent. On déjeune ainsi, et on goûte les vins, tournés vers l’eau et le large.

Carrefour des vins et des spiritueux, Vinexpo permet de s’initier à la culture géorgienne du vin, de découvrir les liens entre Ulysse et le vin, de déguster des blancs de la Nappa Valley, des rouges du Chili, et de tester les accords Porto / chocolat. Tout cela agrémenté d’une présentation du nouveau millésime bordelais. C’est le cœur battant de la France viticole, et le cœur grandissant du monde du vin. Même la Bourgogne est présente. Même le Président de la République est venu inaugurer la foire, alors que son gouvernement tente désespérément de faire passer des mesures restreignant la communication du vin. Le monde vient à Bordeaux à la rencontre du vin de France, pour s’immerger dans ce qui bâtit une part essentielle de la culture française, et la France semble ne plus reconnaître ce qu’elle doit au vin. Est-ce le reniement de soi-même ou la haine de ce que l’on est ?

On se faufile entre les stands, découvrant de nouvelles machines, appréciant les nouveaux types de bouchon, les nouveaux engrais ; tout ce qui fait la modernité du vin, et qui peut côtoyer avec les visions plus traditionnelles et anciennes. On baigne dans le doux monde du vin, et on découvre à quel point chaque personne à sa propre image et sa propre philosophie de ce produit. Le vin, boisson universelle, rejoint le particularisme de chaque individu. C’est dans un hall d’exposition de grande modernité et d’une certaine froideur cosmétique, que se dévoilent les terroirs du monde et les amours œnologiques. Entre les stands, c’est toute une histoire du vin, toute une philosophie, toute une vision de la façon dont le vin doit être produit et travaillé.

On se retrouve le soir, toujours au bord de l’eau, sur une vaste terrasse au bord de la Garonne / Gironde (il faut bien que les Bordelais se distinguent de Toulouse, et qu’il ne donne pas le même nom au même fleuve). Terre de vins organise une dégustation de bordeaux. Il fait encore jour, même si on sent poindre la nuit. Il fait déjà plus frais, et quand le regard porte sur la ville et le fleuve, on imagine les mers de vignes qui ondulent de l’autre côté des murs, quand ces terres étaient possessions de l’archevêché de Bordeaux, et que c’est aujourd’hui l’aristocratie du bouchon qui les gèrent. On sent le sel et l’Angleterre. Bordeaux, capitale d’Albion. On marche sur les pas de Richard Cœur de Lion, qui a longtemps vécu ici, qui est désormais enterré à Fontevraud. L’Aquitaine fut un des fiefs des Plantagenets, rivaux des Capétiens. Il leur a fallu bien du temps pour rejoindre la couronne de France, d’où ce goût pour l’international. L’espace de quelques jours, ce sont leurs feux qui brillent dans cette capitale. Quand l’Aquitaine aurait pu être un grand pays, elle qui manque toujours son indépendance, de Charlemagne à Aliénor. Elle est aujourd’hui capitale du vin, ce qui lui assure la régence des cœurs et des palais.