Jean-Baptiste Noé

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Uniforme à l’école : au-delà de l’uniformité

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Le retour de l’uniforme à l’école est prôné par de nombreux candidats à la primaire de la droite ; certains y voient seulement un moyen, d’autres une solution miracle aux problèmes de l’école. Au sens strict, il ne peut pas y avoir de retour de l’uniforme, car celui-ci n’a jamais fait partie de la tradition scolaire française, contrairement à l’Angleterre ou à l’Espagne. Jusque dans les années 1970, les élèves portaient souvent une blouse, afin de protéger leurs vêtements des tâches d’encre. Si cela donnait un aspect uniforme, ce n’en était pas un à proprement parler.
Nul besoin aussi de légiférer pour que les écoles publiques puissent s’en doter. Celles-ci sont libres de le prescrire en inscrivant son port dans le règlement intérieur. L’établissement de la Légion d’Honneur le pratique, ainsi que la plupart des lycées professionnels d’hôtellerie. L’évocation de l’uniforme à l’école demeure surtout un référentiel imaginaire, régulièrement sorti pour rassurer les parents face à la déliquescence de la structure éducative.

Uniformité des marques

On pourra faire remarquer que l’uniforme existe déjà dans les écoles. Il n’est qu’à regarder les collégiens et les lycéens pour se rendre compte qu’ils portent peu ou prou les mêmes vêtements et les mêmes marques, qu’ils mettent leurs affaires dans des sacs identiques, et qu’ils adoptent les mêmes codes et les mêmes règles en matière de tenue vestimentaire. Ce monde que l’on veut présenter comme libre et permettant l’expression de toutes les personnalités est au contraire extrêmement rigide, codifié et contraignant. Il n’est pas sûr non plus que les personnalités trouvent à s’exprimer dans cette tyrannie du marketing.

Un uniforme pour quoi faire ?

Dans quel but établir un uniforme dans les écoles ? La raison invoquée est souvent d’ordre sociologique : il s’agirait d’égaliser les conditions sociales afin de gommer les différences entre les élèves. C’est une vision bien pauvre de l’uniforme, voire même dangereuse. Cela revient à transformer le vêtement en prison et à effacer la personne en la rendant non seulement uniforme, mais surtout interchangeable. C’est une vision bien étriquée, quand le port bien compris de l’uniforme devrait au contraire permettre la libération de la personne et la construction et l’expression de sa personnalité.

Éduquer au beau

Force est de constater que la laideur s’est emparée d’une partie des tenues vestimentaires, à quoi s’ajoutent la tyrannie des marques et l’absolue nécessité d’être comme les autres. Le port bien compris de l’uniforme à l’école et au collège doit au contraire permettre de libérer les enfants de cette tyrannie, de leur apprendre à porter des vêtements simples, mais beaux, donc de leur inculquer les rudiments de l’élégance.

Par le vêtement est permis le développement de la dignité de la personne. Des choses simples : un pantalon porté à la bonne taille, polo ou chemise, un pull, de vraies chaussures, pour faire de ces êtres en construction de véritables hommes. Le vêtement à certes une fonction utilitaire (se protéger du chaud et du froid), mais il a surtout une fonction essentielle : contribuer à développer la dignité de la personne. Comme on apprend à bien manger et à bien boire, on doit aussi apprendre à bien s’habiller, car l’homme n’est pas une bête.

Le combat de l’élégance

Éduquer au beau, c’est aussi rappeler que la France est une des terres du luxe et de l’élégance. Alors que le secteur textile a été laminé dans les années 1970-1980, on revoit surgir depuis une dizaine d’années toute une génération de jeunes couturiers et tailleurs talentueux qui essaye de faire vivre la longue tradition française en matière d’élégance vestimentaire. Les nouvelles maisons fleurissent, proposant costumes ajustés, nœuds papillon, cravates… Une génération un peu miraculeuse, qui donne parfois l’impression de sortir du néant.

Les gouvernements veulent lutter contre l’obésité et l’alcoolisme, ils pourraient aussi lutter en faveur du beau et de l’élégance pour redonner une raison d’être à ces enfants souvent esclaves du consumérisme et du marketing. Cela ne s’inculque pas à coups de décrets et d’imposition collective, mais par la liberté et l’éducation. La riche tradition sartoriale française vaut mieux que l’imposition d’un uniforme en guise de rasoir national.