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La France s’éveille

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L’opposition à la dénaturation du mariage qui a rassemblé tant de monde dans les rues de France, et développé tant de mouvements de contestation, reste encore à bien cerner et à analyser. Deux journalistes du Figaro, Vincent Trémolet de Villers et Raphaël Stainville, ont suivi ces événements pendant un an et en ont tiré une étude qu’ils publient aujourd’hui aux éditions du Toucan sous le titre Et la France se réveilla.

Leur propos principal est de montrer que ce mouvement d’opposition, qui n’avait été prévu par aucun des camps politiques, s’appuie sur une transformation de fond beaucoup plus importante qui est une révolution des valeurs, ce qui est le sous-titre de leur ouvrage. Révolution au sens astronomique, c’est-à-dire retour vers ce qui était. C’est le retour des valeurs qui ont longtemps été piétinées par les hommes politiques de Chirac à Hollande. Ces valeurs, Nicolas Sarkozy en avait fait son thème de campagne de 2012, ce qui lui a au moins permis de passer le premier tour. C’est pourquoi nos auteurs font commencer leur récit au mois de mars 2011, quand le président Sarkozy prend pleinement conscience du rôle des valeurs dans la société française. Le livre est rédigé de façon chronologique, en s’attachant à des dates clefs du mouvement de contestation. Les grandes manifestations bien sûr, mais aussi d’autres dates qui ont peut-être été moins remarquées, mais qui ont joué un rôle essentiel, comme ce 4 décembre 2012 où Libération publie une tribune signée par 1 000 jeunes de moins de 30 ans et qui explique les raisons de leur opposition à la loi.

Les auteurs mettent bien à jour la confrontation de deux France, que Patrick Buisson a parfaitement cernée. La France des protégés, qui profitent à plein de la dérégulation sociale, migratoire et économique, et qui s’enrichit sur la perte de sens de la société. La France des exposés, ceux qui travaillent, qui payent lourdement des impôts, et qui subissent frontalement le choc migratoire, les dénaturations sociales et la perte des valeurs, notamment de par les attaques répétées contre l’histoire de la France. À ce titre, le mariage pour tous a clairement illustré la double fracture sociétale et sociale de ces deux France, fracture mise en lumière le 27 janvier 2013, quand le gratin mondialiste s’est réuni autour de Pierre Bergé au théâtre du Rond-Point des Champs Élysée, afin de célébrer la loi en cours de discussion. Le théâtre d’ombres d’argent, de mépris, d’orgueil et de superbe joués par la caste médiatique et politique, a fortement contrasté avec le théâtre de rue des Veilleurs et des familles défendant simplement leur droit à être.

De même, les deux auteurs n’oublient pas les mensonges du gouvernement, les manipulations des chiffres, des photos et des communiqués, les infiltrations de policiers en civil jouant aux skinheads lors des manifestations. Tout cela a déniaisé une génération qui pouvait croire en la vérité des images du 20h, et en la bonté intrinsèque des forces chargées du maintien de l’ordre. Les tensions internes du mouvement LMPT sont elles aussi analysées, notamment les difficultés à canaliser l’énergie et parfois le cavalier seul de Frigide Barjot.

Reste la question du futur du mouvement. Les auteurs ont interrogé de nombreux acteurs de cette année de contestation, y compris à gauche. Sans vouloir trancher ni conclure définitivement sur un mouvement qui n’en ait qu’à ses débuts, les auteurs analysent quatre grands changements majeurs apportés par ce mouvement. D’abord, le retour des catholiques dans la vie du pays. C’est la fin de l’enfouissement et du contemptus mundi suivi dans les années postconciliaire. Les temps des affrontements internes semblent finis pour se concentrer sur l’affrontement avec la dictature du relativisme. Ensuite, la prise de conscience politique et l’envie de participer à la vie politique de son pays, notamment de la part de la jeunesse. Cela peut être lourd de conséquences pour la suite. Troisièmement, la mise sur pied d’une nouvelle force militante, très souple et très mobile, prête à intervenir rapidement et partout. Enfin, le goût pris de la rue et du pavé, chez des personnes qui n’avaient jamais manifesté, et qui ont depuis lors découvert leur force et leur poids. À travers cette enquête sur un an de conflit, c’est peut-être une génération d’action qui est esquissée.