Jean-Baptiste Noé

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Liberté scolaire : à vous de jouer

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Ceux qui me suivent et qui me lisent savent que je suis un ardent défenseur de la liberté scolaire. J’ai consacré un livre récent à ce sujet. En libéral assumé et convaincu, c’est-à-dire en partisan des libertés, je suis certain que les solutions à nos problèmes ne passent pas par l’État, mais par les initiatives personnelles. Si nous croyons à la liberté scolaire, que faisons-nous pour celle-ci ? N’attendons pas que l’État intervienne, n’attendons pas le Président idéal, le super ministre de l’Éducation nationale, la réforme magique qui va régler tous les problèmes de l’école. Nous avons aujourd’hui ce qu’il faut pour créer une véritable liberté scolaire et pour l’appliquer. Dans cet article je souhaite dépasser la théorie (pourquoi la liberté scolaire est bonne et pourquoi le monopole scolaire est nocif) pour passer à la réalité : comment appliquer concrètement cette liberté.

Dissocier l’éducation de l’école

Il faut arrêter de penser en termes d’école. L’éducation peut se vivre en dehors de celle-ci par le biais de l’école à la maison. Je comprends les réticences des parents à l’égard de cette formule : les mères n’ont pas forcément envie de passer toutes leurs journées avec leurs enfants et il n’est pas forcément bon pour les enfants que ce soit leurs parents qui leur fassent l’école. Mais l’école à la maison n’est pas forcément le fait des parents : elle peut être réalisée par une tierce personne. Il vaudrait ainsi mieux parler d’instruction personnalisée. Il est temps de réinstaurer le préceptorat, d’autant que les moyens techniques d’aujourd’hui permettent de le faire avec plus de facilité.

Pour le primaire

Concrètement, les parents peuvent embaucher une personne désireuse de donner des cours à un petit nombre d’enfants. Il existe aujourd’hui de nombreux supports pédagogiques qu’il est possible d’employer pour aider à faire ce type de cours : CNED, cours Griffon, cours Sainte-Anne, etc. Ces organismes proposent des cahiers par niveau avec éventuellement des corrigés à distance.
Compte tenu de l’indigence des cours délivrés dans l’EN, il n’est pas difficile de faire mieux. Compte tenu des méthodes effroyables employées, une personne qui a un minimum de bon sens, d’étude et d’amour des enfants peut être une très bonne institutrice.

Des parents motivés peuvent donc se mettre à la recherche d’une personne désireuse d’être un précepteur, c’est-à-dire de donner des cours à une dizaine d’enfants. Avec des méthodes pédagogiques adaptées, il est tout à fait possible de faire cours à des enfants d’âge et de niveau différents, surtout au primaire.

Trouver des locaux

Reste à trouver les locaux. La liberté scolaire est la meilleure chose à mettre en place pour revitaliser les zones rurales et périphériques. À Paris, les locaux coûtent cher, c’est donc plus compliqué. Ailleurs, c’est plus simple. Pour accueillir quinze enfants, une grande salle, un garage ou une cave aménagée peuvent très bien convenir. Pourquoi ne pas utiliser le pavillon du précepteur, qui pourra ainsi travailler chez lui et ainsi valoriser son patrimoine immobilier ? Pourquoi ne pas utiliser une maison ou un appartement prêté par une personne âgée, une veuve, ou un couple dont les enfants sont partis et dont la maison est aujourd’hui trop grande ? Pour quinze personnes, point n’est besoin d’un espace gigantesque. Encore une fois, une grande salle, un beau jardin, et la classe peut être faite.

Je prends le nombre de quinze enfants, car celui-ci est viable d’un point de vue économique. La scolarité dans une école privée est d’environ 180€ par mois. Avec quinze enfants, cela fait donc 2 700€ par mois. C’est tout à fait viable pour un salaire d’instituteur et cela ne coûte pas plus cher aux parents qu’une école privée, pour un enseignement de bien meilleure qualité.

Avis aux instituteurs qui en ont assez de l’Éducation nationale : créer votre école à domicile.

Revoir le volume des cours

Soyez clair, et mettons de côté la langue de bois, beaucoup d’activités imposées au primaire sont inutiles. Avec 4 heures de cours tous les matins (sauf le mercredi, donc 4 matins dans la semaine) c’est largement suffisant pour bien apprendre, surtout si les méthodes et les programmes sont bons.
Réservons le mercredi pour les activités sportives et culturelles.

Pour les après-midis, révision des devoirs et activités d’éveil : visite de musées de la région, visite à des artisans et des professionnels, lecture, activités musicales. À l’école primaire, ces choses sont essentielles. Ajoutons-y la vision de bons documentaires, de films de qualité ; les possibilités sont nombreuses.

Cela est tout à fait possible à réaliser. Cela suppose que les parents s’investissent dans l’éducation de leurs enfants, qu’ils s’intéressent à ce qui est enseigné et comment cela est enseigné.

La liberté crée du lien social

La liberté scolaire non seulement revitalise les zones délaissées, mais elle recrée aussi du lien social. L’État-providence et son corolaire, le monopole étatique de l’école, est destructeur de la sociabilité, puisque l’État donne tout aux personnes sans qu’elles puissent s’interroger sur l’origine de ce qu’on leur donne. Ici, la liberté oblige à sortir de soi et à aller vers les autres : il faut trouver des parents volontaires pour l’expérience (7 parents de deux enfants, ce n’est pas insurmontable), il faut trouver un précepteur volontaire (il y a beaucoup de bonne volonté, et les déçus de l’EN sont nombreux), il faut trouver des locaux (à louer ou à prêter). Le capitalisme ayant ses vertus, ne doutons pas que des personnes créeront des associations pour mettre ces demandeurs en relation. Puisqu’il existe des agences immobilières et des agences de location d’appartements, pourquoi pas des agences de créateur d’écoles à la maison ? Rien de bien compliqué. La technique, surtout numérique, est au service de la liberté.

