Jean-Baptiste Noé

Le site web d’un historien

jean Baptiste Noé sur Facebook Jean Baptiste Noé sur Twitter Jean Baptiste Noé sur Google+ Chaine Youtube de Jean-Baptiste Noe

Le sens de la non-mixité (3/3)

Accueil > Articles > Le sens de la non-mixité (3/3)

L’éducation différenciée a-t-elle un sens ?

Aujourd’hui, plusieurs études ont démontré les errances et les points négatifs de la mixité scolaire, au point que de nombreux éducateurs s’interrogent sur la pertinence de la création d’établissements non mixtes.

Il y a plusieurs façons de défendre l’éducation différenciée, l’une d’elle est de s’appuyer sur des études scientifiques sérieuses et sur des faits irréfutables, car au fondement de la non-mixité se trouve la volonté d’opposer la réalité des hommes tels qu’ils sont, à l’imagination des êtres tels qu’ils sont rêvés. Les garçons et les filles sont différents, ils ont des stades de maturité différents, et des goûts et des façons d’apprendre eux-aussi différents. Ce sont ces deux derniers points que nous souhaitons développer. Tous les chiffres que nous citons dans cet article sont issus d’études de l’INSEE, l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques, et peuvent être consultés par tous en se rendant sur le site de l’institut.

Des garçons en retard et des filles en avance

Le premier élément frappant de ces sources statistiques c’est le retard scolaire des garçons, qui est nettement plus accentué que celui des filles. Pour dire les choses simplement il y a plus de filles en avance que de garçons, et plus de garçons en retard que de filles.

En 2007, sur les 784 974 élèves de troisième –public et privé confondus-, on recense 12 088 garçons qui ont un an d’avance ou plus contre 12 386 filles. A l’inverse, 159 854 garçons ont un an de retard ou plus contre 126 279 filles. Si l’on met cela en pourcentage 40.4% des garçons sont en retard, pour seulement 32.5% des filles. Ces chiffres ne sont pas isolés, l’étude du retard par sexe sur une série longue montre clairement que les garçons sont toujours à la traîne par rapport aux filles, comme le démontre le tableau suivant :

Pourcentage d’élèves de troisième ayant un an de retard ou plus, en %. (Source : INSEE)

Première colonne :Garçons
Deuxième colonne : Filles

2008 37.4 29.9

2007 40.4 32.5

2006 41.4 33

2005 42.6 33.5

2004 44 34.5

2003 45.1 34.9

2002 46 35.7

Comme avait l’habitude de dire Georges Pompidou, les chiffres parlent d’eux-mêmes. On pourra toutefois noter la diminution du nombre de garçons et de filles en retard ; celle-ci n’est pas due à une élévation du niveau des élèves, mais à des directives émanant de l’Éducation Nationale et demandant de limiter les redoublements. A défaut d’avoir augmenté l’intelligence, ces directives ont permis de faire diminuer les chiffres du retard.

De cela on pourrait conclure que les garçons sont plus bêtes, et les filles plus douées. Pourtant l’étude des statistiques ne confirment pas ces intuitions, car en pourcentage il y a presque autant de filles en avance que de garçons. Les filles ont certes une légère avance, mais l’écart avec les garçons est très faible.

Pourcentage d’élèves de troisième ayant un an d’avance ou plus, en %. (Source : INSEE)

Première colonne :Garçons
Deuxième colonne : Filles

2008 3.3 3.3

2007 3.1 3.2

2006 2.8 3

2005 2.6 3

2004 2.5 3

2003 2.5 3

2002 2.4 3

L’écart est d’autant plus faibles qu’il diminue au cours des années, à tel point qu’en 2008 –et ce sont là les chiffres les plus récents que nous ayons à notre disposition- les garçons font jeu égal, en pourcentage, avec les filles. En valeur absolue ils sont même devant elles avec 12 762 garçons en avance, contre 12 622 filles ; chiffres d’autant plus remarquables que c’est la première fois depuis 2002. Cela prouve qu’il n’y a pas de retard cognitif des garçons. Et c’est là que l’éducation différenciée prend tout son sens. En effet comment expliquer qu’autant de garçons soit en retard, si au niveau de l’avance ils font jeu égal avec les filles ? D’autant que cela n’est pas le propre de la France. Dans une étude intitulée « La compétence en lecture des jeunes de 15 ans : une comparaison internationale », l’INSEE constate que dans tous les pays européens, ainsi que dans les autres pays développés, les garçons sont en retard par rapport aux filles.

« Les filles réussissent mieux que les garçons en compréhension de l’écrit et creusent nettement l’écart dès qu’il s’agit de rédiger une réponse construite. En revanche, les garçons améliorent leurs performances relatives lorsqu’ils lisent des graphiques ou des tableaux sans pour autant marquer une forte supériorité vis-à-vis des filles. En France, 6 % des garçons sont classés dans le niveau de performances le plus bas contre 2,3 % des filles. À l’inverse, 10,5 % des filles se situent dans le niveau le plus élevé alors que seuls 6,4 % des garçons atteignent ce niveau. Ces différences de performances selon le sexe ne sont pas spécifiques à la France. »

(Source : INSEE, étude de novembre 2002)

Ce retard s’explique par deux facteurs. D’abord le fait que les filles soit mûres plus tôt, et cela est essentiellement dû à des facteurs biologiques, ensuite que l’éducation et la pédagogie sont entièrement orientées vers les filles. Du corps professoral qui est presque exclusivement féminin, aux méthodes pédagogiques imposées par l’État, tout est fait pour stimuler les compétences des filles, au détriment de celles des garçons. (Voir le livre de Jean-Louis Auduc, Sauvons les garçons) Limités dans leurs potentialités par des méthodes inadaptées, les garçons ne peuvent pas se développer comme ils devraient et accumulent ainsi du retard. Ce retard leur donne une mauvaise image d’eux-mêmes, et l’on entre ainsi dans un cercle vicieux ou la différence pédagogique niée entraîne une différence scolaire destructrice. Car en dépit des dires des partisans de la théorie du gender, les différences entre les garçons et les filles existent bien.

