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Le Cardinal face à l’Etat

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Historiques. Chronique parue dans l’Opinion du 27 novembre 2014.

On parle peu du cardinal de Richelieu, principal ministre de Louis XIII de 1624 à sa mort en 1642. Pendant 18 ans il fut l’homme rouge qui restaura la paix, les finances et les arts d’un pays en proie aux luttes intestines. Il laissa un mémoire au roi, publié après sa mort, ce Testament politique où il évoque notamment la façon de conduire les finances publiques. Sans théorisation excessive, façonné par l’expérience, son regard porté sur la situation de l’État ne demeure pas moins d’une grande clairvoyanceg. Il rappelle que l’État doit dépenser peu afin de prélever faiblement sa population, l’argent public étant bien l’argent des Français : « Les dépenses absolument nécessaires pour la subsistance de l’État étant assurées, le moins qu’on peut lever sur le peuple est le meilleur. Pour n’être pas contraint à faire de grandes levées, il faut peu dépenser et il n’y a pas de meilleurs moyens pour faire des dépenses modérées que de bannir toutes les profusions et condamner tous les moyens qui sont à cette fin. » Plus loin il a cette sentence lapidaire : « La France serait trop riche et le peuple trop abondant si elle ne souffrait pas la dissipation des deniers publics que les autres États dépensent avec règle. » Nous voilà au moins consolés : l’incurie publique ne date pas d’aujourd’hui.

Bien avant la fameuse courbe de Laffer il comprend que plus l’État pressurise la population, moins les impôts rentrent : « L’augmentation du revenu du Roi ne se peut faire que par celle de l’impôt qu’on met sur toutes sortes de denrées, et, partant, il est clair que, si on accroît par ce moyen la recette, on accroît aussi la dépense, puisqu’il faut acheter plus cher ce qu’on avait auparavant à meilleur marché. (…) Il y a plus : l’augmentation des impôts est capable de réduire un grand nombre de sujets du Roi à la fainéantise, étant certain que la plus grande partie du pauvre peuple et des artisans employés aux manufactures aimeront mieux demeurer oisifs et les bras croisés que de consommer toute leur vie en un travail ingrat et inutile, si la grandeur des impôts les empêche de recevoir le salaire de la sueur de leur corps. » Voilà au moins un ministre qui comprit qu’en ayant une fiscalité trop forte on allait décourager la création de richesses.

Réforme. C’est également dans le domaine de la conduite des réformes que s’illustra le cardinal de Richelieu, comprenant que même la meilleure d’entre elles ne devait pas brusquer l’habitude mais mêler fermeté et souplesse : « Il est quelquefois de la prudence d’affaiblir les remèdes pour qu’ils fassent plus d’effet, et les ordres les plus conformes à la raison ne sont pas toujours les meilleurs parce qu’ils ne sont pas proportionnés à la portée de ceux qui les doivent pratiquer. »
« Le désordre fait, non sans utilité, partie de l’ordre de l’État » nous dit le cardinal qui dut gérer des sécessions (La Rochelle), des conjurations (Cinq-Mars), des guerres européennes, la guerre de Trente Ans, et qui subit plusieurs attentats. Fidèle à son roi, à son pays, à sa politique, il gouverna une grande partie du temps couché, tant la maladie l’obligea à rester alité. C’est allongé sur sa couche qu’il mit en place les grandes manœuvres de sa politique. Rares sont les hommes politiques d’aujourd’hui qui se réfèrent au Cardinal, certains en portent seulement les chaussettes rouges. Puissent-ils aussi s’inspirer de temps à autre de son Testament.

*Testament politique, Richelieu, Perrin, présenté par Arnaud Teyssier.

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