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Le vin ? A consommer avec éducation

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Ma contribution pour Vino Bravo 2015.

Le vin ? À consommer avec éducation !

Dans le vin, il n’y a pas que de l’alcool. Il y a aussi de l’art, de la littérature, de la politique, de la chimie et de la théologie, de l’économie et de la géographie. Un verre de vin renvoie à la culture de l’homme, à la civilisation de la France et de l’Europe. Dès l’époque romaine, le vin acquiert le statut de boisson de culture. Les aristocrates se doivent d’avoir une vigne sur leur domaine, et de mettre la main à la charrue. Le vin se dote d’un langage propre pour le décrire et l’apprécier, il n’est pas qu’une simple boisson, mais un objet de civilisation. Le vin rejoint toute l’histoire de France, et une partie de l’histoire du monde. Dans un verre de vin, on peut voir la naissance de la vigne dans le Caucase, les routes du croissant fertile, les expansions viticoles vers l’Australie et la Californie. C’est cette profondeur historique que l’amateur cherche dans le vin, et qui lui permet d’associer cette boisson avec la musique, la littérature et la peinture. Ce degré de culture fait réprouver l’ivresse quand l’amateur a appris à déguster le vin avec éducation. Dans cette consommation maîtrisée et sublimée réside la véritable liberté. L’homme se construit par l’éducation, par l’apprentissage de la maîtrise de ses passions, par la découverte de sa culture et de celle des autres. Parce qu’il réunit ces conditions, le vin est un puissant vecteur de formation de la personne.

Une politique prohibitionniste est donc non seulement inutile, car aucune n’a réussi à éradiquer l’alcoolisme, mais également contraire à l’intérêt propre des personnes. Prohiber la consommation éduquée du vin, c’est empêcher la personne d’éprouver et de solidifier sa liberté, c’est lui fermer un monde de culture et d’histoire. Donnons à notre jeunesse la capacité de s’émouvoir de la beauté des paysages de vignes : elle y apprendra l’amour du respect de la nature, et l’émerveillement face au travail des hommes qui parviennent à en tirer la meilleure part. Permettons aux générations qui viennent de trembler d’émotion en trempant leurs lèvres dans un vieux millésime dont l’élaboration a nécessité des décennies de travail. Elles y expérimenteront l’amour du travail bien fait, de la patience et de la gratuité. L’éducation dans la liberté est le plus beau défi qui se présente à l’homme : elle seule peut le faire grandir, au risque que certains se perdent. Mais la prohibition est la marque de l’absence totale de confiance dans l’homme, l’éradication de sa liberté et l’expression d’une mainmise oppressante de l’État sur la personne. Plutôt que d’associer systématiquement le vin à la drogue et de fomenter la création d’une société de la tristesse et du désespoir, en plus de couper la jeunesse de ses racines et de sa culture, l’État pourrait jouer un rôle positif dans l’éducation au vin en aidant à maîtriser sa consommation et en permettant de découvrir la face culturelle du vin. Ce serait autrement plus efficace et exaltant que de ne penser qu’en termes de répression et de sanction.

Cette politique intelligente et dynamique pourrait se fixer un objectif : apprendre à boire avec éducation. Les cours de biologie et de chimie sont tout à fait appropriés pour découvrir le fonctionnement de l’alcool, les mystères de la fermentation et le rôle des levures. Dans les cours de géographie, pourquoi ne pas étudier quelques paysages viticoles, pour rattacher cela à l’aménagement du territoire et à l’insertion de la France dans la mondialisation économique ? En littérature, l’étude de quelques textes viticoles de nos grands auteurs français pourrait être le bienvenu. Enfin, il faut encourager la création et l’animation des clubs d’œnologie dans les universités et les écoles du supérieur. C’est là que les étudiants apprennent à bien boire et qu’ils apprennent aussi à maîtriser des éléments indispensables à connaître pour leur vie professionnelle. Les écoles gagneraient à être plus vigilantes sur les soirées des week-ends d’intégration, et plus intelligentes sur le soutien apporté aux clubs d’œnologie. Enfin, audace ultime, pourquoi ne pas permettre la création de ces clubs dans les lycées ? Éduquée à la liberté, la jeunesse pourrait déguster ces œuvres de culture avec éducation.

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