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Réforme APB : on est encore loin du compte

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La réforme APB annoncée le 30 octobre consiste essentiellement en deux ajustements techniques qui sont bien loin de répondre aux nécessités universitaires. L’objectif principal du gouvernement était d’éviter le tirage au sort comme mode de sélection. Il est probable que cela soit réussi, réponse en juillet prochain, mais c’est bien en deçà de ce qu’il faut faire pour restaurer l’université française.

Les Terminales devront donc choisir sur APB 10 vœux au lieu de 24 et ils n’auront plus à les hiérarchiser. Les universités auront accès à leur dossier et, à partir de là, émettront trois réponses : accepté, accepté sous condition, refusé. Mais ces réponses demeurent indicatives : les élèves pourront quand même s’inscrire dans une université où ils auront été refusés.

On l’aura compris, il ne fallait surtout pas prononcer le terme de sélection, alors même que c’est déjà pratiqué par certaines universités, comme Dauphine à Paris, ou bien pour les licences sélectives et les collèges de droit. On continuera donc à envoyer en médecine des élèves dont on sait qu’ils vont échouer et en Staps un contingent largement supérieur aux besoins du marché.

D’autres changements sont demandés pour les lycées :

Deux professeurs principaux par classe pour accompagner les élèves et les aider à formuler leur projet d’étude. Deux semaines d’orientation prévues durant l’année de Terminale (novembre et janvier) pour présenter les études. Création d’une commission dans l’établissement pour donner un avis indicatif sur les choix des élèves. Faire venir des étudiants dans les lycées pour présenter les formations (étudiants ambassadeurs).

Cela existe déjà dans les lycées sérieux qui se préoccupent de la réussite future de leurs élèves. On peut toutefois être dubitatif quant à la charge nouvelle donnée aux professeurs principaux. Il existe déjà dans les lycées des conseillers d’orientation, ce qui correspond à un métier spécifique, intégré par concours. C’est donc à eux qu’il revient d’aider les élèves dans ce domaine. Est-ce à dire qu’ils sont inutiles ? Conseiller en matière d’orientation est un vrai métier. Il faut connaître les multiples filières et se tenir régulièrement informé des évolutions, qui sont très nombreuses dans ce secteur. Il n’est pas certain que tous les professeurs principaux aient les connaissances requises pour porter ce genre de conseil. En outre, pour le faire bien, cela prend plusieurs heures par semaine. Pour une rémunération de 100€ par mois, il n’est pas certain que les chefs d’établissement trouvent des volontaires pour cela.

Ce sont donc des mesures d’urgence, appliquées dans l’urgence, avant que n’ouvre la plate-forme APB, c’est-à-dire en janvier. Elle devrait d’ailleurs changer de nom, sans que cela ne modifie quoi que ce soit. C’est très loin de ce qu’il faut faire pour l’université, c’est-à-dire leur permettre de recruter librement leurs étudiants et leurs professeurs, comme cela se fait pour toutes les écoles du supérieur. Si on ne le fait pas, il ne faut pas ensuite s’étonner que les universités françaises ne soient pas à la hauteur de leurs homologues en Europe.