Jean-Baptiste Noé

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Macron / Le Pen : qui perd, perd

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Je publie ici l’analyse d’un ami sur l’élection du 7 mai, analyse que je partage pleinement.

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Vous connaissez tous ce sketch de Coluche, mettant en scène un jeu télévisé où le présentateur propose des questions tronquées du type "Quelle est la différence entre un pigeon" ou "Quel âge avait Rimbaud" ... Le candidat joue pour 10 000FF, 1000FF, 100F, puis rien du tout. À la fin, le candidat joue avec son propre argent.

Je ne sais pas vous, mais cela me rappelle incroyablement le second tour de cette présidentielle de 2017 qui, rappelons-le, n’a aucun équivalent dans toute l’histoire de la Ve République.

Petite analyse rapide de la situation : j’ai d’un côté Emmanuel Macron, jeune premier soutenu par tous les pères Goriot de la politique, proposant "nouvelle offre politique", comme on propose une nouvelle lessive qui lave "plus blanc que blanc", qui a déjà tellement retourné la veste de ses idées, "qu’elle craque de tout côté".

Face à lui, Marine Le Pen, fille de, présidente d’un parti qui tente depuis quelques années de se refaire - à grands frais - une virginité politique, une femme dont le sourire a le côté rassurant de celui du requin blanc nageant entre deux eaux.

Bref, des candidats comme on aimerait n’en voir que dans les séries télévisées et les voilà, en vrai, prêts à franchir le perron de l’Élysée. Comme se de rien n’était.

Et, voilà que l’électeur se demande ce qu’il a à gagner de cette confrontation. La réponse tombe tel le couperet mal aiguisé sur son pauvre cou : "rien" !

Analysons un peu : Macron a été choisi par 24% des votants (dont une bonne partie la choisit par défaut), contre 22% pour Marine Le Pen, s’appuyant sur un socle relativement solide, mais ne pouvant que difficilement espérer beaucoup plus.

Macron est donc donné gagnant, à tel point que, si on devait écouter les médias, on pourrait presque annuler le second tour. Élu oui, mais comment ? Plusieurs scénarios sont possibles :
• soit l’ensemble des votes se reportent sur Emmanuel Macron (comme en 2002 où Chirac avait multiplié le nombre de ses voix par 5). Il est élu (gagné) avec un score "cubain", ce qui lui donne une légitimité ressemblant à celle de son homologue chinois Xi Jinping : inexistante (perdu).
• soit une partie seulement des votes se reportent sur Emmanuel Macron, avec une forte mobilisation, ce qui lui donne un score oscillant entre 54% et 65% (limite haute - pensé-je - pour conserver une légitimité suffisante) : Macron est élu et garde une stature de président suffisamment légitime (gagné), mais dans le même temps Le Pen gagne - en symétrie - une légitimité qu’elle n’aurait jamais pu espérer sinon, transformant le FN en véritable parti d’opposition (perdu).
• soit seule une partie des votes se reporte sur Macron, avec une mobilisation au plus faible, ce qui lui donne un score oscillant en 51% et 52%, ce qui lui permet de gagner
• soit Le Pen gagne (perdu), mais là on est (encore), dans le scénario de science-fiction

Quel que soit le scénario, il y a un grand perdant : les électeurs, dont au moins 60% éliront l’un des candidats à contrecœur.

Autres grands perdants : les partis traditionnels dits "de gouvernement". Le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ont été "éparpillés, ventilés, dispersés" par le premier tour. Mais, il semble que la cause de ce dynamitage ait mal été compris : tous accusent les primaires. Rien de moins vrai. Pour comprendre la cause de ce désastre, il faut remonter à la cause de la primaire, j’ai dit : le quinquennat.

Souvenez-vous en 2000, le président Chirac, en pleine cohabitation a cette idée lumineuse de soutenir la proposition de VGE : celui d’un quinquennat plutôt de que d’un septennat. L’objectif est justement, en synchronisant les calendriers des élections présidentielles et législatives, d’assurer une majorité au président.

Le septennat faisait de la présidence de la République, une institution "au-dessus de la mêlée", hors des conflits partisans. Que plusieurs candidats appartiennent à un même parti n’avait que peu d’importance : on votait pour une stature présidentielle, une vision stratégique, pas pour un programme détaillé.

Le quinquennat a eu plusieurs conséquences en cascade : le président s’est transformé en "hyper-premier ministre", super chef de la majorité (ce qui était le rôle du Premier ministre). De ce fait, il devenait tout à la fois porteur d’une vision stratégique et d’un programme opérationnel.

Pour que ce programme puisse être mis en œuvre, il faut évidemment qu’il dispose d’une majorité de son parti qui soit alignée sur son programme et fasse bloc au Parlement. Mais l’expérience a montré qu’il était souvent bien difficile d’identifier un président qui fasse largement consensus à la fois sur une personne et sur un programme.

La primaire est intervenue justement pour régler ce problème, en laissant aux militants le soin de choisir la personne et le programme le plus à même de matérialiser la ligne du parti. Mais en faisant cela, les partis de gouvernement ont rigidifié la relation entre le candidat à la présidentielle et leur existence. Si le candidat est battu, c’est tout le parti qui éclate (perdu).

Et nous voilà maintenant devant deux candidats qui ne sont pas passés par des primaires, n’ont pas été "choisis" par des militants, mais ce sont imposés dans la vie politique française.

En fin de compte, la grande perdante de cette élection, c’est la France condamnée à être dirigée par un président qu’elle n’aura - en fin de compte - pas choisi.

Pour ma part, entre voter Sarouman ou Sauron, je préfère encore Gandalf. Le seul qui, passant par le feu du Balrog, finit par mettre leur pâtée aux deux autres...

Jean-Baptiste Balleyguier.