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Qu’attendre du voyage du pape en Turquie ?

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Du 28 au 30 novembre 2014, le pape François est en visite apostolique en Turquie. Qu’attendre de ce voyage ? N’étant pas prophète, et ne connaissant pas les discours que le Saint-Père fera, je me limiterai ici à des considérations générales précédant son voyage.

1/ C’est tout d’abord un voyage pastoral. Le pape rend visite au patriarche de Constantinople, qu’il a déjà rencontré lors de son voyage en Terre-Sainte en mai dernier. Le but premier de ce voyage est la réconciliation avec le monde orthodoxe. On notera ainsi qu’il était à Strasbourg le 25 novembre, une ville de l’Empire, et qu’il se rend à Constantinople pour le 30 novembre, la capitale de l’Empire d’Orient. Dans son discours au Parlement européen, il a parlé de la Méditerranée. C’est bien ici la traditionnelle géopolitique du Vatican qui s’effectue, celle qui vise à rassembler les morceaux épars de la romanité.

2/ Il se rend à Constantinople pour le 30 novembre, le jour de la saint André, le saint patron des Orientaux. Ainsi, c’est de nouveau Pierre qui rencontre André, avec le Christ comme objet de leur rencontre.

3/ Bien sûr il se rend en Turquie, pays dirigé depuis dix ans par un parti islamiste. La question de l’islam se posera. Dès son arrivée, il visitera le mausolée d’Atatürk, qui est un passage obligé pour tous les chefs d’État en visite en Turquie. Le régime a beau être islamiste, le père de la nation laïc demeure une référence.
Il pourra parler de la place de la religion dans la société politique, surtout à quelques jours de son voyage à Strasbourg, au cœur de cette Europe qui refuse de se rappeler qu’elle est chrétienne. Cette laïcité que la France a tant de mal à vivre, et que le gouvernement turc essaye de conjuguer avec le respect de son histoire et de sa tradition musulmane. Le pape sera bien sur le sol de l’ancien Empire ottoman, disparu il y a moins d’un siècle, et alors qu’un nouveau califat vient d’être proclamé aux portes de la Turquie.

4/ Les chrétiens d’Orient seront bien sûr dans les esprits et le pape devrait parler d’eux. Alors que la Turquie joue un jeu trouble vis-à-vis de Daesh, que des chrétiens se réfugient au Kurdistan, et que nous sommes bientôt à un siècle de distance des massacres d’Arménie. La frontière turque se retrouve en contact avec cette zone du monde qui n’en finit pas de craquer et d’inquiéter les populations.

5/ Terminons par un point qui n’est nullement anecdotique : depuis Paul VI (1967), tous les papes se sont rendus en Turquie. Jean-Paul II en 1979 (ce fut un de ses premiers voyages), Benoit XVI en 2006 et désormais François en 2014. Certes, c’est d’abord à Constantinople qu’ils se rendent, pour rencontrer le patriarche et faire vivre le dialogue avec les orthodoxes, mais c’est aussi parce que la Turquie demeure ce Pont entre Orient et Occident, le Pont-Euxin antique. C’est peut-être un topos de la géopolitique, mais c’est un lieu commun qui demeure pertinent.