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Les chrétiens d’Orient veulent rester sur leur terre

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Les chrétiens d’Orient vivent le carême, pour rester sur leur terre

Lutter contre le désespoir et la tentation de l’exil, ne pas céder aux sirènes des fausses facilités que sont l’exode et l’émigration, rester ancré sur sa terre, cette terre d’Orient qui a vu la naissance du christianisme et qui a besoin des chrétiens d’Orient pour conserver son unité et sa spécificité. Telle est la substance des messages de carême de Mgr Sako, patriarche de Babylone des Chaldéens et de Sa Béatitude Gregorios III, patriarche d’Antioche et de tout l’Orient.

Ces chrétiens d’Orient qui ne sont pas que la réminiscence folklorique d’une continuité historique, mais bien des fils de leur peuple et de leur foi. Mgr Sako rappelle l’importance qu’il y a à rester en Irak, alors que nombreux sont les chrétiens qui sont déjà partis. C’est d’autant plus important que cela doit éviter l’uniformisation de la région, et que les chrétiens sont souvent des facteurs de paix et de concorde dans un Proche-Orient qui montre trop souvent des images de guerre.

Ce message nous rappelle que les multiples appels en faveur de la paix, comme les congrès, les médiations et les conférences internationales n’ont toujours pas abouti à une paix stable et sûre. Ces fils du Christ sont encore les jouets des enfants de Mars.

Sa Béatitude Gregorios III parle d’espoir, pour une région où cette vertu a bien souvent du mal à se dessiner.
"Nous vous invitons à recourir à l’arme de l’esprit, à l’arme de la foi, à l’arme de l’espérance, lorsque vous êtes devant l’écran de télévision ou prenez connaissance d’autres moyens de communication. Ne vous laissez pas entraîner par des sentiments de désespoir, de dépression, de désillusion, par la tentation de blasphémer, par la perte de confiance en Dieu, en sa Providence, en son amour et en sa miséricorde (…) Ne nous laissons pas vaincre par des sentiments qui détruisent l’âme et le corps. Cela est aussi une partie de la pratique du carême : il doit susciter en nous espoir et confiance."

Un message qui s’adresse aussi aux Occidentaux qui peuvent très facilement se résigner à accepter l’arc de feu qui consume l’Orient. À force de ne voir cette région que sous le prisme de la guerre, de la violence, des attentats et des massacres, on peut en arriver à l’idée que cet état de fait est destiné à s’inscrire pour toujours dans une région qui n’a guère connu la paix. La disparition de l’Empire ottoman, il y a bientôt un siècle, a laissé derrière lui une traînée de débris et de dislocations.

Pourtant l’Orient nous concerne aussi, d’autant que la France a pris l’habitude, depuis de nombreux siècles, de considérer cette zone comme sa chasse gardée. Impuissante en Ukraine, elle peut renforcer son jeu diplomatique dans cet Orient de feu.
Car le conflit demeure l’axe essentiel de la géopolitique actuelle. Si nous commémorons, en Europe, 100 ans de paix, c’est oublier un peu vite que l’Europe de l’Est a été marquée par la guerre jusqu’en 1991, que la Serbie, via le Kosovo, est encore sous le couvert du feu, que le Maroc doit faire face à des affrontements à sa frontière sud, que l’ensemble de l’Afrique du Nord est loin d’être stabilisé.

On s’habitue vite à la paix, alors qu’elle n’est que provisoire. Le fait que de nombreuses jeunes personnes nées en France aillent rejoindre le jihad en Orient devrait nous faire réfléchir sur la proximité de conflits qui nous concernent au premier plan. Ces messages de carême des dignitaires chrétiens d’Orient devraient au moins nous amener à considérer que cette région du monde ne s’inscrit pas uniquement dans le plus long rêve de l’histoire, mais aussi dans la crudité des fractures et des conflits de notre mer commune.

Article publié dans Aleteia.