Jean-Baptiste Noé

Le site web d’un historien

jean Baptiste Noé sur Facebook Jean Baptiste Noé sur Twitter Jean Baptiste Noé sur Google+ Chaine Youtube de Jean-Baptiste Noe

Les sacrements républicains

Accueil > Articles > Les sacrements républicains

Les sacrements de la République

La séparation de la République et de l’Église, telle qu’elle a été décidée une première fois en 1794 puis une seconde en 1905, ne signifie pas que l’État républicain ne reconnaisse aucun culte, comme cela est stipulé dans la constitution, mais que l’État s’érige en religion et qu’il établit son culte d’État. Dans la lutte multiséculaire entre l’ordre politique et l’ordre théologique, celle du trône et de l’autel, c’est le christianisme qui a tracé la voie droite de la laïcité, c’est-à-dire de l’établissement d’un système dualiste distinguant –et non pas séparant- la sphère politique et la sphère religieuse. Dans les systèmes monistes, qu’ils soient théocratiques ou totalitaires, une des deux sphères a pris le contrôle sur l’autre et l’englobe en entier. C’est de la laïcité, de la saine distinction des deux glaives, que naît la liberté des personnes, et par là qu’est rendu possible le développement économique et humain des populations.

Fonder une nouvelle religion

Lorsque la République a combattu l’Église, elle a cherché à devenir elle-même sa propre religion, en établissant un culte dont nous sommes encore tributaires aujourd’hui. C’est dans ce cadre que s’inscrit la fête nationale, ou les différentes commémorations organisées tout au long de l’année, qui scandent le calendrier liturgique profane de l’ordre républicain. Aux grandes fêtes du christianisme le nouvel État a voulu substituer les fêtes nationales constitutives du nouvel ordre et formant la conscience des citoyens. C’est dans ce cadre des fêtes civiques que s’inscrivent la fête de la musique créée plus récemment, les journées du patrimoine ou la nuit blanche à Paris. Cela participe de la religion laïque, de la foi laïque que Vincent Peillon a analysée avec brio dans un entretien accordé à son éditeur. Ces fêtes religieuses ont un caractère d’absolu. Elle désigne le schismatique qui refuse de participer à la nouvelle liturgie, elle rejette les hérétiques qui pourraient douter de la bonne foi de ces fêtes. Que la fête de la musique ait été instituée le 21 juin, jour du solstice d’été, antique fête de la lumière chez les païens, proche de la Saint-Jean des chrétiens, n’est pas le fait du hasard, mais émane bien de la volonté de substituer un culte à un autre.

On notera que cette République qui ne reconnaît aucun culte à tout de même son Panthéon, c’est-à-dire au sens propre le lieu où se trouve ses dieux, Panthéon qu’elle remplit régulièrement de nouveaux noms. Si les hauts faits militaires étaient autrefois vantés, et le Panthéon regorge de généraux aujourd’hui oubliés, ce sont désormais les actions civiques qui sont mises en avant. Les valeurs républicaines sont mouvantes et elles évoluent depuis 1792, mais la volonté de les infuser dans la société est toujours actuelle.

Les sacrements républicains

La République a donc créé des sacrements parallèles et imités des sacrements chrétiens. Le mariage est le plus connu. Le mariage civil n’existait pas avant que la Révolution ne le crée. Il y avait des traités de mariage, passés devant notaire, qui sont aujourd’hui des incontournables des études historiques pour tous les étudiants, mais le mariage était uniquement religieux. Pour ceux qui se marient à l’Église, il y a l’obligation de se marier auparavant de façon civile. Le curé doit demander le justificatif de mariage, dans le cas contraire il est pénalement responsable. On aurait pu imaginer que les évêques de France, face à la loi Taubira, dissocient mariage civil et mariage religieux et refusent cette contrainte qui oblige les catholiques à se marier face à l’État pour ensuite pouvoir se marier devant Dieu. On ne peut qu’être surpris de cette persistance juridique dans une société libre : pourquoi les chrétiens doivent-ils avoir le consentement de l’État pour pouvoir se marier religieusement ? Dans certains pays d’Europe, le mariage religieux a une valeur civile ; il pourrait en être de même en France.

L’autre sacrement copié par l’État est celui du baptême. Le baptême républicain n’est pas obligatoire, et il n’a aucun caractère officiel. Les mairies ne sont pas obligées de le pratiquer, et les officiers d’état civil sont laissés libres de leur pratique liturgique. Il « est destiné à faire entrer l’enfant dans la communauté républicaine et à le faire adhérer de manière symbolique aux valeurs républicaines. » Ici, on pourra s’offusquer que les parents ne laissent pas le choix à leur enfant de choisir ou de refuser les valeurs républicaines. Après tout, l’enfant pourrait faire le choix, une fois devenu citoyen, d’être monarchiste, de ne pas croire au réchauffement climatique ou de ne pas vouloir voter. Qu’arrive-t-il si un adulte baptisé républicain demande à se faire débaptiser ?

Nous sommes ici confrontés à un système qui outrepasse ses droits initiaux, celui de protéger les populations et d’assurer les fonctions régaliennes, pour se faire le directeur de la vie et de la conscience des populations.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette forêt de cultes et de croyances, semée pour faire ombrage à la pratique chrétienne, emporte de moins en moins l’adhésion de son peuple. Depuis deux siècles déjà, l’État essaye en vain de sortir de son lit et d’inonder des plaines qui lui sont inconnues. La nouvelle religion qu’il a voulu bâtir, en dépit de sa force, n’a pas encore gagné l’ensemble des cœurs humains.