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La destruction des BTS

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Le contingentement des élèves à l’entrée des BTS a produit ce qui était tout à fait prévisible, c’est-à-dire la destruction de ces formations. Retour sur un échec annoncé et effectif.

Les BTS sont censés être réservés aux bacheliers de bac professionnel et technologique. Mais depuis une dizaine d’années, de plus en plus de bacheliers de bac généraux, notamment des S, posaient un dossier de candidature dans ces filières et étaient admis. D’après l’Étudiant, 20% des bacheliers S optaient pour cette voie en 2013. Sauf qu’aux yeux de l’Éducation nationale il y avait un problème de concurrence. Les BTS préféraient recruter des bac S, dont le niveau est meilleur, plutôt que des bac pro, qui du coup se retrouvaient sur le carreau, alors même que ces formations étaient initialement conçues pour eux. La formation en BTS était souvent bonne, parfois excellente, et les étudiants en sortaient en décrochant des postes de bon niveau, avec des rémunérations au-dessus du smic.

Si j’emploie le passé, c’est que, vous l’aurez compris, les temps ont changé. Pour mettre un terme à la concurrence jugée déloyale des bac généraux à l’entrée des BTS, il a été décidé il y a deux ans de leur interdire ces formations dans les lycées publics. Les lycées privés peuvent encore, pour l’instant, recruter des bac généraux. Pour rendre la mesure effective, il a fallu revoir les programmes pour les mettre à la portée des élèves, c’est-à-dire rabaisser les exigences et le niveau. Des élèves de bac pro qui étaient moyens pouvaient espérer progresser en BTS, étant tirés par la tête de classe issue de bac S. Désormais ce n’est plus le cas. La formation a donc terriblement baissé, et les postes autrefois intéressants se ferment aux titulaires de ces formations. Le mensonge se met en place : on fait croire à des lycéens de bac pro et technologique qu’ils vont pouvoir faire un BTS et obtenir un poste de bon niveau, sans leur expliquer que l’on est en train de sabrer les exigences de leur formation. Ces jeunes suivent avec espérance cette voie, et se retrouvent deux ans plus tard dans une impasse. D’où leur rancœur, leur amertume et leur colère. Ils sont victimes du mensonge, et victimes aussi de leur illusion : si on leur disait la vérité sur la qualité de leur formation, l’accepterait-il ?

On comprend les bons sentiments qui ont amené à prendre cette mesure : empêcher que la bonne monnaie chasse la mauvaise. En interdisant la bonne monnaie de rentrée dans les BTS on contribue à dévaluer encore plus la mauvaise. Les bac pro et technologique, qui étaient déjà perçus comme des voies de garage, vont l’être encore plus, et les employeurs vont se détourner de ces formations pour recruter ailleurs les salariés dont ils ont besoin.

Encore un bel exemple de l’échec du contingentement, de l’étatisme et du dirigisme scolaire.

Addendum

Suite à cet article, de nombreuses questions m’ont été posées. J’essaye d’y répondre par ce complément d’information.

1/ Tout d’abord, le contingentement des BTS ne semble concerner, pour l’instant, que les lycées publics. Les lycées privés sont exclus de cette mesure (du moins je n’ai aucun exemple de lycée privé qui ait été touché, pour combien de temps ?). Les titulaires de bac généraux doivent donc regarder vers eux pour faire un BTS, ce qui va augmenter le nombre de demandes.

2/ Ensuite, la mesure est floue et il n’est pas certain qu’elle soit appliquée partout de la même façon. Il peut y avoir des divergences selon les types de BTS et selon les régions. Je ne connais pas tous les BTS existants. Les informations que je transmets m’ont été communiquées par des professeurs qui enseignent en BTS. Ils m’ont parlé de leur expérience et de ce qui se fait dans leur lycée ; ailleurs il en est peut-être autrement.

3/ Même si un contingentement se met en place, il y a peut-être des proviseurs de lycée qui ne le respectent pas et qui recrutent des bacs généraux (je dis bien peut-être, il est possible que cela se fasse, mais rien n’est certain).

4/ Même si l’Éducation nationale est une structure monopolistique et que tous les décrets sont censés s’appliquer sur tout le territoire, les documents officiels ne sont pas toujours clairs et, même avec la meilleure volonté qui soit, on a parfois du mal à savoir ce qu’il faut faire. On le voit avec la réforme des rythmes scolaires, dont on a du mal à savoir si elle est obligatoire ou pas. Il en va aussi pour d’autres éléments, notamment certains oraux du bac où l’on a du mal à comprendre la manière dont il faut les organiser (les examinateurs eux-mêmes ne le savent pas vraiment).
Il en va de même pour cette mesure.

5/ Je ne peux que conseiller aux bacheliers de bacs généraux de se renseigner au cas par cas. Prenez rendez-vous avec le lycée où vous voulez faire un BTS, demandez-leur s’ils prennent des bacs généraux. Officiellement, c’est peut-être non, officieusement ce sera peut-être oui.
Cette mesure se met en place depuis 2 ans. Nul ne sait si elle va aller en augmentant ou bien si l’État va revenir dessus.

6/ Enfin, si ce n’est pas clair pour les élèves, rassurez-vous, ce n’est pas toujours clair non plus pour les professeurs et les directeurs d’établissement.