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Le socialisme et la démocratie libérale

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Le socialisme, adversaire de la tradition démocratique et libérale.

La difficulté de compréhension du socialisme réside dans ses contradictions internes. Alors qu’il semble prôner une certaine forme d’anarchie politique et une indépendance des individus, il est très étatique et antilibéral dans les faits. Alors qu’il prône la compassion pour les faibles, il se montre très violent, soit dans sa rhétorique soit dans son agir. Ses contradictions internes, le fait qu’il puise à des sources d’inspiration très différentes, qu’il connaisse des courants multiples, des réalisations divergentes, fait de la doctrine socialiste une idéologie difficile à cerner et à circonscrire.

Nous reprenons ici les idées principales développées par Philippe Némo dans son Histoire des idées politiques, livre que nous avions déjà commenté précédemment.

1/ Rôle du facteur révolutionnaire

La question essentielle qui est posée par le socialisme est de savoir s’il représente un progrès ou une régression dans l’évolution culturelle de l’humanité.
En niant la propriété privée, les conduites normées créées par l’État, en prônant la mise en commun des biens, le socialisme veut revenir à une configuration sociale antérieure à la naissance de l’État. Le socialisme est donc réactionnaire par essence. Mais, simultanément, il érige un État tout puissant, il développe le culte et le mythe du progrès, il veut arracher les individus aux déterminismes, notamment culturels et historiques. Le socialisme est l’idéologie de la reconstruction de l’homme par l’État. Il s’agit, d’abord, de déconstruire, et cela est notamment le rôle d’une école entièrement étatisée, puis, une fois la déconstruction aboutie, de rebâtir un nouvel homme, un homme nouveau. C’est le principal fondamental de la révolution, qui n’est pas tant politique que sociale.

L’idée de la révolution comme praxis de transformation sociale de l’individu et de la société a été développée par Tocqueville. Cette idée me semble fondamentale et lumineuse. Alors que beaucoup s’arrêtent au fait que la révolution est un processus de transformation politique, notamment des structures de gouvernement, Alexis de Tocqueville a clairement montré que le but premier de la révolution est d’opérer un changement social, notamment par la construction d’un homme régénéré. Cette idée est essentielle pour comprendre deux formes oubliées du socialisme, que sont le fascisme et le nazisme.

2/ Socialisme et progrès

Marx et les autres socialistes ne veulent pas revenir au communisme primitif, ils veulent dépasser le capitalisme, c’est-à-dire conserver ce qu’il a apporté de bon, notamment concernant les techniques et l’industrie, mais établir une communauté primitive.
Le problème, c’est que le socialisme réel a échoué. D’un point de vue technique, il a été dépassé par la société de liberté et de marché. C’est le propre d’un système idéologique : il ne peut pas se combattre par les idées ou par une autre idéologie, mais par les faits. Le réalisme est l’arme toute puissante de l’idéologie.

3/ Socialisme et régression

Hayek montre comment, en supprimant la propriété privée et le système de liberté individuelle régulée par le droit, on retourne au tribalisme primitif.
Comment les hommes peuvent-ils adhérer à un système qui détruit leurs conditions de vie, notamment en Occident, qui est le continent qui a le plus profité de l’essor matériel ? Parce que les transformations économiques et sociales dues à la liberté sont encore très récentes. Si elles ont changé la manière de vivre, elles n’ont pas modifié la façon de penser. En France, il faut attendre 1931 pour que la population urbaine soit supérieure à la population rurale. Cela laisse des traces importantes dans les représentations sociales. Nous sommes passés si vite de la société rurale et agraire, qui fut la société de toujours en Europe, à la société tertiaire et urbaine, avec la phase industrielle qui fut une transition, que les esprits n’ont pas eu le temps de prendre conscience ni de la transition, ni des changements opérés.

Le socialisme est une régression par rapport au libéralisme, mais il a l’avantage d’être plus facilement compris par les masses et les instincts grégaires. En tant que tel, le peuple adhère plus facilement à lui. Les instincts ataviques, le mimétisme, l’instinct grégaire des foules peuvent refaire surface à tout moment, d’autant plus qu’une idéologie prend des allures pseudoscientifiques pour les conduire. C’est la force de Karl Marx de pouvoir se prétendre grand économiste, en camouflant ses ignorances, et de développer des idées erronées à partir de principes faux. Le scientisme a servi de point d’appui du socialisme, alors même que sa densité scientifique est des plus restreintes.