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La civilisation, paradigme du monde actuel (1/4)

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La civilisation, paradigme du monde actuel

« Les chocs entre civilisations représentent la principale menace pour la paix dans le monde, mais ils sont aussi, au sein d’un ordre international désormais fondé sur les civilisations, le garde-fou le plus sûr contre une guerre mondiale. » p. 9

Aucun paradigme n’est éternellement valide. L’approche civilisationnelle est valide aujourd’hui, mais sera peut-être obsolète dans les prochaines décennies. Huntington utilise ce paradigme universel pour comprendre le monde issu de l’après Guerre froide. Toutefois, le principe civilisationnel est déjà présent pendant la Guerre froide. Beaucoup de conflits ont été lu avec le paradigme de la lutte idéologique communisme / monde libre, alors que ce n’était qu’un simple placage sur une lutte plus profonde et plus ancienne entre cultures ou entre civilisations.

Huntington pose aussi la question de la modernisation. Un pays a-t-il forcément besoin de s’occidentaliser pour se moderniser ? L’occidentalisation est-elle le passage obligé du développement économique.
« La modernisation se distingue de l’occidentalisation et ne produit nullement une civilisation universelle, pas plus qu’elle ne donne lieu à l’occidentalisation des sociétés non occidentales. » p. 17

Dans le monde nouveau, la politique locale est ethnique et la politique globale est civilisationnelle. La rivalité entre les puissances est remplacée par le choc des civilisations. Les conflits n’auront pas lieu entre riches et pauvre, entre groupes économiques, mais entre civilisations.
Adopter les produits de l’Occident ce n’est pas s’occidentaliser. L’Occident c’est le droit, pas le Mac Do. Des gens peuvent manger des hamburgers et porter des jeans sans être pour autant occidentalisé.

Pour qu’il y ait une civilisation universelle, il faut qu’il y ait une langue et une religion universelle. Or ce n’est pas le cas, même l’anglais baisse dans la locution mondiale. Et parler anglais ne veut pas dire que l’on est anglicisé, mais que l’on utilise un moyen de communication.
Diffusion de la culture occidentale : on pense que, pour réussir, les autres ont besoin de copier l’Occident, qu’ils doivent faire comme lui. Cela peut susciter des rejets, comme en Chine et au Japon. Refus de se faire annexer par l’Occident.
D’autres pays ont accepté l’occidentalisation pour se moderniser. Cas de la Turquie avec Kemal. Rejet de la culture musulmane.

« Le rejet implique la volonté désespérée d’isoler une société du monde moderne. Le kémalisme implique la volonté farouche de détruire une culture qui a existé durant des siècles et de la remplacer par une autre culture totalement nouvelle et importée d’une autre civilisation. Une troisième option consiste à tenter de combiner la modernisation avec la préservation des valeurs, des pratiques et des institutions fondamentales de la culture indigène propre à la société concernée. » p. 97

Le Shah d’Iran a voulu occidentaliser son pays pour le moderniser. Cela a conduit à la révolution de 1979, à son renversement, et à l’instauration d’un régime islamiste dur. Echec de l’occidentalisation. Le Japon s’est modernisé sans s’occidentaliser. Idem pour Singapour et Taïwan.

« Modernisation ne signifie pas nécessairement occidentalisation. Les sociétés non occidentales peuvent se moderniser et se sont modernisées sans abandonner leur propre culture et sans adopter les valeurs, les institutions et les pratiques occidentales dominantes. Il se peut même que la seconde soit impossible : quels que soient les obstacles que les cultures non occidentales dressent contre la modernisation, ils ne sont rien comparés à ceux qui sont dirigés contre l’occidentalisation. (…) La modernisation renforce les cultures et réduit la puissance relative de l’Occident. Fondamentalement, le monde est en train de devenir plus moderne et moins occidental. » p. 103

Le phénomène de l’indigénisation et le rejet de la culture occidentale

Il y a actuellement un rejet de la culture occidentale et un retour vers les cultures premières. La première génération d’indépendantistes était occidentalisée, formée dans les pays occidentaux, et défendant les valeurs de l’Occident, contre l’Occident lui-même, notamment la démocratie et la liberté des peuples. Ils ont fait usage de ces valeurs pour devenir indépendant et les retourner contre l’Occident. La deuxième génération est formée sur place, et non pas en Occident. Elle rejette d’autant plus l’Occident qu’elle ne veut pas de cette domination. Rejet des habits, de la culture, de la religion occidentale. C’est le phénomène de retour à l’indigénité.

Les pays du tiers-monde ont adopté, tout au long du XXe siècle, des idées et des idéologies étrangères venues d’Occident. Ce fut par exemple le marxisme ou le nationalisme. Ces idéologies se sont effondrées. On a tenté de les remplacer par le libéralisme économique, avec la Banque mondiale et le FMI, mais échec aussi. Aujourd’hui ces pays ne veulent plus emprunter des idéologies à l’Occident mais veulent penser par leurs propres moyens. C’est la décolonisation culturelle et intellectuelle des pays du tiers-monde.

Les mouvements religieux rejettent l’occidentalisation. Ils acceptent la modernité, mais refusent le modernisme. Ils veulent la science et le développement économique et technologique mais ne veulent pas de la licence et du consumérisme occidental.

« Chez les musulmans comme chez d’autres, le renouveau religieux est un phénomène urbain ; il séduit les gens qui sont orientés vers la modernité, ont un bon niveau d’études et une position dans les professions libérales, l’administration et le commerce. Parmi les musulmans, les jeunes sont religieux, et leurs parents sont laïcs. (…) Le renouveau des religions non occidentales est la manifestation la plus puissante de l’antioccidentalisme dans les sociétés non occidentales. Ce renouveau n’est pas un rejet de la modernité ; c’est un rejet de l’Occident et de la culture laïque, relativiste, dégénérée qui est associée à l’Occident. C’est un rejet de ce qu’on a appelé « l’Occidentoxication » des sociétés non occidentales. C’est une déclaration d’indépendance culturelle vis-à-vis de l’Occident, une affirmation fière : Nous serons modernes, mais nous ne serons pas vous. » p. 141-142