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La guerre d’Irak au coeur de la France

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Chronique parue dans l’Opinion

En 2003, la France avait pensé échapper à la guerre d’Irak grâce au refus de Jacques Chirac de s’engager derrière les États-Unis et au discours de Dominique de Villepin à l’ONU. Dix ans plus tard, la guerre d’Irak est au cœur de la société française alors même que l’on pourrait croire ce conflit périphérique. C’est une double guerre d’Irak qu’affronte aujourd’hui la France : celle de Français qui se mobilisent pour combattre au Levant afin d’y mener le djihad, et celle de Français qui se mobilisent pour protéger les populations civiles d’Irak, et notamment les chrétiens d’Orient. Aux portes de l’Europe, un conflit oppose les Français entre eux.

Dans son histoire récente, la France a déjà connu des guerres civiles exportées sur des théâtres d’opérations extérieures. En Espagne, les Français des brigades rouges pouvaient combattre contre les Français défendant les nationalistes de Franco. Pendant les guerres de décolonisation, les soldats du contingent devaient parfois affronter les porteurs de valise qui agissaient en sous-main, que ceux-ci soutiennent le Vietminh en Indochine ou le FLN en Algérie.

En Irak et en Syrie aujourd’hui, les Français qui viennent aider les réfugiés doivent affronter ceux qui les pourchassent. Ces Français ont peut-être vécu dans la même ville. Ils ont peut-être fréquenté la même école. Et aujourd’hui ils prennent des chemins d’engagement bien différents. Cette guerre du califat est la guerre d’Espagne de notre temps. Elle est en train de structurer la matrice politique des décennies à venir. On apprend ainsi que ce sont des centaines de Français qui sont partis mener le djihad en Irak. La grande question concerne leur retour. Comment ingérer dans le corps social des personnes qui ont eu cette expérience si forte du combat contre l’Occident ? Ce qui se passe à la périphérie de l’Europe risque d’être porté en son centre dans les décennies à venir.

Cette guerre d‘Irak n’est pas périphérique, et la France est bien au cœur de celle-ci, elle qui fournit à la fois le plus de djihadistes (apparemment un tiers des djihadistes européens sont français) et le plus d’humanitaires. Car à côté des djihadistes, des Français de 20 à 35 ans ont créé des associations pour venir en aide aux chrétiens d’Irak. Ils s’efforcent de récolter du matériel médical et de l’aide alimentaire, et de mobiliser l’opinion publique à une situation qui s’apparente à une purification ethnique. Ministres, parlementaires, écrivains, diplomates se sont mobilisés tout au long de l’été pour porter assistance à ces populations en danger. Et quand l’Église s’est mobilisée au chevet de ses frères d’Orient, ce sont encore des Français qui se sont rendus sur place en la personne notamment du cardinal Barbarin.

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