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Quand l’Iran affrontait la Grèce

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La Grèce et l’Iran ont illuminé l’actualité de ce début juillet. Défaut de paiement d’un côté, promesses de paix de l’autre. A l’époque antique, ces deux puissances se sont affrontées à de nombreuses reprises. De cet affrontement sont nés les premiers historiens et la première réflexion sur l’histoire. Entre les guerres médiques et la conquête d’Alexandre le Grand, c’est le mythe de l’Orient et de l’Occident qui s’est forgé. Nous sommes au Ve siècle av. J.-C. Les cités grecques d’Asie Mineure, emmenées par Milet, se soulèvent contre le roi des rois Darius qui leur impose un lourd tribut. Le souverain achéménide réprime lourdement cette révolte, si bien que les cités font appel à leurs frères grecs. Athènes vient à leur secours. Furieux, Darius décide d’envahir la Grèce. Ses armées débarquent en 490 dans la plaine étroite de Marathon. A la surprise de tous, les hoplites athéniens rejettent à la mer les troupes de l’Empire perse. C’est la victoire de Thémistocle.

Le mythe d’Athènes gardienne de la liberté et de la civilisation est né. Hérodote, le père de l’histoire, racontera cette épopée dans ses Enquêtes (enquête se disant histoire en grec). La paix ne dure qu’un temps. Mieux préparé, Xerxès, successeur de Darius, attaque de nouveau les Grecs en 480. Le front hellène n’est pas uni. Les cités grecques du nord se rangent aux côtés des Perses. La pythie de Delphes soutient les Mèdes dans ses oracles. On dit qu’elle médit. Le terme est resté. Léonidas, roi de Sparte, s’en vient aux Thermopyles, long couloir étroit à travers la montagne, pour arrêter la marche de Perses. Il résiste avec 100 hommes, avant qu’un berger n’indique aux Perses un chemin de contournement. Leur mort glorieuse les place du côté des vivants. Ecrivains et peintres trouveront là une source multiple d’inspiration. Mais l’Attique est envahie. Athènes est prise et incendiée. Thémistocle a constitué une muraille de bois, une flotte dense et agile, qui affronte les Perses à Salamine. Sur l’eau, les troupes de Xerxès sont vaincues.

C’est le début de la thalassocratie athénienne. A Platée, les Perses sont définitivement battus. Athènes, emplit de démesure, l’hubris qui inquiète les Grecs, commence son hégémonie. La ligue de Délos est censée protéger les Grecs d’une invasion perse. En réalité, elle permet à Athènes de capter un tribut imposant sur les cités membres, de faire bâtir une acropole de marbre, et de constituer une armée surpuissante. Sparte se lève contre cette hégémonie. C’est la guerre du Péloponnèse, qui dure de 431 à 404. Thucydide en écrira l’histoire. Sa Guerre du Péloponnèse nourrit depuis lors la pensée historique et philosophique des Européens. Jacqueline de Romilly en fut la grande admiratrice.

Les conquêtes d’Alexandre. Epuisées par ces guerres civiles, les cités grecques sont conquises par la Macédoine. Puis Alexandre se lance à la conquête des Perses. En 334 il franchit le détroit et les bat au Granique. Il ira jusqu’en Inde. Si son règne fut court, il a insufflé l’esprit de l’hellénisme à Babylone et en Egypte. La fusion aurait pu être complète, et l’Europe se centrée sur les rives de l’Euphrate. La fracture vint dès sa mort. Même Rome ne put restaurer l’unité des Grecs et des Perses. C’était le début de l’Europe, et d’un long rêve d’union des rives de la Méditerranée.

Chronique parue dans l’Opinion