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Naïveté et idées reçues sur les Gaulois

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Un article de Bertrand Le Tourneau.

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De l’une à l’autre de ces dérives, il n’y a qu’un pas, qui se trouve d’ordinaire vite franchi. Le bon sens est une vertu rarement cultivée, y compris dans la sphère dite scientifique. En état de manque de données objectives qui le dépassent, l’esprit humain a horreur du vide : au lieu de reconnaître ses limites, ce qui est le propre de la véritable démarche de type scientifique, il échafaude toutes sortes de « suppositions » ; il « imagine » des scénarios montés de toute pièce. Indéfiniment répétés, de tels arrêtés prennent force de loi. Tout cela relève de l’abstraction ou du roman d’aventure. Ces travers affectent notamment la préhistoire et l’histoire, l’archéologie, la linguistique. De plus, et cela s’observe dès l’Antiquité, les commentateurs obscurcissent parfois les textes les plus clairement exposés. Et, quand ils veulent imposer des idées préconçues, qui, dans ces conditions, ne peuvent être étayées, ils versent dans l’intolérance et le fondamentalisme. Cette chronique se propose d’en illustrer la donne, à l’aide d’exemples tirés de préférence du bassin rhodanien, ardéchois et drômois.

Nos ancêtres les Gaulois (1) ! La vérité sur les Gaulois (2) !

L’été est propice à la résurgence de ce thème éculé. Seuls sont ici analysés les points essentiels du premier article de la seconde des deux références citées (3). Et l’expression « naïveté archéologique », qui se retourne contre ses auteurs, est empruntée à ce fascicule. ̶ Ces peuples ne sont pas barbares : vrai. Les Romains surtout les considèrent comme tels, car vaincre des peuples civilisés aurait paru peu glorieux. ̶ Nos ancêtres les Gaulois : pour les ¾ faux. Les Gaulois représentent une famille celtique, celle des Alaunes parmi de nombreuse autres. Établis entre Doux et Eyrieux et jusqu’en limite du Vercors, les Ségalauniens en relèvent. Les Vellaves du Velay aussi.

̶ Les deux termes Celtes et Gaulois sont équivalents : faux. La racine de ces ethniques n’est pas la même : la première est forgée sur le grec, les Cavaliers, la seconde sur du latin issu du celte. Les termes Gaulois, Gaëls, Wallons, Galates, dérivent de la forme Alaunes, les Meilleurs des hommes. ̶ Les Gaulois ne sont ni plus ni moins nos ancêtres que les populations du néolithique et de l’âge du bronze : nous nageons en pleine confusion, en raison de la croyance dominante, selon laquelle les Celtes seraient nés sur le tard, à l’âge du fer, vers -600. En réalité, ils se différencient dans l’Altaï, vers –8600, huit millénaires plus tôt, une paille... ̶ Dolmens et menhirs n’ont strictement rien de Gaulois (de Celtes) : faux. Chez nous, ces monuments ont été érigés par les descendants de la seconde généalogie royale des Celtes, qui s’établit dans le haut Rhône, vers –2700. Ces peuples se sont aussi appropriés des monuments mégalithiques antérieurs, qui comptent d’ailleurs des catégories non répertoriées. Dans l’état actuel des recherches, Ségalauniens et Allobroges seraient arrivés entre –2400 et –2200. Les Alaunes de la chronique, véritables Gaulois protohistoriques, couvrent toute l’Europe, et laissent dans le terroir des têtes sculptées du dieu Bel, datables d’environ –1100.

̶ Le monde gaulois est très varié : encore plus vrai dans le cas du monde celte dans son ensemble. Les différences de culture et de type physique sont très marquées. En outre, la culture l’emporte sur la race. ̶ L’identité gauloise est liée à des critères territoriaux et politiques : vrai pour l’ensemble des Celtes. C’est précisément en grande partie ce qui permet d’en reconstituer une Histoire outrageusement ignorée, singulièrement dans la sphère rhodanienne. ̶ Les nouveaux migrants s’intégraient facilement : il semble bien que ce soit vrai. ̶ Les guerriers étaient de grande taille (1,80 à 1,90 m), ce qui faisait l’étonnement des Romains : vrai et faux. Les textes anciens rapportent que l’élite des guerriers, véritables athlètes, se plaçaient au devant des troupes, le reste faisant parfois figure d’hommes chétifs et dégénérés ! Pour l’école de la statuaire grecque de Pergame, les premiers servent de modèles de la beauté virile. ̶ Une majorité de Gaulois devait avoir la peau claire et les cheveux plutôt blonds : ce serait une illusion que l’auteur reconnaît en partie, car les guerriers celtes s’enduisaient les cheveux de pâte collante. Quand leur chevelure naturelle est rousse, les Grecs s’en étonnent. ̶ Les druides interdisaient l’écriture : vrai. L’écriture était sacrée, et réservée au culte des dieux. Elle s’est perdue. Jules César rapporte que les druides récitaient des milliers de vers, condensé de leur savoir. ̶ Les druides interdisaient la représentation des divinités et des être humains : faux. Quid, par exemple, des statuettes du dieu cornu Cernunos, connues de l’archéologie ? Et quid des milliers de représentations de dieux et d’hommes du mésolithique et du néolithique (au reste, inconnues du cercle habituel des spécialistes) ?

1. Le Monde, six nos, du 21 au 27 juillet 2009. 2. Le Nouvel Observateur, hors série, juillet-août 2011. 3. Ibid. Jean-Louis BRUNAUX : « Ces peuples qu’on dit barbares... », 6-10.

Bertrand Le Tourneau est archéologue indépendant et (pré)historien.