Jean-Baptiste Noé

Le site web d’un historien

jean Baptiste Noé sur Facebook Jean Baptiste Noé sur Twitter Jean Baptiste Noé sur Google+ Chaine Youtube de Jean-Baptiste Noe

Les guerres de civilisation (3/4)

Accueil > Articles > Les guerres de civilisation (3/4)

La guerre aujourd’hui

Des guerres de transition aux guerres civilisationnelles

Guerres de transition : la guerre en Afghanistan et la guerre du Golfe

Ces deux guerres commencent par une simple invasion, puis elles se muent en guerre de civilisation. Elles inaugurent un nouveau type de guerre, marquée par les conflits ethniques et les affrontements entre groupes appartenant à des civilisations différentes.

La guerre est menée au nom du jihad. On combat les soviétiques en s’appuyant sur les principes de l’islam. Cette guerre a redonné confiance aux musulmans qui ont compris que l’islam était capable de vaincre une puissance étrangère. 25 000 volontaires venant de pays arabes, surtout Jordanie, et formés par les services du Pakistan, ont pris part à la guerre. L’Arabie Saoudite a donné beaucoup d’argent pour financer la guerre, presque autant que les Etats-Unis. Système de relais et de réseaux internationaux pour lutter contre les soviétiques.

Guerre du Golfe : plusieurs pays arabes soutiennent les Etats-Unis, mais pas tous. En échange on annule leur dette, on leur donne des avantages. Mais la rue arabe refuse cette attaque et voie dans Saddam Hussein un défenseur de l’islam. Du Maroc à la Chine les musulmans soutiennent l’Irak. La guerre devient bien civilisationnelle.

Ces deux guerres ont permis aux Etats arabes de se rapprocher alors qu’ils sont souvent très opposés.

Caractéristiques des guerres civilisationnelles

Cette guerre se fait entre des Etats de civilisation différente, ou entre groupes différents présents au sein des Etats.
Le but est le contrôle du sol et l’élimination du groupe qui n’est pas membre de la civilisation. La purification ethnique est souvent la conséquence de ces conflits.

Ce sont des conflits longs, très difficiles à résoudre autrement que par l’expulsion d’un groupe. Il n’y a ni concession possible ni entente ; la vie en commun est impossible.
Guerre intermittente : conflit larvé, guérilla, poussée de fièvre. Cause beaucoup de morts et de réfugiés, ce qui peut déstabiliser les zones environnantes.

La religion est la différence la plus profonde qui soit entre les peuples. Les guerres civilisationnelles ont toutes la religion pour fondement. La langue, l’ethnie, la culture peuvent intervenir, mais c’est la religion qui en est la cause fondamentale.

Du sang aux frontières de l’islam

La Guerre froide a empêché de voir et de comprendre les guerres civilisationnelles parce que tous les conflits ont été vus sous le prisme de la Guerre froide et que les belligérants ont pu se servir de l’un ou de l’autre des protagonistes pour faciliter ces combats. Mais les conflits civilisationnels ont été nombreux. Ils sont la matière même de l’histoire. La guerre du Vietnam fait partie de ce type de conflit.

La ligne de fracture passe par le monde musulman. Les musulmans engendrent l’essentiel des conflits, les chiffres sont à cet égard irréfutables. La ligne de feu musulmane est une ligne de guerres et de sang.
Les musulmans se servent essentiellement de la guerre pour résoudre ces crises.

Usage de la guerre pour résoudre une crise, entre 1929 et 1979 :

Etats musulmans : 53.5%
GB : 11.5%
EU : 17.9%
URSS : 28.5%
Chine : 76.9%

Seule la Chine est plus belliqueuse que les musulmans. (p. 387)

La dynamique des guerres civilisationnelles

L’essor de la conscience identitaire

Lors de guerre les radicaux finissent toujours par débordés les modérés et par ravir la direction des affaires. Les modérés peuvent ressurgir en fin de combat, quand les extrémistes ont montré leur inefficacité, et quand les populations en ont assez de la violence. Mais les modérés sont souvent combattus par les extrémistes.

Les ralliements de civilisation : pays apparentés et diasporas

Pendant la Guerre froide le conflit s’écoule du haut vers le bas. Dans les guerres civilisationnelles, le conflit bouillonne du bas et va vers le haut.
Avec la notion de pays apparentés les guerres civilisationnelles ont un grand risque de s’étendre, et la guerre de monter en escalade.

Les diasporas soutiennent aussi leur pays d’origine, et souvent de façon beaucoup plus importante que le pays lui-même. Elles sont des cinquièmes colonnes pour les pays où elles vivent.

Avec les moyens de communications modernes, télévision et courriel, les diasporas se sentent beaucoup plus proche de leur pays d’origine qu’auparavant. C’est une façon de resserrer les liens et de maintenir des contacts entre les populations. On est désormais émigrés sans l’être vraiment, ce qui ne facilite pas l’intégration dans le pays d’accueil.

Arrêter les guerres civilisationnelles

Ce sont des conflits intermittents donc interminables. Impossible d’y mettre un terme car les raisons de la guerre sont civilisationnelles et culturelles, or ces aspects-là ne disparaissent pas.
En revanche, la guerre peut marquer des pauses, connaître des trêves, des interruptions. Mais sans jamais vraiment s’arrêter.

Le conflit peut s’arrêter quand les deux partis sont épuisés, et que les radicaux ne peuvent plus combattre. Les modérés reprennent alors les négociations. Pour cela, il faut l’intervention d’un pays tiers qui mène les négociations, car étant seuls les pays ne peuvent négocier par eux-mêmes, leurs haines sont trop importantes.

Ceux qui acceptent les accords et les signes risquent leur vie, car cela ne plait pas aux extrémistes qui risquent de vouloir les tuer. C’est le cas de Rabbin, de Sadate ou de Gandhi. Les assassins veulent remettre en marche la machine guerrière, n’acceptant pas la négociation.