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Quelques idées sur la non-mixité (1/3)

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Synthèse de différentes idées énoncées pendant le congrès de l’EASSE (European Association of Single Sex Education), Lisbonne, 19-20 avril 2013. Thème du congrès : « L’éducation différenciée, un choix d’avant-garde ».

1/ Qu’est-ce que l’éducation différenciée ?

Éducation différenciée ou éducation non mixte ? Quel terme choisir ? Pendant des siècles les écoles ont été non mixtes. Puis, à partir des années 1960, on a réuni les écoles de filles et de garçons par souci de rentabilité économique. Aujourd’hui, cette mixité s’impose comme étant la norme éducative. Elle résulte d’un choix pédagogique, émanant lui-même d’une réalité économique.
L’éducation différenciée n’est pas l’inverse de l’éducation mixte, donc ce n’est pas une éducation non mixte. Il ne s’agit pas de séparer les garçons et les filles pour séparer les sexes, mais pour s’adapter à chacun des genres, afin de lui apporter la meilleure éducation possible. C’est en cela qu’elle est différenciée. Les études scientifiques (biologie, neurosciences, psychologie) montrent que le développement cognitif des garçons et des filles ne se fait pas au même rythme. Prenant acte de ces différences entre les sexes, l’éducation différenciée est un modèle d’organisation d’école, visant à personnaliser l’éducation en fonction du genre auquel on s’adresse. Plusieurs communications ont été faites pour montrer qu’un cours ne doit pas être bâti de la même façon selon que l’on s’adresse à des garçons ou à des filles, et ce jusqu’au lycée, car le cerveau atteint sa formation adulte vers l’âge de 17-18 ans.
Cette différenciation des cours permet de réduire les stéréotypes de genre et assure une plus grande liberté dans les préférences d’étude et de métier des jeunes.

2/ Éducation différenciée et résultats scolaires

Un des principaux bénéfices de l’éducation différenciée est de favoriser les études des élèves selon leur goût et leur compétence, et non pas selon les stéréotypes attachés à ces études. On constate que les garçons se tournent davantage vers les études de sciences humaines et de droit, car ceux qui ont le goût de ces disciplines osent y aller, alors que ce sont des disciplines marquées comme étant pour les filles. De même, les filles vont plus facilement vers les sciences. Un des effets bénéfiques est donc de permettre une plus grande liberté de choix, et donc de réussite et d’épanouissement personnel.

L’autre effet porte sur les résultats scolaires en eux-mêmes. Partout on constate que les garçons connaissent un plus grand échec scolaire que les filles. Parce que l’école mixte a en fait créé une école de filles, avec une pédagogie qui n’est pas adaptée aux garçons. Nombreux sont ceux qui entrent alors dans une spirale d’échec scolaire. Cela est renforcé par le fait que le corps professoral est extrêmement féminisé. Mais les filles sont elles aussi pénalisées. Elles se plaignent de la gêne que provoquent les garçons, du bruit et du chahut. Les enquêtes menées auprès des filles dans des écoles différenciées montrent qu’elles sont les premières à les plébisciter.

Les résultats scolaires sont alors souvent bien meilleurs. En Espagne et en Angleterre (pays où le nombre d’écoles différenciées est suffisamment important pour avoir des statistiques représentatives), ces écoles figurent toujours parmi les meilleurs établissements. Ainsi, le classement 2012 des lycées du Financial Times établit que sur les 25 meilleurs lycées d’Angleterre, 20 sont non-mixtes.
Outre le domaine pédagogique, cela s’explique aussi par le fait que les élèves sont moins perturbés par les questions amoureuses, et sont donc moins déconcentrés dans leur travail.

