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Une tentative de coup d’Etat 2/2

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Addendum 1/02/2017

On en sait aujourd’hui un peu plus sur cette tentative de coup d’Etat. Le coup est une affaire montée par l’Elysée, surement de longue date et prévue à l’avance. Il s’agit d’éliminer un candidat de façon autoritaire pour imposer au peuple un président, en l’occurrence Emmanuel Macron.

C’est un coup d’Etat parce qu’une affaire juridique a été montée de toute pièce et organisée dans le seul but d’éliminer une personne, légitimement choisie par plus de 4 millions de personne.

Que peut-il en sortir ? Si les enquêteurs font rapidement leur travail et prouvent l’innocence de François Fillon, le revirement peut être très rapide.

Si l’enquête traîne et que l’élimination devient effective, il n’est pas certain que les électeurs choisissent Emmanuel Macron mais ne se tournent pas plutôt vers Marine Le Pen. A moins qu’une affaire à son encontre soit déjà prête et que l’heure de sa sortie soit déjà choisie.

Dans tous les cas, le pouvoir socialiste a décidé de créer une situation de chaos, chose extrêmement dangereuse, et il est prêt à suspendre la démocratie pour passer outre l’expression populaire. C’est sans précédent dans notre histoire politique.

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Je poursuis mes réflexions initiées par les deux post précédents.

La démocratie ne suppose pas seulement la liberté politique, elle suppose également et surtout un peuple libre. Si le peuple est souverain, s’il peut choisir librement ses représentants (conseils municipaux, députés, président…) alors il faut que son choix soit réellement libre, c’est-à-dire fondé sur la raison et orienté vers le bien et la justice. Si l’on vote pour telle personne, c’est que l’on estime que celle-ci est la meilleure, dans le choix donné, à porter la charge qu’on lui confie. Et notre choix doit se faire sur des arguments rationnels.

Or, toute personne est-elle apte à poser ce choix rationnel ? Là réside une des failles de la démocratie.

Quand François Guizot, ministre de Louis-Philippe, défendait le suffrage censitaire, ce n’était pas pour réserver le droit de vote aux riches et l’interdire aux pauvres, comme on le caricature actuellement. C’était pour réserver le suffrage à ceux qui étaient réellement libres de voter. Son raisonnement était le suivant : voter nécessite des aptitudes intellectuelles (il faut s’y entendre un peu en économie, en relations internationales, en fonctionnement de l’État). Voter suppose aussi que l’on ne soit pas lié à des factions. Or, d’après lui et à son époque, seules les personnes qui possédaient un certain nombre de biens et donc qui payaient le cens étaient réellement aptes à voter, parce que possédant ces facultés intellectuelles et cette autonomie politique. À des électeurs normands qui lui demandaient de baisser le cens afin que plus de personnes puissent voter, Guizot leur répondit de s’enrichir, c’est-à-dire d’acquérir leur autonomie, pour être alors en état de voter librement. C’est là qu’il jeta sa fameuse phrase « Enrichissez-vous ! » que l’on a détournée de son sens.

Lorsqu’en 1848 fut institué le suffrage universel masculin, Alexis de Tocqueville accompagna ses électeurs au village voisin où se trouvait le bureau de vote. Dans ses Mémoires il raconte comment il les enjoignit à ne pas se laisser distraire par ceux qui tenteraient de les aborder pour leur tenir des propos démagogiques. Tocqueville avait conscience qu’il est facile de détourner un peuple et de le manipuler.

Des incultes dans un pays libre ?

La question se pose toujours aujourd’hui. Chaque année, la génération de jeunes qui a eu ou qui va avoir 18 ans passe des tests de lecture lors de la Journée Défense et Citoyenneté. La publication des résultats de ces tests révèle que 30% d’entre eux ont du mal à comprendre le document qui leur est proposé ; ce document étant un magazine de télévision. Si 30% d’une génération de 18 ans ne comprend pas un magazine de télévision, comment peuvent-ils comprendre un programme politique ? Or, ces personnes, parce qu’elles ont 18 ans, ont le droit de vote. Ne sont-elles pas les premières à pouvoir être manipulées ? On comprend alors que les sites de rumeurs et de complots fleurissent et que les théories les plus farfelues circulent, et que des personnes y croient. Sans peuple instruit et éduqué, il ne peut pas y avoir de démocratie. L’instruction est la première pierre de la liberté politique.

Dans mon ouvrage Rebâtir l’école j’explique pourquoi la liberté scolaire est le fondement de la liberté politique. Un État qui ne tolère pas que des particuliers puissent créer une école n’est pas un État libre. Mais il y a un deuxième sens à cela. Un pays qui n’est pas capable d’instruire ses citoyens se condamne à sombrer dans le despotisme. Ce sont les plus crédules qui se feront manipuler par les images et les émotions et qui accorderont leurs voix à un démagogue. Tant qu’ils sont minoritaires, rien de dangereux ne se passe. Mais malheur au pays quand ils deviennent démographiquement majoritaires. Or sans liberté scolaire, il ne peut pas y avoir d’instruction de qualité. L’existence et la reconnaissance d’une école libre sont la garantie principale du bon fonctionnement de la démocratie. C’est d’ailleurs pourquoi, François Guizot fut ministre de l’instruction publique et qu’il œuvra pour créer des écoles gratuites dans l’ensemble des villages (loi de 1833).

L’Éducation nationale est en train de produire des djihadistes, mais elle produit aussi des incultes qui seront les électeurs de demain et donc les futures personnes manipulées par les démagogues. Elle est en train de créer un système qui menace la démocratie et qui risque, par un coup d’État, d’établir une tyrannie.

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