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Les prépas sont-elles finies ?

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La fin des prépas

Depuis une quinzaine d’années, au moins depuis Claude Allègre (1997), il y a une volonté commune des gouvernements de supprimer les classes préparatoires. Depuis cinq ans, ce processus c’est amplifié, à tel point que l’on peut se demander s’il y aura encore des classes préparatoires dans une dizaine d’années. Notre objectif ici n’est pas de nous prononcer sur le bien-fondé de cette suppression, mais de constater des faits et un mouvement d’ensemble général.

L’objectif est d’intégrer les études supérieures dans le processus de Bologne (initié en 1999), qui répond au schéma LMD (Licence +3, Master +5, Doctorat +8) et de donner davantage de visibilité aux écoles et aux universités, notamment dans le classement de Shanghai. Rappelons que les classes préparatoires servent à préparer un concours, littéraire, économique ou scientifique, qu’elles donnent droit à des équivalences de L1 ou L2, et qu’elles permettent de rejoindre l’école obtenue en Master. Il y a donc deux façons de supprimer les classes prépas : soit en organisant des admissions post-bac, soit en rendant possibles des admissions parallèles en Master à partir de l’université. Ce sont ces deux modes d’admission qui sont aujourd’hui développés.

Les admissions parallèles

Toutes les écoles, commerciales, scientifiques et littéraires, proposent de plus en plus de place aux admissions parallèles. Les grandes écoles d’ingénieur admettent des étudiants venant de l’université, Paris VI proposant même une préparation spécifique aux concours d’écoles d’ingénieur (Centrale Paris et autres). Quant aux licences prépas, qui proposent à la fois une licence et une préparation aux concours d’écoles d’ingénieurs, elles se multiplient, comme à Paris XI et Paris VII.

Les écoles de commerce ouvrent des places à des concours en admission parallèle ou à des admissions sur titre. De même pour les écoles qui recrutent à partir des khâgnes.

Pourquoi pratiquer une telle ouverture pour ces écoles ? Cela leur permet de toucher un public plus large, de diversifier leurs sources de recrutement, de capter un public de très bons étudiants qui n’est pas passé par les classes prépas. Cela leur permet aussi d’avoir davantage d’étudiants, donc davantage d’argent.

Les admissions post-bac

Nombreuses sont les écoles supérieures à développer un recrutement post-bac, c’est-à-dire à contourner le système des classes prépas. C’est aux lycéens à préparer le concours pendant l’année de Terminale et à tenter leur chance, quitte à postuler dans une prépa au cas où ils échoueraient à l’école voulue. Ce système de recrutement post-bac s’amplifie depuis quelques années.

Les écoles de commerce sont de plus en plus nombreuses à proposer une formation en 5 ans, Licence (dénommée Bachelor) et Master. L’Essec a ouvert BBA Essec, Bachelor in Business Administration. Les Terminales peuvent donc rejoindre cette école de commerce après le bac, sans passer par la case prépa.
Il est fort probable que d’autres écoles, comme HEC et l’ESCP, suivent le modèle de l’Essec, qui est le modèle anglo-saxon.
D’autres écoles de commerce prestigieuses, comme l’IESEG, offrent des admissions post-bac, via les concours Accès et Sésame.

Les écoles d’ingénieur s’ouvrent aussi à ce système. Les INSA organisent un recrutement en Terminale. Parmi elles, l’INSA Lyon est classée A+, ce qui la met parmi les écoles d’ingénieur les plus prestigieuses. De nombreuses écoles d’ingénieur recrutent via les concours Avenir et Puissance 11.

Quant aux prépas littéraires, elles sont concurrencées par l’université elle-même. Paris Ouest (ex Nanterre), a ouvert une khâgne qui prépare aux concours de la BEL (Banque d’Epreuves Littéraires). La Sorbonne, Paris I et Paris IV, propose dès la L1 une formation exigeante de double licence, avec sélection des étudiants. Déjà dans une place sélective, ces étudiants peuvent ensuite rejoindre un master ou une grande école, via des concours parallèles et des admissions en M1.

Quel avenir pour les prépas ?

Entre les admissions post-bac et les admissions parallèles, y a-t-il encore un avenir pour les classes prépas ? Si le monde du supérieur évolue très vite depuis une dizaine d’années, les mentalités changent beaucoup plus lentement. Pour beaucoup, la prépa reste la prépa, et il est difficile d’imaginer qu’il puisse y avoir d’autres modes d’admission. Mais l’État se charge de hâter le changement en intégrant les classes prépas à l’enseignement supérieur.

En scientifique, les élèves doivent désormais réaliser une épreuve de TPE, qui est un travail de recherche effectué pendant toute l’année, et qui compte dans les épreuves finales. C’est un moyen de commencer les synergies entre les classes prépas et les universités. Des classes préparatoires scientifiques sont même directement couplées aux universités.

Un rude coup a été porté aux prépas par la volonté de Vincent Peillon de publier un décret revoyant les modes de rémunération des professeurs. D’après les syndicats, cela provoquerait une baisse de 15 à 20% du salaire des professeurs des classes prépas. Ce chiffre semble exact au dire de certains professeurs. Pourquoi un tel décret provoquant une telle baisse ? Officiellement, il s’agit d’économiser 20 millions d’euros qui serviront à financer une réforme des ZEP dont le coût est estimé à 20 millions d’euros. Enfin une dépense nouvelle sans impôt nouveau.

Derrière cela, il y a aussi, probablement, la volonté d’affaiblir les professeurs de prépas, afin de les faire travailler ailleurs : par exemple à l’université ou dans les écoles de commerce. Je ne serai pas surpris que, face à la grogne compréhensible de cette mesure, un autre décret les autorise à exercer de telle fonction. Nos professeurs de prépas seraient alors intégrés dans le supérieur (ils dépendent actuellement du secondaire). Cette valorisation de titre devrait à la fois calmer leur colère et dissoudre les prépas dans l’enseignement post-bac.

Quel avenir pour les lycées ?

Ces changements concernent aussi grandement les lycées. C’est également à eux de les penser, afin de pouvoir les anticiper et les préparer.

Pour les lycées qui ont des prépas, le coup, s’il est réel, risque d’être rude. Les prépas sont à la fois une source de financement important des lycées privés qui en ont, et un élément de prestige certain. C’est tout leur modèle de formation qui devra être revu ; autant s’y préparer à l’avance.

Pour les lycées sans prépas, l’enjeu du cycle Première / Terminale, ne sera donc plus l’admission post-bac sur dossier, mais l’admission via les concours. C’est déjà le cas puisque de nombreux élèves de Terminale passent ces concours. Il sera donc nécessaire de relever les exigences académiques, afin de préparer certes au bac, mais surtout aux concours présentés par les élèves. Cela induit notamment le recrutement de professeurs compétents, donc la proposition d’un projet pédagogique fédérateur.

Quoi qu’il en soit, le paysage éducatif du secondaire et du supérieur continue sa mue et sa transformation rapide, ce qui augure des années à venir riches en nouveautés.