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Le Pape et l’immigration. Atlantico

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Je réponds aux questions d’Atlantico sur les rapports entre le Pape François et les migrations (16 avril 2017).

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Dans un récent papier du Washington Post, le pape François était qualifié "d’activiste de l’ouverture des frontières". Ces récentes déclarations sur l’accueil des migrants ont été particulièrement relevées par les médias ces derniers temps. Mais si l’accueil de l’étranger est explicitement demandé dans la Bible (Mt 25, 31-46), de nombreuses critiques ont aussi accueilli ces prises de position pontificale, qui y voient une contradiction dans sa critique de la mondialisation. Ne devrait-il pas plus critiquer les raisons qui poussent à cette immigration de masse aujourd’hui ?

Les autorités pontificales, comme bon nombre d’hommes politiques en Europe, sont déboussolées par la question migratoire. Elles sont tiraillées entre un idéal (accueillir et aider les gens qui souffrent), couplé souvent à une forte émotivité causée par des images télévisées et une réalité : l’Europe ne peut pas accueillir tout le monde et les migrations ne sont pas uniquement causées par des motifs économiques.

Dans l’esprit de certains hommes d’Église, accueillir des migrants permet de réparer les crimes supposés de la colonisation. C’est notamment ce qu’avait affirmé la direction de la conférence épiscopale d’Italie. Il y a cette idée, quelque peu néo-marxiste, d’une nouvelle lutte des classes entre les riches Européens et les pauvres migrants, avec l’idée que les migrants souffrent d’inégalité et de pauvreté à cause des Européens. Ne pas les accueillir est vu comme un manque de charité et de l’égoïsme. On se place souvent du côté des migrants, et rarement du côté des populations européennes qui souffrent de ces phénomènes.

On ne veut pas voir les causes réelles du phénomène migratoire, qui sont multiples, et qui ont peu à voir avec des problèmes économiques.

Ceci dit, le Pape a rappelé le droit fondamental des populations à pouvoir rester chez elles et le droit des migrants à pouvoir rentrer chez eux. C’est notamment le sens du discours prononcé à Lesbos (avril 2016). Il a aussi appelé à lutter contre les causes des migrations : les guerres, les phénomènes mafieux, la volonté de certains groupes de déstabiliser l’Europe. Mais ces paroles sont souvent peu diffusées et masquées par d’autres propos tenus en faveur de l’ouverture et de l’accueil.

C’est aussi lié à un problème de communication de ce pontificat : des choses souvent contradictoires sont dites, manquant souvent de ligne claire et de propos structurés.

L’Europe, berceau du catholicisme, est-elle en accord aujourd’hui avec les exhortations faites par le pape à accueillir à bras ouverts tous les étrangers qui viennent trouver refuge sur le Vieux Continent ?

L’Europe fait beaucoup et on voit surtout qu’elle ne sait plus quoi faire. Que faire des migrants entassés dans la région de Calais ? Que faire de ceux qui sont regroupés à Lampedusa ou en Grèce ? Que faire face aux colonnes de migrants dans les Balkans et en Europe centrale ? L’Europe est incapable d’avoir une politique commune, alors que c’est là que l’Union européenne serait vraiment nécessaire. Elle est empêtrée d’une part par son droit, qui l’empêche parfois d’agir et d’autre part par une difficulté à comprendre les événements.

Toutefois, le Pape a toujours fait la distinction entre étranger, réfugié et migrant, qui correspondent à diverses situations pratiques et diverses catégories juridiques. Le catéchisme de l’Église catholique reconnaît aux États le droit et le devoir de mener une politique migratoire raisonnable, c’est-à-dire qui permette d’accueillir les personnes de façon digne et de respecter les coutumes locales.

Le Cardinal Sarah avait déclaré dans le Figaro le 14/10/16 que "l’Occident, décadent, sans enfants, sans familles, disparaîtra, noyé et éliminé par une population d’origine islamique", s’il continuait à refuser ses racines. En tant que chef de l’Église catholique, le pape devrait-il tenir un discours de ce type aujourd’hui ?

Pour des propos beaucoup moins forts, Benoît XVI avait subi une intense cabale après son discours prononcé à Ratisbonne (2006). Le cardinal Sarah, parce qu’il est Africain, peut dire des choses que d’autres ne peuvent pas dire.

La question commence à se poser chez les autorités romaines. Les évêques de Syrie et d’Irak ont des mots très durs à l’encontre des djihadistes et mettent souvent en garde les Européens contre un irénisme coupable et dangereux. Le Pape, de par son autorité, est tenu de mesurer ses propos, qui peuvent avoir des impacts négatifs.
Mais il a dit la même chose lors de son discours au Parlement de Strasbourg : « Une Europe qui n’a plus la capacité de s’ouvrir à la dimension transcendante de la vie est une Europe qui lentement risque de perdre son âme, ainsi que cet esprit humaniste qu’elle aime et défend cependant. » Des propos réitérés lors de la réception des chefs d’État au moment de la commémoration du 60e anniversaire du traité de Rome : si l’Europe n’est pas fidèle à son histoire et à sa spiritualité, elle ne sera pas capable de s’ouvrir au monde.

Les récents attentats contre les églises coptes en Égypte rappellent le très grand désarroi que connaissent les Chrétiens d’Orient depuis quelques années. Quel témoignage nous apporte leur situation aujourd’hui ?

On suivra avec beaucoup d’intérêt ce que le Pape dira lors de son voyage en Égypte (28-29 avril). Ils nous rappellent que la haine des chrétiens est encore très forte et que la cohabitation avec un islam fanatisé est impossible. L’issu de cette confrontation n’est toujours pas visible et, la paix revenue, se posera la question de la réconciliation, qui ne sera pas une chose aisée.
Là aussi, les évêques d’Orient mettent en garde l’Europe depuis de nombreuses années sur la contagion de cette situation en Occident. Ils se voient comme l’avant-garde de l’Occident et ils sont convaincus que s’ils tombent, les problèmes se porteront ensuite en Europe.