Jean-Baptiste Noé

Le site web d’un historien

jean Baptiste Noé sur Facebook Jean Baptiste Noé sur Twitter Jean Baptiste Noé sur Google+ Chaine Youtube de Jean-Baptiste Noe

Le monde perdu des Celtes (1/2)

Accueil > Articles > Le monde perdu des Celtes (1/2)

Une présentation succincte de la diversité celtique.

1. D’analyses confuses en ouvertures salutaires

Toute l’histoire ancienne est un vrai chaos. Ce serait particulièrement le cas des Celtes. Réputé sans écriture, ce peuple souffre d’un fort déficit d’identification, et ce, dès la plus haute Antiquité. Sa complexité inouïe défie l’entendement. En résulte un étonnant flottement des chronologies, une extrême confusion des sources, des chroniques ramassées sur elles-mêmes et outrageusement tirées vers l’époque de l’observateur, une simplification à outrance du scénario de sa vaste chanson de gestes. D’immenses controverses s’enflent à tout va, de telle sorte que les modernes contribuent à obscurcir encore plus le débat. C’est autant de pain béni, car elles cachent toujours quelque chose. La quintessence du dilemme multiforme, qui surgit à leur propos, se résume en trois points.

● Premier point : les fouilles archéologiques ne permettent pas toujours d’attribuer les vestiges découverts à un peuple donné, ni d’en connaître l’extension. « La recherche archéologique piège l’historien, en donnant une apparence de preuves concrètes. »

● Deuxième point. La fiabilité des sources étrangères ne semble pas incontestable : elles ne parlent pas des Celtes avant le VIe siècle. « Comment un peuple peut-il surgir de nulle part, et se trouver soudainement aux quatre coins de l’Europe ? »

● Troisième point : le celte est l’une des langues européennes les plus archaïques, ce qui incite à penser que ses locuteurs « devaient certainement peupler l’Europe dès l’époque de la préhistoire ».

Ces mises en garde rejoignent celles qui déplorent que « les historiens [ont été] trompés par les linguistes » traditionnels, qui s’appuient sur le concept désuet des langues dites indo-germaniques, pudiquement rebaptisées indo-européennes. Il n’y a de « mystère » ou de « mythe celte », que dans la mesure où l’analyste en reste à la croyance, selon laquelle ce peuple serait né dans les régions transrhénanes, et au début de l’âge du fer. Dédions trois autres avis autorisés, aux adeptes inconditionnels du principe d’un ordre immuable des connaissances et d’un état statique de la science. Ils émanent de deux historiens et d’un archéologue : « Ne dites pas que la Préhistoire n’est pas l’Histoire. » ; « Une tradition est de l’histoire, et non un mythe. » ; « Ne dites pas que l’écriture fait l’Histoire. ».

2. Vers la découverte du vaste monde perdu des Celtes Le mythe, substrat de l’Histoire

Or, précisément, notre quête initiatique conduit à en retrouver l’origine dans le tréfonds des millénaires et de l’Extrême-Asie, sous forme de mythes fondateurs. En effet, il convient de dénoncer l’idée selon laquelle « les mythes sont de purs symboles…, ont été pris pour des faits réels, et développés sous la forme historique », ou encore que « le mythe précède le fait ». Au contraire, la chronique des Celtes s’enracine dans un socle légendaire, ancestral. Elle use d’un langage codé, imagé, poétique, allégorique et symbolique, d’ellipses et de métaphores. Récupérée et enjolivée par les Grecs, qui tenaient les œuvres de leurs dieux pour invraisemblables, elle se trouve ainsi préservée d’une totale destruction.

En particulier, véritable sésame, des observations pénétrantes et amusées remarquent que nombre de héros et de dieux homériques ne paraissent pas grecs. D’aucuns, indignés, crieront à l’invraisemblance et au scandale, et lanceront derechef « un haro sur le sacrilège qui blasphème le génie de la Grèce... Certains noms de héros homériques, Achille, Ulysse… [ne sont] pas grecs, quel chagrin ! ». Et, comble de la malséance, cette liste paraît nettement plus fournie : Tartares, Titans, Géants, Héraclès, d’autres encore, s’y ajoutent…

3. Peuples-souches et invasions primordiales

Déjà composite et animée de maints soubresauts, la tige de nombre de nations européennes, doit être recherchée parmi les Tartares infernaux, de sinistre réputation. En des temps immémoriaux, la terrifiante invasion de ces êtres surgis des profondeurs de la géhenne, transforme en enfer la vie des nations en place. Le nom de ce peuple de Pierres vivantes, retentit tel un coup de tonnerre tonitruant. Dès 10000, leurs hordes déferlantes les portent jusqu’en Espagne, où le royaume de Tartesse (l’actuel Guadalquivir) en perpétue le souvenir. Fait significatif, de haute portée historique, ils engendrent les Titans légendaires, ces apôtres du néant et de la force brutale. Avec eux, les tendances destructrices semblent se déchaîner, et le monde, déséquilibré, retourner au chaos originel. Pourtant, il convient de les restituer au monde des hommes, car ils donnent naissance aux Arimaspes, autrement dit aux Celtes. En effet, ce vocable est l’exacte traduction de leur nom indigène, les Cavaliers. La mythologie grecque y voit des Centaures et des Cyclopes. Le groupe hégémon des Aryens se place à leur tête. Il illustre un autre schéma-type d’invasion. En effet, ils revendiquent en sanscrit le qualificatif de Nobles, et acceptent la connotation explicite de Terribles. Ce sont des Eaux vives et tourbillonnantes, aux furies dévastatrices.