Des études sexuellement marquées

D’autres études de l’INSEE permettent d’aborder la question de l’éducation différenciée, ce sont les analyses de la scolarisation par discipline . En 2009 les filles représentent 56% des étudiants de l’enseignement supérieur , mais leur répartition est très variable selon les disciplines. C’est ainsi qu’elles représentent 25.5% des élèves des écoles d’ingénieurs, et 81.6% des élèves des disciplines paramédicales et sociales, ces chiffres étant constant dans le temps. Il est donc évident que les filles préfèrent les domaines du social à celui de l’ingénierie et des mathématiques. De même, l’on constate qu’elles sont surreprésentées dans les IUFM (74.7%) et sous-représentées dans les écoles de commerce (47.8% de filles). Or les études supérieures sont bien un domaine ou la liberté du choix des filières est total et où les goûts personnels de chacun peuvent s’exprimer. Et comme nous avons vu plus haut que les filles étaient légèrement plus avancées que les garçons, et nettement moins en retard, il n’est pas possible d’avancer l’argument selon lequel les filles choisiraient des filières plus faciles parce qu’elles auraient moins de disposition. Et encore faudrait-il démontrer que le domaine du social est plus facile que celui des écoles d’ingénieur et de commerce, ce qui est loin d’être évident. Quand on analyse les effectifs par sexe et par discipline à l’université on constate que les filles sont très présentes en Lettres et en Langues (72.6% et 74.6%), et peu présentes dans les disciplines « Sciences fondamentales et applications » et « Sciences et techniques des activités physiques et sportives » (27.8% et 32.6%) .

C’est donc que les goûts des garçons et des filles sont différents, de même que leurs domaines de compétence, ce qui est dû reste démontré par bon nombre d’études sur le cerveau et le fonctionnement cognitif . Alors, puisque cela est aussi évident, pourquoi vouloir le nier dans la pédagogie, en imposant aux garçons des styles d’apprentissage réalisés en fonction des filles, et en empêchant l’ouverture d’écoles différenciées ? C’est qu’hélas l’idéologie s’est immiscée dans l’éducation. Pour les défenseurs de la mixité celle-ci est un avantage acquis, et toute contestation émane d’une volonté de retour en arrière. On est en droit de se demander ce que la notion d’avantage acquis vient faire en pédagogie, surtout face au constat de l’échec scolaire des garçons. C’est ainsi que, chaque année, sur les 150 000 élèves qui quittent l’école sans qualification, 100 000 sont des garçons .

Après avoir démontré l’échec et l’impasse de l’éducation mixte, il est nécessaire de s’interroger sur l’efficacité de l’éducation différenciée, notamment en comparant les résultats scolaires des établissements mixtes et non-mixtes. En France une telle démarche est très difficile, d’abord parce qu’il y a encore peu d’établissement non-mixtes, ensuite parce que les classements des collèges et lycées ne sont pas choses habituelles. En Angleterre cela est plus courant, ce sont les fameux ranking, et des prix sont décernés tous les ans aux meilleurs établissements.

Les avantages de la non-mixité

A la lecture des différents classements la supériorité des écoles non-mixtes est écrasante. Nous avons ici retenu quatre classements, celui du Sunday Times, celui du Sunday Times Parent Power, celui du Financial Times et celui du GCSS car ce sont les classements les plus prestigieux et les plus complets d’Angleterre.

En 2009, l’école qui arrive en tête du classement du Sunday Times est une école non-mixte de Londres, qui regroupe des filles de tous milieux sociaux et religieux. Sur les 25 meilleurs établissements scolaires relevés par le Sunday Times, 21 sont des établissements non-mixtes.

Le Sunday Times Parent Power a lui décerné son prix 2009 à une école de filles de Manchester, et son classement se fonde sur les résultats scolaires aussi bien que sur l’ambiance générale de l’école et les activités périscolaires. Toutefois, il ne concerne que les écoles privées. Mais là aussi, sur les 25 premiers établissements privés, 22 sont non-mixtes, et le deuxième est un établissement de garçons, preuve qu’ils peuvent faire jeu égal avec les filles.
Quant au classement du Financial Times, sur les 25 meilleures écoles, 9 sont des écoles de garçons, 15 des écoles de filles, et une seulement est mixte.

Enfin nous terminerons en évoquant le classement du General Certificate of Secondary School, qui a l’avantage de concerner aussi bien les établissements d’Etat que les établissements libres, et de ne s’intéresser qu’aux résultats scolaires. Dans les 25 premiers établissements le GCSS recense 12 écoles de filles, 9 de garçons, et 4 écoles mixtes.

On le voit donc, en Angleterre les résultats des écoles non-mixtes sont largement supérieurs à ceux des écoles mixtes, et les résultats sont d’autant plus remarquables que seuls 2% des établissements publics et 14% des établissements privés sont non-mixtes. En d’autres termes, la faillite de l’éducation mixte semble totale.

Les nombreux chiffres et les exemples cités dans cet article permettent d’expliquer pourquoi la non-mixité est un choix pédagogique, un choix qui ne repose pas sur la nostalgie du passé, ou sur une conception poussiéreuse de l’éducation, mais au contraire sur des réalités qui ne peuvent pas être niées. La première de ces réalités est la différence existant entre les garçons et les filles, et la deuxième est l’échec évident des pédagogies actuellement imposées. L’éducation différenciée repose donc sur le constat des faits, ainsi que sur le bon sens.