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Total en bref

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Total, une entreprise mondiale si française.

En 1924, Raymond Poincaré, conscient de l’importance que l’énergie pétrolière allait jouer dans la suite du siècle, œuvre pour créer une société française chargée d’exploiter et de fournir l’or noir à la France, quand ce domaine était dominé par les Anglo-Saxons. La Compagnie Française des Pétroles est née, qui devient Total en 1974. Cette entreprise porte la marque du capitalisme à la française. Fondée de par l’impulsion et la volonté de l’État, les capitaux privés y sont toutefois majoritaires. Ses patrons forgent un esprit familial, donnant une allure de capitalisme familial propre à de nombreux groupes français. Christophe de Margerie en était un exemple insigne, lui qui est entré comme jeune stagiaire en 1974, avant de prendre le contrôle de l’entreprise dans le courant des années 2000.

Total, une entreprise si française aussi dans la détestation que l’on aime lui porter. On lui reproche ses bénéfices ; on oublie qu’elle paye de nombreux impôts en France, qu’elle participe à la vie culturelle et sociale du pays, notamment grâce à sa fondation d’entreprise, qui a financé entre autres la restauration de la galerie d’Apollon, au Louvre, pour 4.5 millions d’euros. La petite CFP qui avait une centaine de salariés en 1950, est aujourd’hui une multinationale de plus de 100 000 collaborateurs, dont un tiers sont en France. Total a grandi par fusion : achat des stations Azur à l’aube des années cinquante, puis annexion du belge Fina et du français Elf à l’orée des années 2000, devenant ainsi une major réputée.

Total a fait rêver des générations d’enfants. Dans les années 1970 est créé le Club Total, qui regroupe jusqu’à 120 000 jeunes, proposant des activités ludiques et des billets réduits pour les grandes courses automobiles. Sur la route des vacances, les enfants peuvent lire Total journal, distribué gratuitement dans les stations, et collectionner les BD, les pins et les peluches, que l’on obtient en accumulant des points par litres d’essence achetés. Les stations Total ont contribué à dessiner la route des vacances, une géographie du fioul et des loisirs que Louis Aragon a admirablement évoqués dans son Paysan de Paris. Total devrait nous faire rêver, avec ses succès économiques, ses ambitions géopolitiques, ses réalisations culturelles (comme l’actuelle exposition au Louvre sur le Maroc).

Pourtant Total agrège à elle des haines et des sentiments mitigés. Bien sûr il y eut cette décennie noire : 1999, naufrage de l’Erika, 2001, explosion d’AZF, polémique sur ses activités en Birmanie. Les procès ont duré de nombreuses années, et le temps de la justice est toujours plus long que celui de l’émotion. Total n’a pas été condamné, l’entreprise a payé, ici la dépollution des terrains, là la construction d’un grand pôle de recherche sur le cancer. Au loin, Total a été dédouané de ses crimes par plusieurs rapports d’ONG. Mais le soupçon demeure, la calomnie aussi, collée à l’histoire de Total comme du fioul sur les rochers bretons. On oublie que derrière les attaques peuvent aussi se cacher des enjeux de puissance, des luttes d’influence, dans cette guerre de l’intelligence économique où la France est si mal préparée. Total nous rappelle que la France a de grands patrons, qui ont contribué à bâtir le pays, au même titre que les hommes politiques, les hommes de lettres et les artistes.