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Vatican : des réformes qui piétinent

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Je réponds aux questions d’Atlantico sur les réformes en cours au Vatican.

Le Pape François semble être confronté à une forte agitation parmi ses cardinaux : l’éviction du Cardinal Müller qu’il remplace par un jésuite (Ladaria), l’affaire de pédophilie qui touche le Cardinal australien George Pell, la déclaration du Cardinal Tukson demandant à ce que l’immigration soit combattue pour protéger l’Afrique... Le Vatican connait-il une crise majeure de sa gouvernance aujourd’hui ?

Le pontificat connaît un moment difficile, l’adhésion au Pape des premières années est en train de s’effriter. L’attitude ambiguë du document Amoris laetitia, qui peut être interprété de différentes façons, les questions restées sans réponse de quatre cardinaux majeurs à ce document, la façon autoritaire dont le Pape gouverne, fait que de nombreuses tensions apparaissent.

Le cardinal Müller n’est pas favorable à l’accès à la communion pour les divorcés remariés alors que le Pape semble au contraire pour, même s’il ne l’a jamais dit clairement. Une telle opposition ne pouvait pas durer. Ce sont des figures importantes de l’Église qui s’en vont, et le Pape se trouve de plus en plus seul, ou bien entouré de personnes qui n’osent pas exprimer leurs avis, de peur d’être sanctionnées.

Le cardinal Turkson est le préfet du dicastère du développement humain intégral, créé par le Pape le 1er janvier dernier en regroupement de nombreux autres dicastères. Sa prise de position répond à un problème précis. L’Italie est submergée par les migrants. Elle ne sait plus où les faire attendre ni comment les gérer. Les autres pays d’Europe ne veulent pas les prendre et n’aident pas l’Italie à affronter cette crise.
Sur la question migratoire, le Vatican est dans la cacophonie. Le Pape a toujours appelé à être généreux dans l’accueil et la communauté Sant’Egidio organise des couloirs humanitaires pour faire venir des migrants en Europe. Sauf qu’aujourd’hui ceux qui viennent ne fuient pas la guerre, mais viennent pour des motifs économiques.
On voit se dessiner une fracture entre le Nord et le Sud. Les évêques d’Europe sont, dans l’ensemble, favorables à la vague migratoire et demandent aux Européens d’accueillir ces personnes. Les évêques d’Afrique et du Moyen-Orient sont en revanche beaucoup plus circonspects. En Syrie et en Irak, les évêques ont demandé à leurs fidèles de ne pas partir afin que la présence chrétienne puisse continuer. Partir, c’est donner la victoire à l’État islamique.

En Afrique, les cardinaux Turkson et Sarah ont recommandé à l’Europe de fermer le robinet migratoire. Ils mettent en garde les Européens contre la perte de culture et les difficultés d’intégration de ces personnes. Les évêques du Moyen-Orient sont très surpris par l’attitude de l’Europe, car, pour eux, faire venir ces personnes sur le sol européen c’est, à terme, importer le conflit islamique en Europe.

Quant au cardinal Pell, c’est une figure importante qui s’en va et une personne estimée et appréciée par le Pape qui l’avait nommé pour réformer les finances du Saint-Siège. On lui reproche des faits qui se seraient tenus il y a cinquante ans. La présomption d’innocence doit prévaloir. En France, l’évêque de Dax avait été accusé de tels actes, il vient d’être blanchi par la justice. Mais l’innocence fait toujours moins de bruit que la mise en examen. Pourquoi ces accusations sont-elles lancées maintenant ? Il a été mis en disponibilité pour pouvoir se défendre en Australie. Mais compte tenu de son âge (75 ans) et de la lenteur du processus judiciaire, il est peu probable qu’il revienne à Rome.

La réforme de la Curie engagée par le Pape a soulevé beaucoup d’espoirs, mais pour l’instant peu de choses ont été réalisées. Sur ce point-là, le bilan du Pape François est maigre.

La déclaration du supérieur des Jésuites sur la nature "symbolique inventée par l’homme" du diable semble avoir particulièrement troublée les chrétiens : peut-on parler d’une sorte de "putsch" jésuite au Vatican avec la nomination par François du cardinal jésuite Ladaria au poste de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi ?

Cela fait longtemps que certains jésuites ont des problèmes avec les fondamentaux du dogme chrétien. Ces propos contredisent directement la pensée du Pape qui, à plusieurs reprises, a explicitement dit que le diable existe, et cela dès le début de son pontificat. Ce qui avait par ailleurs beaucoup marqué les observateurs. Les propos de ce supérieur n’engagent que lui. Ils n’ont pas de liens avec la nomination de Mgr Ladaria comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Celui-ci était secrétaire de cette congrégation et il y avait été nommé par Benoît XVI. Le préfet n’étant pas renouvelé, il était dans l’ordre des choses que ce soit le secrétaire qui le remplace.

L’image d’un pape autoritaire contrastant avec une image médiatique soignée se vérifie-t-elle aujourd’hui ?

Le Pape a toujours aimé agir seul et parfois de façon abrupte. Ce trait de son caractère émerge un peu plus aujourd’hui. Les médias lui étaient jusqu’à présent favorables, mais les choses sont en train de changer. En Italie, des critiques se font jour. En Argentine la presse et la population sont dans l’incompréhension. Le Pape a annoncé se rendre au Chili en janvier 2018, mais il ne se rendra pas en Argentine, alors que les deux pays sont limitrophes. Compte tenu des tensions jalouses entre le Chili et l’Argentine cela a été très mal vécu par les Argentins qui s’estiment trahis par leur Pape. Le pontificat doit trouver un nouveau souffle s’il veut rester sur la bonne dynamique des débuts.

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