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Le biscuit rose de Reims

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Fondée en 1756, la maison Fossier est la dernière biscuiterie de Reims à fabriquer l’inégalé biscuit rose, dont la recette remonte, selon la tradition, à 1640. Le biscuit était rose avec que n’existât le Parti Socialiste, qui dirige la ville depuis 2008. Sa texture alvéolée, son ensemble craquant et son intérieur doucement moelleux, n’ont guère assouplis les éléphants du PS quand il s’est agi de s’étriper au congrès tenu en 2008 dans la ville des sacres. Le PS nous joua plus un remake des bombardements de la Première Guerre mondiale, qu’un rappel des temps voluptueux du XVIIIe siècle, où la Cour aimait à manger le biscuit en le trempant dans une coupe de champagne, boisson alors nouvelle. La tempête socialiste n’a pas empêché notre fameuse friandise de demeurer, et de conserver sa célébrité.

Le biscuit rose de Reims illustre à lui seul l’art de la synthèse que nos politiques recherchent souvent en vain. Composée de farine, de sucre, de blancs d’œuf, sa recette exacte en est gardée secrète par la maison Fossier, un peu comme la recette miracle qui permet de limiter les dépenses publiques sans mener de politique d’austérité. Pourtant, la première recette, celle du biscuit, existe, alors que la deuxième, pas encore. Notre mitron de l’Élysée se contente pour l’instant de l’ânonner dans les cuisines du château, sans qu’aucun de ses sujets n’ait pu encore goûter au gâteau tant promis. Nous serions dans des temps enfarinés et de pétrin ; la seule dégustation assurée est celle des hausses d’impôts, au fur et à mesure que l’argent du beurre diminue.

Il n’est pas certain que les socialistes aient eu le temps d’apprécier les biscuits roses lors de leur congrès de 2008, ni les merveilles picturales de la ville des rois. On a connu des sacres plus pompeux que celui de Martine Aubry à l’époque. Le champagne, en revanche, a dû couler à flots. En anglais, gauche caviar se dit gauche champagne (left champagne, dans le texte). Nos Whigs britanniques préfèrent donc le vin mousseux aux œufs de l’esturgeon. Il faut reconnaître qu’ils n’ont pas encore digéré le mauvais coup que leur a joué Mossadegh en 1951 : le caviar iranien leur est resté en travers de la gorge.

En France, on a du champagne, c’est nous qui l’avons inventé, et du caviar, dans l’estuaire de la Gironde. Dans son dictionnaire de cuisine, Alexandre Dumas en vante la finesse et la subtilité aromatique. L’esturgeon de Bordeaux a disparu, victime de la surpêche. L’animal préhistorique n’a pas survécu à la faim de luxe des temps modernes. Depuis quelques années, des passionnés ont acclimaté de nouveaux poissons dans le fleuve pour en produire un caviar made in France. Bientôt, nous verrons Arnaud Montebourg, coupe de Ruinart dans une main, cuillère à soupe en or Christofle dans l’autre, se délecter de caviar français sur des nappes empesées. C’est cela aussi, le soutien à l’activité économique française. Quand les smicards cesseront de manger des hachis Parmentier suédois à la viande de cheval roumain, ou de boire du Coca-Cola yankee, pour s’habiller en Christian Lacroix, avoir des sacs Louis Vuitton, et boire du Dom Pérignon, nos entreprises françaises créeront plus d’emplois, le chômage se résorbera, et les jours radieux du socialisme brilleront devant nous.
D’ailleurs, nous devrions aussi rouler en Bugatti plutôt qu’en Kia ou en Toyota. Bugatti est français, les voitures sont fabriquées en Alsace. Le sacrifice héroïque de nos aïeux qui sont morts pour que le drapeau tricolore flotte sur Strasbourg, ne doit pas être vain. Puisque l’année prochaine, en 2014, nous commémorerons les 100 ans du début de la Première Guerre mondiale, suggérons à notre Président de voyager en Bugatti pendant l’année, afin de montrer son attachement à la belle Alsace. Même si, il est vrai, les Alsaciens le lui rendent mal, puisque c’est la seule région à être à droite. Mais compte tenu des problèmes financiers de l’UMP à l’heure actuelle, il est peu probable de voir Jean-François Copé rouler dans les flèches bleues. Quant à François Fillon, s’il ne dédaigne pas les bolides du Mans, il y préfère les anglaises.
On rétorquera que Toyota fabrique ses voitures à Valenciennes. Mais Valenciennes demeure la ville de Jean-Louis Borloo, ancien avocat de Bernard Tapie. Par les temps qui courent, et compte tenu des difficultés qu’il a déjà à surmonter, il vaut mieux que notre Président ne se montre pas trop proche de l’ancien ministre de François Mitterrand.

Les Bugatti étant fabriquées sur mesure, l’Élysée pourra commander un modèle avec une boîte à gants suffisamment grande pour y ranger une boîte de 12 biscuits roses. On peut même y adjoindre un minifrigo pour y maintenir la bouteille de Clos du Mesnil au frais. À plus de 1 000€ la bouteille, c’est le champagne le plus cher au monde. Voilà qui devrait faire suffisamment peuple. On ignore si Mme Trierweiler goûte la finesse des biscuits rose de Reims. Mais, étant donné que Ségolène Royal s’est étouffée en un mangeant un lors du congrès de 2008 (il est vrai qu’il avait été fourré de crème lilloise), et que Mme actuelle aime tout ce que Mme ex déteste, il est fort probable qu’elle en raffole. L’industrie rémoise de la biscuiterie, qui est un des piliers de notre économie, et une priorité du gouvernement, est promise à des lendemains qui chantent. Enfin une promesse de campagne tenue.