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Orientation post-bac : encore plus de coercitions et de contraintes

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Orientation post-bac : encore plus de coercitions et de contraintes

Les Terminales et anciens lycéens connaissent bien le système APB (Admission Post-bac), gigantesque usine à gaz qui centralise les inscriptions dans le supérieur pour un grand nombre d’établissements.
Cette année, quelques nouveautés ont été intégrées, qui renforcent la coercition et la contrainte.

Première nouveauté  : l’obligation de s’inscrire dans une licence libre. On comprend la bonne volonté qui sous-tend cette mesure : éviter que des Terminales se retrouvent sans affectation lors du premier tour APB et attendent avec angoisse le tour 3 qui a lieu mi-juillet. L’idée est louable, sauf que tous les Terminales sont obligés de déposer un dossier dans une licence dite libre (marquée en vert dans le portail), y compris des Terminales qui ne veulent pas s’y rendre. On comprend dès lors le problème de ce système : si ces licences sont libres, c’est qu’il y a à peu de près autant de demandes que de places. Si on oblige tous les Terminales à s’y inscrire, il y aura forcément beaucoup plus de demandes que de places.

Bien sûr, la plupart n’iront pas dans ces filières, mais si, dans le lot, il y a des Terminales qui pensaient ne pas y aller et qui sont contraints de s’y inscrire parce qu’ils n’ont pas trouvé de place ailleurs, alors ces licences seront engorgées. Bel effet du socialisme universitaire.

Deuxième nouveauté  : lorsqu’un Terminale choisit une licence dans une discipline tendue (c’est-à-dire là où il y a beaucoup de demandes), il est obligatoirement obligé de s’inscrire dans toutes les licences de cette discipline proposées par toutes les universités de son académie ou de sa région. Prenons un cas que j’ai à traiter : un élève veut s’inscrire en droit à Nanterre, il habite dans les Yvelines, à 30 mn de cette université. Il est obligé de déposer aussi un dossier à Créteil, Marne-la-Vallée, Melun et Évry, pour des temps de transport qui, de porte-à-porte, avoisinent parfois les 2 heures.

C’est ce que l’on appelle le choix groupé. Obligé donc de déposer des dossiers dans des universités dont le niveau scolaire et l’organisation laissent parfois grandement à désirer.

Dans sa grande mansuétude, le gouvernement a prévu d’attribuer des bourses pour permettre aux étudiants de payer le transport ou les frais d’hébergement causés par l’affectation contrainte dans un établissement. Il est vrai que l’État peut se permettre des dépenses supplémentaires.

Mais il y a pire. Cet élève, originaire d’Aix-en-Provence, souhaite déposer un dossier d’inscription dans l’université de droit de cette ville. S’il n’est pas pris à côté de son domicile parental, il pourra ainsi loger chez un oncle, ce qui permet de substantielles économies.

Les années passées, il aurait pu agencer ses vœux ainsi :

Choix 1 : Paris-Ouest Nanterre
Choix 2 : Aix-en-Provence
Choix 3 : Paris 1

Avec le choix groupé, son dossier passe en priorité dans tous les établissements de l’Académie ou de la région (ici, l’Ile-de-France). Les dossiers déposés dans les autres académies passent après tous les autres. Donc, le dossier déposé à Aix viendra forcément après ceux déposés de façon contrainte à Évry ou Melun.

Il n’y a donc plus de liberté d’inscription universitaire. Sous couvert d’aide aux élèves, le gouvernement a renforcé la carte scolaire universitaire. Plutôt que de manifester contre la réforme du Code du travail, c’est contre cela que les apparatchiks de l’Unef auraient dû se lever.

Conséquences du communisme intellectuel

Lorsqu’en 1880 Jules Ferry avait nationalisé l’université et instauré le monopole de la collation des grades, Charles de Montalembert s’était élevé contre l’instauration du communisme intellectuel. Nous y sommes encore.

Conséquence : plus que jamais, c’est le copinage et le réseau qui triomphent. Dans l’exemple donné ci-dessus (fictif pour respecter l’anonymat des personnes, mais qui pourrait être réel) cet élève pourra toujours aller au secrétariat de l’université d’Aix pour valider son inscription en dehors d’APB. S’il connaît bien la secrétaire ou le directeur de l’université, cela facilitera les choses. Tant pis pour les autres, qui n’ont ni réseau ni accès aux copains. Une carte au PS ou à l’Unef pourra être d’un grand secours.
Les établissements privés qui y sont auraient grand intérêt à quitter le système APB. Il ne leur apporte rien, et les contraint inutilement.

Plus que jamais, vivement la liberté scolaire !