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Unité nationale autour de la volaille

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Chronique gastronomique

Les Français sont debout quand ils sont à table. En attaquant les cafés et les bars, les terroristes ont attaqué l’âme de la France. En Irlande, il y a les pubs, en Espagne, les tapas, en Allemagne les bars à bières et nous, nous avons les cafés, où l’on peut boire des bières, du vin, du thé, et manger des plats de bistrot. Le café, c’est le parlement du peuple, et ce n’est pas la mort de quelques députés qui va empêcher la démocratie bistronomique de perdurer.

Une France debout, malgré le plus grave et le plus sanglant attentat qu’elle ait connu. Une France qui continue à marcher, à sortir, à célébrer la vie, comme ce coq dont le pays est l’emblème depuis Jules César, et dont on dit que la France l’a choisi parce que c’est le seul animal à chanter les pieds dans le fumier. On dit les terroristes lâches et veules, je les trouve au contraire courageux et malins. Il faut, malgré tout, un certain courage pour se nouer une ceinture d’explosif autour des reins et se faire sauter, il faut un certain courage pour partir en Syrie mener le djihad, et pour revenir en France tirer sur la foule et abattre des passants. Nous avons tort de sous-estimer l’adversaire. De même les cibles ont-elles été très bien choisies ; une soirée parisienne typique en somme : un match de foot ici, un concert là, des terrasses de café là-bas. Preuve que les djihadistes nous connaissent bien.

Normal, nous les avons enfantés et nourris. C’est peut-être ce qu’il y a de plus inquiétant. Tant que la France continue à manger et à boire, à se retrouver dans les bistrots et les restaus, à se disputer autour des recettes culinaires, c’est que le pays est en sécurité intellectuelle. Le Président appelle à l’unité nationale. Seule la table peut offrir cette unité : gauche, droite, FN, tendances politiques et religieuses, tendances musicales et artistiques, tout le monde se retrouve autour d’un verre de vin ou d’une poule au pot. La voilà la véritable unité nationale, dans la volaille et dans le bistrot. Plutôt que de changer la constitution pour restreindre les libertés et pour faire revenir la République à ses origines dictatoriales, le Président devrait abroger la loi Evin, assouplir les contrôles routiers sur l’alcoolémie, décorer les vignerons de la Légion d’honneur, et placarder les rues parisiennes d’affiches pour le Beaujolais nouveau. Et si le Beaujolais nouveau est infect, transformons-le en fête du vin et de la gastronomie, donc en vraie fête nationale, ce qui est préférable à la fête des têtes coupées et des terroristes sans-culotte que nous commémorons tous les 14 juillet.
Le coq est le symbole de la France ? Alors, honorons-le. Une fête de la volaille, avec ses colverts et ses faisans, ses poulardes braisées et ses pigeons rôtis.
Apprenons aux écoliers à distinguer une poule de Houdan d’un poulet de Bresse, ce sera moins stupide que d’obliger des Africains à ânonner « Nos ancêtres les Gaulois ». En matière d’intégration, nous avons essayé tout ce qui a raté, reste donc à tenter ce qui peut unir réellement des populations différentes. La volaille est un bel argument de conciliation : un pâté en croûte au foie-gras, une salade de gésiers, des œufs au plat et des œufs mimosas, des œufs, des truffes, du thym et du pain grillé. La paix se fait et nous avons tari les sources de Daesh.

Une belle volaille rôtie, élevée dans les champs, tuée par le fermier et dénichée sur un marché. Une volaille à la peau croustillante et dorée, à la chair brune et dense, avec beaucoup de mâche et de douceur, une volaille dont on déguste les abats : crête, cou, tête, croupion… Faisons le test pour attribuer la nationalité française : peut-on être Français si on dédaigne la saveur d’une volaille ? Rôtie, braisée, bouillie, au vin et à la crème, la poule et le coq s’offrent de mille manières. À chacun de choisir celle qu’il préfère et celle qui lui inspire le plus de rêves et de saveurs.