3/ Éducation différenciée et vie affective

Le fait d’être scolarisé dans une école non mixte ne nuit-il pas la vie affective des jeunes ? Poser cette question, c’est en fait s’interroger sur le sens de l’école. L’école devrait être le lieu où l’on s’instruit, où l’on acquiert des savoirs et non une excroissance de la vie sociale. Dans la vie d’un jeune, trois mondes interfèrent : la famille, lieu d’éducation ; l’école, lieu d’instruction ; la vie sociale (sport, rallye, scoutisme, associations …), lieu de sociabilisation. En faisant de l’école le principal lieu de sociabilisation, on nuit à son rôle propre, qui est d’assurer la transmission des savoirs académiques.

De plus, nous sommes dans une société de consommation où la jeunesse est une cible privilégiée. Celle-ci est poussée à toute sorte de consommation, matérielle bien sûr, mais aussi sexuelle. La mixité scolaire, à un âge où les jeunes découvrent la sexualité humaine, peut les inciter à en faire usage précoce. La distribution de pilules dans les lycées, la propagande en faveur de l’avortement et de l’usage du préservatif révèlent d’ailleurs la réalité du problème. Tout cela n’aide pas les adolescents à se construire. Faut-il même y rapporter le taux élevé de suicides enregistré chez les jeunes, ou la consommation de drogues ? Certains n’hésitent pas à l’affirmer.

Garçons et filles n’apprennent pas à mieux se connaître parce qu’ils vivent ensemble. Ils apprennent à renforcer les stéréotypes sur le genre opposé, et bien souvent à des relations amoureuses précoces qui ne sont pas favorables à leur future vie matrimoniale. Pour savoir aimer une épouse ou un mari, il a fallu apprendre à aimer ses amis. Ce n’est pas le même type d’amour, mais l’amitié sincère et profonde, la saine camaraderie, est le lieu privilégié et premier où s’acquiert le sens du don, indispensable à la vie matrimoniale. Pour le dire simplement, l’amitié précède l’amour. C’est parce qu’on a eu des amis sains et solides dans sa jeunesse que l’on sera capable de faire preuve d’amour sincère et véritable avec son conjoint. En mélangeant les genres, on mélange amitié et amour, et on empêche les adolescents de faire l’expérience de l’amitié. Ce faisant, ils auront plus de mal à faire l’expérience de l’amour. Là encore n’y a-t-il pas une corrélation à faire entre la fin de la non-mixité dans les écoles en Europe et l’augmentation constante du nombre de divorces ?

4/ Le droit et l’éducation différenciée

L’UNESCO reconnaît la validité juridique de l’éducation différenciée, à condition qu’il n’y ait pas de discrimination selon les sexes, c’est-à-dire que les garçons et les filles reçoivent une éducation de qualité égale. L’éducation différenciée est donc protégée par les instances juridiques internationales. Cela est confirmé, en France, par la loi de 2008 contre les discriminations. Cette loi stipule que séparer garçons et filles pendant les cours n’est pas discriminant. Le Tribunal Suprême de l’Espagne a rendu un avis similaire en janvier 2013. L’article 2 de la convention des droits de l’homme stipule lui aussi que l’État doit respecter le choix des parents pour une école qui promeut les convictions philosophies et religieuses de leur choix, à condition que ces convictions n’aillent pas contre la loi commune.

Le Conseil de l’Europe (qui réunit 47 pays, dont de nombreux pays d’Europe de l’Est) voit plutôt favorablement l’éducation non mixte. Beaucoup de pays de l’Est la soutiennent dans les instances européennes, car c’est un moyen de s’opposer à l’idéologie du genre. En effet, si on reconnaît que garçons et filles doivent avoir une éducation différenciée, c’est donc que l’on reconnaît que ces deux sexes sont différents. La mise en place juridique d’écoles mixtes à partir des années 1960 fut ainsi le premier pas vers le développement de l’idéologie du genre. Ce qui s’est fait d’abord par souci de rationalisation économique se poursuit aujourd’hui par esprit idéologique. La mixité scolaire demeure un impensé. Aucune étude ne montre le sérieux de sa validité pédagogique. Même l’Éducation nationale française s’interroge aujourd’hui sur la pertinence de séparer garçons et filles pour certains cours. L’éducation différenciée est donc bien un chantier d’avant-garde !