Jean-Baptiste Noé

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Paroles de soldats

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À force de dire que l’Europe a construit la paix, on a fini par croire que la France n’avait plus d’ennemi et n’était plus en guerre. Il semblerait que les attentats terroristes commencent à nous déciller les yeux, même si l’on peut s’interroger sur la pertinence de cette notion de guerre contre le terrorisme, où l’on ne voit pas l’ennemi et où on ne le nomme presque pas. C’est dans une réalité beaucoup plus concrète et plus crue que ce livre nous plonge. Depuis les années 1980, la France est en guerre, et ces guerres se sont multipliées depuis la fin de la Guerre Froide. Le monde plat, le monde sans histoire, apparaissent bien comme des fumisteries intellectuelles. L’armée française est engagée sur de nombreux conflits, pour des causes variées, et certaines guerres sont réellement chaudes.

Les deux auteurs, Hubert le Roux et Antoine Sabbagh, ont recueilli des témoignages de soldats français étant intervenus sur l’ensemble des fronts depuis 1983 : Liban, Golfe, Bosnie, Afrique, Afghanistan, le panel est complet.
Les témoignages sont pudiques et retenus, il n’y a pas d’effet de violence volontaire ; mais ils disent juste et ils portent vrai. Ils vont à l’essentiel : les escarmouches, les trahisons, les difficultés, les joies et les réussites. On entre par la bouche des soldats dans la réalité de la guerre. On découvre le front grâce à ceux qui y étaient.

Le livre est très émouvant. Même si l’on parcourt trente ans de guerre, même si l’on traverse des situations très différentes, des pensées similaires se dégagent : le sens du devoir, et parfois l’absurde face à des situations inextricables. Les soldats qui parlent ne sont pas des gros bras, des esprits tordus ou pervers, ce sont des hommes, qui parlent aussi de leur retour de mission, de leur atterrissage dans la vie civile, et du retour dans leur foyer. C’est la guerre vécue, la guerre réelle. La guerre de l’intérieur ; nécessaire, utile, même avec ses horreurs.