4. Naissance d’un très vieux peuple

Au demeurant, en dépit de leur détestable réputation, les Titans symbolisent une Maison royale en bonne et due forme. Il s’agirait même de la Maison sacrée des rois. Ce concept sous-tend un certain niveau de civilisation. Et, un véritable miracle se produit : une princesse, une reine, assure en douceur la transmission du pouvoir entre les Titans et les Celtes ; médiatrice, tige et fondatrice d’un ordre nouveau, elle relève néanmoins des deux mondes. C’est Tabiti (Hérodote, Histoires, IV, 59), qui bénéficie aussi d’un statut de divinité parthe ; cela tend à indiquer que les Parthes sont bien des Celtes, et non des Scythes, groupement également tiré des Tartares, mais auquel les Grecs tendent à tout rapporter. En un souffle génial, en un mouvement créatif de la pensée, elle enfante une nouvelle dynastie, elle donne le jour à un monde nouveau. Elle pourrait appartenir à un groupe hégémon, dont les Cotières ultérieurs (Pline, Histoire naturelle, VI, 50) représenteraient une survivance : tels sont Ceux de la vieille maison, sous-entendu royale.

Dès l’Antiquité, les Celtes font figure de Vieux peuple. Sous la forme Ishkouzes, les Assyriens les perçoivent comme tels. Celle d’Azkhuzes en restitue l’image de lanciers. Et, tandis que les Perses les nomment Saces ou porteurs de javelots à pointe de pierre taillée, tout droit sortis du néolithique, sinon du mésolithique, ce qui n’étonne guère, les Grecs y voient des Scolotes, porteurs d’armes de jet ; ils en étendent l’appellation aux Scythes. Ainsi, en une illumination bénie des dieux, cette chronique remonte comme en un songe, un livre d’images ou un film d’aventures préhistoriques, non seulement aux temps archaïques de l’invention du langage articulé, mais encore à celui de la taille de la pierre. C’est alors une innovation telle, qu’elle marque les esprits, et de façon tenace.

Ce vieux peuple naît dans l’Altaï, à une époque qui, par recoupement avec d’anciennes annales égyptiennes, se situe vers 8600, c’est-à-dire quelque 8000 ans plus tôt que ce la critique moderne prétend. Une paille... Diligentée par les Égyptiens, une enquête ethnographique en confirme l’augure. En effet, alors qu’ils revendiquent le statut de peuple le plus ancien de la terre, ils sont tout à coup pris d’un doute. Dans l’intention d’en vérifier l’augure, le pharaon Psammétique Ier ordonne à ses agents de diligenter une enquête. Le verdict rendu fait apparaître que les Phrygiens d’Asie mineure l’emportent largement en antériorité (Hérodote, II, 2). Or, ils formeraient une colonie de Briges, rameau du peuple énigmatique des Thraces au sang mêlé. Dans les Balkans, leur somptueuse civilisation, leur vallée des rois, présentent deux des caractéristiques intrinsèques des Celtes : l’abondance de l’or, et l’usage de la cavalerie. Puis, dans la longue suite des temps, des Briges migrent dans la vallée de la Saône ; ils se retrouvent ensuite dans celle du Rhône, sous la forme Allobriges ou Allobroges. Il se pourrait que la civilisation balkanique s’inscrive dans le droit fil de la culture dite Vinca ou Vieil Européen. Le site de Tartaria qui lui est attribuée en Roumanie, cela ne s’invente pas, livre des tablettes d’argile gravées de mystérieux signes d’alphabet et de hiéroglyphes. Elle serait apparue dès 8000, ou seulement vers 6000. Par comparaison, Strabon (Géographie, III, 1, 6) et Justin (Histoires philippiques, XLIV, 4) assignent 6000 ans d’existence au royaume ibérique de Tartessos ; cela équivaut à quelques 6500 ans avant notre ère. Ces deux points de repère conforteraient la thèse de l’origine plus ancienne de la naissance des Celtes. Vertigineuses pages d’Histoire ! Or, comme Hérodote le remarque finement, « Tout peut arriver dans la longue suite des temps » (V, 4).

Bertrand Le Tourneau, explorateur, archéologue indépendant et (pré)historien