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Silex travaillé et site mégalithique

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Un article de Bertrand Le Tourneau.

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1. L’affaire du silex taillé de Vincent d’Indy

La gazette ardéchoise rapporte que, vers 1880, un fermier remet à Vincent d’Indy un silex taillé, sans plus de précision, qu’il avait ramassé dans un champ, à proximité du château des Faugs1. Il s’était rendu compte qu’il ne s’agissait ni d’une pierre naturelle, à l’état brut, ni d’une pierre d’origine locale. La question était de savoir ce qu’elle était devenue, car, à la longue, nombre de collections privées, constituées à partir de découvertes, se trouvent ou bien dispersées, ou bien perdues : lors d’une succession, les héritiers s’en séparent (vente ?) ou n’y prêtent pas attention (mise à la décharge ?).

Interrogé à son sujet, Christophe d’Indy, petit-fils du compositeur, répond qu’il avait trouvé deux ou trois pierres au fond d’un tiroir, mais qu’il ne savait plus lequel ; d’ailleurs, il n’y attachait guère d’importance, et ignorait ce qu’elles représentaient. Il se déclare prêt à me les donner. De toute façon, il entreprenait des travaux de rénovation du château (peintures, etc.), qui s’étaleraient sur une période de deux ans. Dans ces conditions, tout étant déménagé, il était illusoire de retrouver quoi que ce soit. Une autre fois, il affirme qu’il a jeté par la fenêtre le contenu du tiroir en question, du haut du 2ème étage. Sera-t-il aisé de les récupérer dans l’herbe ? Au bout de quatre ans, un rendez-vous est enfin pris. Les abords gravillonnés du château, impeccables, n’augurent rien de bon. En réalité, elles étaient toujours dans un tiroir, mais lequel ? Après des recherches entreprises dans toutes les pièces (30) et à tous les étages, un silex taillé a enfin été retrouvé. Les autres pierres sont : 1) une balle de baliste de couleur blanche, manifestement moulée à la main et cuite ; elle a été trouvée dans le Morvan par Madame Christophe d’Indy. 2) un champignon fossilisé, parasite d’arbre, que Vincent d’Indy avait prélevé lors de l’une de ses excursions. Une expertise réalisée selon une approche scientifique pointue, révèle que le silex taillé serait un marteau, dont la masse se fixait perpendiculairement dans la fente d’un manche en bois. Fabriqué par des Chasséens (la culture de Chassey s’étend de –4200 à –3500), il aurait servi à casser des cailloux.

2. L’affaire du pas de saint Martin de Saint-Julien-le-Roux (Ardèche)

Informé de mes recherches, un paysan très âgé m’assure qu’il connaît une empreinte pédiforme, dite pas de saint Martin ; cette appellation répandue rend compte de ce que le lieu a été christianisé. L’empreinte se trouve sur un terrain dont il se dit fièrement « propriétaire ». Mais, aller sur les lieux est une autre affaire. Notre informateur risquait de disparaître avant la résolution de l’affaire ; comment en retrouver le site, car le pays est vaste ? Puis, le terrain ayant été donné à son fils, il s’agissait d’en obtenir l’autorisation. Chose faite, il fallait convenir d’un rendez-vous. Or, il réside à Privas, et se trouve rarement sur place ; ou bien il va venir, ou bien il est parti ; bref, ce n’est jamais le moment. En dernier lieu, il était retenu par les aménagements de sa maison, à Saint-Julien-le-Roux. Finalement, après lui avoir dit que je pourrais trouver le lieu en question s’il me le situait sur la carte, le paysan accepte de m’accompagner sur les lieux ; mais il ne se souvient plus du qualificatif << pas de Saint Martin >> donné quelques années plus tôt... Or, cela ne s’invente pas. En réalité, il s’agit d’un site complexe, sur lequel il semble bien difficile d’identifier une empreinte pédiforme. Cela n’a rien d’étonnant ; en effet, ailleurs, tantôt un pas du diable, de la Vierge ou d’un saint est nettement identifiable, d’autres se réduisent à une cupule ou à un bassin, d’autres sont détruites. L’essentiel tient selon les cas, ou bien dans la persistance des anciens cultes, assimilés à des manifestations diaboliques, ou bien dans l’emprise chrétienne, qui a réussi à s’imposer.

Bertrand Le Tourneau est archéologue indépendant et (pré)historien.