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Qu’attendre de la réforme du lycée ?

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Le gouvernement a annoncé vouloir réformer le lycée et modifier les épreuves du baccalauréat. Une mission d’information a été mandée, qui doit rendre un rapport en janvier 2018. En attendant celui-ci, plusieurs évolutions possibles ont d’ores et déjà été données. L’idée générale serait de réduire le nombre d’épreuves du bac à quatre et de faire passer les autres épreuves en contrôle continu. Pour le bac général, il n’y aurait plus de séries différentes (L, ES, S), car les élèves pourraient désormais choisir les épreuves majeures à passer en épreuve terminale et les mineures à passer en continu.

Cette réforme a déjà été tentée par François Fillon en 2005, avant que Jacques Chirac ne la retire face aux manifestations soulevées contre elle. Le gouvernement actuel résistera-t-il davantage aux pressions de la rue ?

Une bonne réforme

L’idée générale de la réforme est très bonne, c’est d’ailleurs ce que je préconise dans mon livre Rebâtir l’école. Il est enfin temps de permettre aux lycéens de choisir davantage les disciplines qui leur plaisent et dans lesquelles ils excellent, plutôt que de leur imposer des matières qui sont pour eux des pertes de temps. Pour un professeur, il est aussi plus agréable de faire cours à 15 élèves motivés qu’à une classe de 40 où seuls 15 élèves sont intéressés. Le bac prend trop de temps, il est trop coûteux et sa finalité n’est plus claire. Le vrai courage serait d’ailleurs de le supprimer et de permettre aux universités de recruter les élèves sur dossier, comme elles le font déjà pour les licences sélectives et comme le font aussi les classes préparatoires et la plupart des écoles supérieures.

La réforme du lycée devrait aussi permettre de rendre un certain nombre de matières optionnelles et de cesser de les imposer aux lycéens. Je pense en particulier au sport. C’est très bien que les lycéens fassent du sport, mais on peut s’interroger sur la pertinence des cours de sport au lycée. Cela occupe l’emploi du temps et c’est très couteux en infrastructures. Il serait préférable de demander aux lycéens de s’inscrire dans un club de sport et qu’ils pratiquent cette activité en dehors du lycée. Les professeurs d’EPS pourraient être détachés dans les associations sportives, ce qui serait une excellente façon de vivifier le tissu associatif.

L’inconnu des écoles indépendantes

Le dossier à surveiller sera celui des écoles indépendantes, afin de s’assurer qu’elles bénéficient du même régime que les autres. Aujourd’hui déjà, une part du bac est en contrôle continu. En langues par exemple, les Terminales passent une épreuve écrite au mois de juin, qui compte pour 10 points, et un oral avec leur professeur au mois d’avril, qui compte pour 10 autres points. Or, dans les lycées indépendants, cette épreuve orale en cours n’existe pas et les élèves doivent en passer une au mois de mai, devant un jury spécifique. Il en va de même en physique où l’épreuve de TP, qui est en contrôle continu, est supprimée au bénéfice de la seule épreuve écrite. De même aussi pour les TPE, où seul est pris en compte le contrôle final.

Ce sont certes des petites choses qui n’ont pas beaucoup d’influence sur les résultats globaux du bac. Mais le risque est que les écoles indépendantes soient interdites de contrôle continu et que leurs élèves doivent passer tout le bac en épreuve terminale, comme c’est déjà le cas pour le brevet des collèges.
Ce serait une injustice flagrante et en plus absurde dans la mesure où les professeurs des lycées indépendantes ont les mêmes diplômes universitaires que ceux des écoles d’État. D’autant plus injuste que les classes préparatoires et les écoles supérieures prennent sans problème ces lycéens, souvent bien mieux formés que les autres.
Il faudra donc avoir la plus grande vigilance juridique sur ce sujet.

Réforme ou non ?

Si les intentions sont bonnes et si les projets annoncés vont pour l’instant dans le bon sens, il faut attendre les premières annonces officielles pour se prononcer. On peut aussi se demander si ce gouvernement aura le courage de porter cette réforme. Il a faussement réformé l’ISF, il vient de reculer sur la baisse des APL, sa réforme du Code du travail n’est qu’une esquisse et la réforme APB se limite à quelques petites modifications techniques. Sur un sujet qui voit sortir les lycéens politisés dans la rue au moindre souffle, il est à craindre que cela ne se fasse pas.