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Vignobles et vignerons du Bordelais

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Vignobles et vignerons du Bordelais (1850-1980)

L’histoire du vin aussi a ses classiques : Roger Dion, Rolande Gadille, Marcel Lachiver et Philippe Roudié, avec son fameux Vignobles et vignerons du Bordelais (1850-1980), thèse monumentale, fruit de nombreuses années de travail, et source continue d’informations et de compréhension du vignoble bordelais. Initialement publiée en 1988, les éditions Féret la republie aujourd’hui, permettant à des générations d’étudiants et de chercheurs de se replonger dans un classique de la littérature viticole.

Résumer la thèse serait ici trop long. Mais on retrouve dans cet ambitieux travail de recherche les thèmes qui fondent la viticulture moderne. Parler d’époque charnière est souvent un passage obligé de la réflexion historique, car finalement toutes les époques sont charnières et modernes à la fois. Néanmoins, il est vrai qu’entre 1850 et 1980 le vignoble bordelais a considérablement changé, dans la production de son vin, dans l’approche œnologique, dans les méthodes de vente et l’usage du marketing. Il y a bien deux mondes différents entre 1840 et 1990, il y a bien une modification profonde et réelle de l’approche œnologique et viticole. C’est cette transformation, ce passage, que Philippe Roudié étudie dans sa thèse.

Que l’on en juge : apparition et lutte contre le mildiou et l’oïdium, deux épidémies qui ont bouleversé le vignoble. Apparition du phylloxera, destruction des pieds francs, passage aux plants greffés. C’est bien un monde qui a disparu.
Engagement pour la qualité, recherche constante de la satisfaction des clients et des nouveaux marchés. Dans sa thèse, on découvre ainsi les coulisses du fameux classement de 1855 et l’apparition de la notion de châteaux. Ces notions nous sont tellement familières que l’on se surprend presque à découvrir qu’elles n’ont pas toujours existé.
Exigence de la qualité également dans la bordelisation des vins de Bordeaux. On arrête la fortification aux vins du Languedoc et d’Algérie, l’étiquette devient une garantie sûre de l’origine. Avec cela, c’est l’apparition des techniques de vinification, l’intrusion de la science, pour le pire et le meilleur. 1980, à cet égard, marque un début, une nouvelle ère qui assure davantage la transition et le passage vers une autre époque.

Philippe Roudié a été un précurseur. Désormais que les études historiques sur le vin et la gastronomie ont leurs lettres de noblesse, leurs entrées officielles à l’université, on oublie que des maîtres ont dû se battre pour faire reconnaître la valeur scientifique de ces thèmes. Dans le sillage des Annales les historiens se sont intéressés à autre chose qu’aux batailles. Le vin rejoignait l’économie et l’histoire d’entreprise, mais en moins sérieux. Désormais que les exportations de vin rapportent autant que celles d’Airbus, désormais que le monde boit du vin français et que même la Chine s’y intéresse, on se rend mieux compte de l’utilité de ces recherches, et de la hardiesse des fondateurs. Surtout, Philippe Roudié insiste sans cesse sur le rôle de l’homme, dans la maîtrise des techniques, dans la réflexion commerciale, dans les découvertes œnologiques. Vignobles et vignerons, terroir et hommes, nul ne gagne, nul ne perd, ce sont les Bordelais qui ont fait de leur terre la marque aujourd’hui reconnue.