Jean-Baptiste Noé

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Octobre, mois aromatique

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L’automne a ceci de particulier que, gorgé d’humidité, il fait renaître les arômes au moment où la nature se meurt. Fleurs, arbres, fruits disparaissent lentement. En Ile-de-France, les matins se font plus brumeux, plus nuageux, et l’on retrouve ce ciel si typiquement gris de Paris, comme la Provence a son ciel perpétuellement bleu Klein. Mais si tout s’endort, les arômes se réveillent. Ce matin, c’était les thuyas du voisin qui exhalaient leur odeur verte et feuillue. Un peu plus loin, c’est la terre qui se rappelle à la marche des humains. Les villes ont formé des paysages sans odeur, quand la campagne est si odoriférante, parfois pour le pire. Les foins, les animaux, les champs, les forêts, tout sent. En ville, rien. Même les voitures non plus d’odeur, même le métro est en train d’éradiquer les effluves malveillants. Le matin, c’est à peine si l’on reconnaît quelques parfums dont les dames s’enveloppent. C’est dans l’espace pasteurisé et conforme des salles d’enregistrement des aéroports qu’il est possible de renouer avec les arômes, en humant les bouts de papier imbibés de parfums que proposent les nombreux magasins de cosmétique. Avant de s’enfermer pour un vol en atmosphère conditionnée, on peut se saturer les narines en eau de Cologne et en senteurs de luxe. Le tout en regardant d’immenses appareils accoster et décoller.

En automne donc, la ville se réveille. Mois des vendanges, mois des foires au vin, et mois également des arômes. Sentez les géraniums, les cyclamens, les orchidées (qui ne sentent pas d’ailleurs), sentez sur les marchés les cèpes, les girolles qui arrivent, et nous terminerons par les chrysanthèmes, dont il est si dommage de se priver le 1er novembre. Octobre est le festival des arômes subtils et des effluves offerts.

Il faut attendre le mois de juin pour retrouver une telle diversité aromatique. Quand la lourdeur craque sous l’orage, que l’herbe et les pelouses ont été copieusement arrosées, et que la terre se met à transpirer de ses odeurs acres et félines. Revient alors l’odeur des foins, des blés, des fruits mûrs. Par un procédé que les physiciens pourront expliquer, l’eau et l’humidité exaltent les odeurs. L’œnologue s’en contente, alors même que l’eau efface tout goût du vin quand nous le dégustons. Ce qui est bon ici peut être mauvais là.

En attendant, nul besoin de forêt, de mer, de montagne, dans les parcs urbains ou les rues des grandes villes, le festival des fragrances peut reprendre, grâce à cette humidité automnale que les gens du Sud ne nous envient pas. La Provence, elle, garde son bouquet toute l’année.