Poursuivre au collège

Cette expérience du primaire peut être poursuivie au collège, avec d’autres précepteurs, plus spécialisés.
Soyons clair : à 12 ans, il est facile de voir si l’enfant à des aptitudes pour poursuivre des cours dans une classe ou s’il est plus doué pour des enseignements plus techniques. L’orientation est un mot qui fait peur aux parents, car ils ont l’impression que leur enfant est mis au placard. Cela n’est nullement le cas. Pourquoi continuer à torturer un enfant qui ne supporte pas de rester assis huit heures par jour à subir des cours de mathématiques et de français ? Celui-ci peut avoir d’autres qualités, qu’il pourra exprimer dans des enseignements plus techniques. S’il a fait un bon primaire, en suivant la technique ci-dessus évoquée, il sera paré pour entrer dans l’enseignement technique.

À 12 ans, l’entrée en sixième, il est aussi facile de savoir si un enfant à des appétences plutôt pour la littérature ou plutôt pour les sciences. Chacun peut ici faire son examen de conscience. Pour les premiers, combien d’heures perdues à subir des cours de mathématiques et de physique dont il ne reste plus rien à la fin du collège ? Pour les seconds, combien d’heures interminables à tenter de comprendre les beautés d’un texte ou la grandeur d’un événement historique ? Il ne s’agit pas de ne faire que des sciences ou que des humanités, mais de proposer une spécialisation à l’enfant. À 12 ans, on voit là où il est le meilleur, inutile d’attendre la Première pour lui permettre enfin de se débarrasser des disciplines honnies.

Spécialiser les formations

De même, quand on prend un emploi du temps du collège on se rend compte qu’au moins une journée est consacrée à des disciplines inutiles : musique, dessin, sport, technologie. Je ne dis pas que ces disciplines ne servent à rien, je dis qu’elles sont inutiles dans la façon dont elles sont pratiquées au collège. Oui à la musique et au dessin, mais pas à hauteur d’une trentaine de minutes par semaine. Un cours dure 55 minutes. Retirez le temps d’installation et de désinstallation, il vous reste 30 minutes utiles. Pas de quoi faire un beau dessin ou un de composer une belle œuvre. Chacun, selon ses souvenirs, pourra juger de la pertinence de ses heures de cours, vécues par les élèves comme des heures de récréation. De même pour le sport. C’est très important que les adolescents en fassent, notamment pour des questions de santé publique, mais cela doit être pratiqué en dehors du collège. Que peut-on faire en deux fois 55 minutes de sport, quand on a retiré le temps passé au vestiaire à se déshabiller et se rhabiller ? Quel gâchis financier pour les écoles que ces investissements dans des gymnases et du matériel très onéreux. Rendons obligatoire l’inscription dans un club de sport, surveillons l’assiduité des enfants, et l’objectif sportif sera vraiment atteint.

Une fois cela dit, on peut recentrer les heures de cours du collège sur les fondamentaux. Là aussi, les parents peuvent se regrouper pour embaucher des professeurs précepteurs. Là aussi par groupe d’une quinzaine d’élèves, en tenant compte des différences d’âge, plus marquées à ce moment de la croissance. Là aussi, il faut trouver des locaux, mais ce n’est pas insurmontable.

Et au lycée

Le même processus peut être suivi au lycée. En Terminale, il faudra bien se résoudre à suivre les programmes du bac pour le passer en candidat libre. Compte tenu du niveau de celui-ci, ce ne sera pas une chose démesurée, surtout si les élèves ont été bien formés auparavant.

On le voit, la liberté scolaire est possible, à condition que les parents prennent celle-ci au sérieux, qu’ils cessent de tout attendre de l’État et qu’ils soient prêts à s’investir dans l’éducation de leurs enfants. C’est certes plus compliqué que de payer une école privée et de regarder faire, mais ce n’est pas impossible. Encore une fois, une offre de service pourrait se créer pour aider au développement de l’école à domicile. Les premiers deviendraient ainsi les pionniers d’un mouvement général d’éducation, pour mettre à bas un monopole scolaire à bout de souffle.

Contraintes administratives

L’État, bien évidemment, goûte assez peu la liberté. La scolarisation à domicile revêt donc quelques contraintes. Si des familles se regroupent pour scolariser leurs enfants, cela n’est pas considéré comme une école à la maison, mais comme une école de fait. Il faut donc déclarer l’ouverture d’une école au rectorat et les enfants seront considérés comme scolarisés dans une école privée hors contrat.
Rien d’impossible, même si cela est un peu contraignant. Cela suppose d’avoir une association pour gérer l’ensemble (qui peut par exemple recevoir les frais de scolarité et rémunérer les enseignants) et de nommer un chef d’établissement.
Le jeu en vaut vraiment la chandelle, car, passé ces petites contraintes, on assure à ses enfants une éducation de qualité.

Ces contraintes ne sont valables que jusqu’à 16 ans, date limite de la scolarité obligatoire. Pour le lycée, les parents sont donc tranquilles et peuvent se regrouper entre familles sans avoir besoin de faire de déclaration préalable.

De même y a-t-il des contraintes réglementaires pour l’accueil du public. Jusqu’à 19 enfants, n’importe quelle salle peut convenir. Au-delà, des contraintes s’imposent (ERP, Établissement recevant du public), mais qui sont assez légères jusqu’à 50 personnes.