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Se rendre dans les gares

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La géographie urbaine et l’aménagement des villes se caractérisent depuis une décennie par la réalisation d’efforts colossaux pour rendre les gares inaccessibles. Alors qu’il était autrefois assez facile de se rendre dans une gare, grâce aux panneaux indicatifs clairs, aux grands axes qui y menaient, aux aires de dépose à proximité des portes d’entrée, nombreuses sont les mairies qui ont engagé des travaux coûteux pour empêcher l’accès aux gares. L’objectif est de compliquer la vie des automobilistes, voire de rendre impossible l’accès aux trains par les voitures. Visiblement, il ne vient pas à l’esprit de ces édiles que l’on puisse ne pas habiter à côté de la gare et que l’on ait besoin de s’y rendre en voiture. Il ne semble pas non plus évoquée l’idée que l’on puisse prendre le train avec des bagages, parfois volumineux, ou bien que l’on vienne chercher des personnes dont la mobilité est limitée, souvent à cause de l’âge. Si les gares sont désormais équipées en rampe d’accès et en ascenseurs pour les chariots roulants, en revanche, ledit chariot ne pourra jamais accéder à la gare, car les voitures ne peuvent pas s’en approcher.

Le nec plus ultra de ces efforts pour chasser les voyageurs des gares est atteint à Paris. Atteindre une gare en voiture relève du défi d’Hercule. Les voies alentours ont été réduites, ce qui engendre des bouchons, nombreuses sont les rues qui ont été placées à sens unique, afin de compliquer la circulation et de sanctionner lourdement toute erreur d’orientation, les déposes rapides ont soit disparu, soit été rendues inaccessible. Il faut rejoindre les gares en métro, il est vrai assez bien reliées aux transports en commun. À condition d’habiter à Paris, ce qui n’est pas le cas des 10 millions de Franciliens qui peuvent, malgré tout, avoir besoin d’emprunter une gare parisienne pour se rendre à Londres, Lille, Lyon ou Marseille. De toute façon, il est impossible de se mouvoir en valise dans les couloirs du métro : les escaliers sont si nombreux qu’il faut sans cesse les porter, ce qui est très éreintant pour quiconque n’est pas un sportif de haut niveau. Essayer donc de vous rendre à la montagne en allant à la gare en métro : vous aurez beaucoup de mal avec votre valise et vos skis.

Ce qui est valable à Paris se retrouve en province. La mode des tramways, coûteux, souvent inefficaces, voire inutiles, fait que les gares ont été enserrées dans les voies de tram, ce qui complique fortement l’accès des passagers. Le train est fait pour des voyageurs d’un jour, qui n’ont qu’une sacoche ou un sac léger à transporter. D’autant que la liaison ne se fait que de gare à gare, et qu’il faut ensuite se rendre sur un autre lieu. À ces difficultés d’accès aux gares, le voyage devient compliqué par l’ergonomie des rames. Le jour des grands départs en vacances, les places disponibles pour mettre les valises sont presque inexistantes. Le train, cette belle invention, est rendu compliqué dans son usage par des problèmes d’ergonomie et de gestion des passagers.

Je ne m’explique pas non plus les difficultés du transport de voiture en train. Lorsque l’on utilise le tunnel sous la Manche, il est facile de se présenter avec sa voiture à l’entrée du tunnel, d’y monter, et d’attendre la fin du voyage. La voiture est ainsi disponible à l’arrivée, avec la possibilité de l’utiliser pendant le séjour. Pourquoi ce qui est si facile pour aller en Angleterre, est-il si difficile sur les lignes intérieures ? Pour transporter sa voiture, il faut la déposer la veille, souvent dans une autre gare que la gare des passagers. Il faut ensuite venir la récupérer, ce qui suppose d’avoir un autre véhicule sur place pour aller à la gare. Le développement du train routier serait pourtant une piste intéressante d’amélioration des transports : cela permet d’avoir une voiture sur son lieu de villégiature, tout en évitant les longues heures d’autoroute, parfois fatigantes. À avoir privilégié le TGV et le transport de passagers, la SNCF semble ne pas avoir envisagé d’autres modes de transport avec le train.