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Libéraliser les migrations pour résoudre la crise migratoire

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Fonder les migrations sur un système de liberté

Les migrations sont d’abord des échanges, ce qui suppose une zone de départ et une zone d’arrivée, et éventuellement une zone de transit. Comme tout échange, elles doivent être fondées sur un système de liberté, c’est-à-dire que les migrations doivent être libéralisées et échapper à la tutelle de l’État. De même qu’il existe une liberté de circulation pour les capitaux et pour les biens, il doit exister une liberté de circulation pour les personnes. Mais un système migratoire libéralisé ne signifie pas qu’il est ouvert à tous les vents et qu’il dissout les obligations réciproques des différents acteurs. La liberté migratoire est une notion qui suppose la responsabilité de ces différents acteurs.

Cette liberté repose sur trois piliers : possibilité, volonté et vérité.

1/ Possibilité des flux migratoires

Les personnes qui souhaitent quitter leur pays, pour quelque raison que ce soit (guerre, économie, loisir), doivent pouvoir le faire sans qu’une force étatique ne puisse s’opposer à leur départ et à leur circulation. Ceci étant pour le point de vue de la zone de départ. Mais comme tout système d’échange, il y a aussi la zone d’arrivée. Rendre possible les migrations c’est aussi donner la possibilité aux zones d’arrivée d’accepter ou de refuser le flux migratoire.

Dans un échange économique, un producteur a la possibilité de vendre son produit, et le consommateur celle de l’acheter ou de le refuser. Si l’on force le consommateur à acheter un produit, l’échange n’est plus libre, il est contraint. De même pour les migrations : si l’on force des communes à accueillir des migrants alors qu’elles les refusent, la migration est coercitive et non pas libre. C’est notamment le cas de l’Allemagne où plusieurs mairies se sont vues imposer l’accueil des migrants par le gouvernement central, alors même qu’elles n’avaient ni logements, ni écoles ni travail pour les accueillir dignement.

2/ Volonté des flux migratoires

Deuxième pilier d’une migration libre, la volonté libre des acteurs de la migration. Beaucoup de personnes, notamment dans la crise migratoire actuelle, partent non pas de façon volontaire, mais de façon forcée. Il est fort probable que si les millions de Syriens qui ont quitté leur pays n’avaient pas dû partir à cause des exactions de l’État islamique ils seraient restés sur leurs terres. Libéraliser les migrations, c’est donc tout faire pour éteindre les causes forcées des flux migratoires. En soutenant l’État islamique d’une part (par la livraison d’armes notamment), en détruisant l’État libyen d’autre part, la France a joué un rôle certain dans la déstabilisation de cette zone, et dans la création des causes migratoires.

Comme pour le premier pilier, la volonté migratoire se retrouve aussi chez les pays qui connaissent les arrivées. Quand la Commission Européenne appelle à davantage de migrations économiques pour résoudre les défis du manque de main-d’œuvre, elle le fait sans jamais se préoccuper des besoins réels de l’économie européenne. Il n’est nullement certain que les entreprises aient réellement besoin de cette main-d’œuvre libyenne ou syrienne pour survivre.

Dire aussi, comme le font bon nombre d’antilibéraux, que les patrons appellent des immigrés pour faire baisser les coûts du travail et disposer ainsi d’une main-d’œuvre moins chère est également un non-sens. Les patrons demandent surtout à ce que l’on baisse leurs charges sociales, ce qui serait déjà grandement suffisant. De même, la mécanisation continue de la production industrielle rend incertain le besoin de main-d’œuvre étrangère. Dans une économie libre, mécanisation et robotisation sont plus utiles que la venue d’ouvriers mal formés et ne parlant pas la langue du pays d’arrivée.

3/ La vérité migratoire

Troisième pilier d’une migration libéralisée, que celle-ci soit fondée sur la vérité des flux. Cela suppose que les migrants qui viennent ne mentent pas sur leurs intentions réelles : venir pour échapper à une zone de guerre, pour se former, pour travailler et non pas venir pour importer le terrorisme ou pour bénéficier d’un système de redistribution sociale généreux.

De même, la vérité des flux doit concerner la zone d’arrivée. Si l’on invite des migrants chez soi, il ne faut pas leur mentir sur les conditions de l’accueil : leur faire croire qu’ils auront du travail alors qu’ils seront au chômage, leur faire croire qu’ils auront des logements décents, alors qu’ils devront vivre dans la boue et la promiscuité de la jungle de Calais.
La vérité des flux est omniprésente dans les échanges de biens : si je vends une maison, je dois stipuler à l’acheteur les éventuels vices dont elle fait l’objet (problème de termites ou d’amiante par exemple). Et si j’achète la maison, je dois être solvable, et ne pas payer avec un chèque en bois.

Ces trois éléments, possibilité, volonté et vérité, fondent des échanges libres qui, dans ce cas seulement, permettent un enrichissement mutuel : celui de l’acheteur et celui du vendeur, c’est-à-dire l’homme qui part et l’homme qui le reçoit. La crise migratoire actuelle n’est pas due à un excès de liberté, ni même aux conceptions libérales, mais à un excès d’étatisme.

La faillite de l’étatisme

Ce sont des États qui ont provoqué la plupart des causes migratoires dans les pays méditerranéens. Ce sont des États qui imposent aux collectivités publiques et aux entreprises de recevoir des migrants dont elles ne veulent pas. Ce sont des États qui bafouent la propriété privée en facilitant l’installation de clandestins sur des terrains privés, en ne procédant pas aux expulsions des occupations illégales, en ne pouvant pas assurer la sécurité des citoyens qui versent pourtant de lourds impôts pour cela. Le drame migratoire est donc d’abord le drame de l’État providence, cet État qui intervient dans les domaines qui ne sont pas les siens et qui ne peut plus intervenir dans ceux qui sont de son ressort. Ce n’est pas la liberté qui est ici en cause, mais l’étatisme.