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Les Plantagenêts : entre la France et l’Angleterre

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L’histoire de France est une histoire de familles. Les Capétiens ont dirigé le royaume de 987 à 1848, et c’est à eux, avec leurs différentes branches, que l’on doit l’unification du royaume, le développement des arts et des lettres, les pacifications et les guerres multiples. D’autres familles ont espéré et ont tenté de prendre les rênes du pays, notamment les Plantagenêts. D’origine française, si tant est que ce terme soit significatif à l’époque médiévale, ils sont cousins des Capétiens et, à leur apogée, ont contrôlé une vaste zone regroupant l’ouest de la France, l’Aquitaine, la Normandie et l’Angleterre. Richard Cœur de Lion est l’un d’eux, lui qui passa plus de temps à Bordeaux qu’à Londres.

C’est Geoffroy V (1128-1151), comte d’Anjou, qui est à l’origine de la dynastie. Il gagne le surnom de Plantagenêt en référence aux genêts des landes où il allait chasser. Son fils, Henri II (1133-1189) épouse Aliénor d’Aquitaine, répudiée par son premier mari Louis VII. Quand il devient roi d’Angleterre il contrôle ainsi l’Aquitaine et une grande partie de l’ouest du royaume. Vassal du roi de France, il est pourtant plus puissant que lui. Son fils Richard (1157-1199) signa un certain apogée de la famille. Croisades et guerres parcoururent son règne, ainsi que des liens tendus avec son père. À sa mort, c’est son frère Jean sans Terre qui lui succéda. Il dut affronter Philippe II, soucieux de récupérer au profit de la France les terres de cette famille. Plantagenêts contre Capétiens, c’est une guerre de cousins.

La guerre de Cent Ans. C’est cette opposition qui conduisit à la guerre de Cent Ans. Édouard III (1327-1377), époux de la fille du roi de France et roi d’Angleterre fut un prétendant à la couronne des lys. Pour l’empêcher de la prendre, les juristes durent inventer la tradition de la loi salique, et écarter les femmes des héritages. Si les Capétiens gardèrent la couronne, ils provoquèrent une guerre d’un siècle avec leurs cousins d’outre-Manche. Ce conflit se solda en 1453, et les Plantagenêts durent renoncer à leurs possessions d’Aquitaine. La famille se recentra sur l’Angleterre. Elle se divisa en deux branches, les Lancastre et les York, qui se déchirèrent dans la guerre des Deux Roses (1455-1485). La guerre pris fin avec la mort de Richard III, lui aussi Plantagenêt. C’est la rose rouge qui triompha, celle des Lancastre, comme l’indique le maillot des joueurs de rugby. Henri VII Tudor monta sur le trône en 1485, ce qui mit un terme à la dynastie Plantagenêt.

Leur nom reste malgré tout dans l’imaginaire, notamment pour la grandeur de leur cour et les faits de leur geste. Les premiers membres de la famille sont enterrés dans l’abbaye de Fontevraud, aux confins de l’Anjou et du Maine. Nécropole des rois d’Angleterre, elle est aussi un des hauts lieux de mémoire de la France. L’historien Jean Favier (1932-2014), qui fut notamment directeur de la BNF, a consacré un livre à cette famille. Il explore toutes les facettes, aussi bien artistique, économique que géopolitique de ce royaume hors-norme qui, s’il s’était pérennisé, aurait pu proposer une autre carte de l’Europe. La défaite n’est jamais inscrite d’avance dans les faits. Famille d’Angleterre, cette famille touche aussi à une partie essentielle de l’histoire de France.

Chronique parue dans l’Opinion