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L’homme qui ne voulait pas être pape

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L’homme qui ne voulait pas être pape. Histoire secrète d’un règne. Nicolas Diat, Albin Michel, 2014.

C’est par esprit de service que Joseph Ratzinger a accepté la charge de pape en 2005, et c’est aussi par esprit de service que Benoît XVI a renoncé à cette même charge en 2013. À chaque fois a prédominé le sens du devoir et la nécessité de servir l’Église et la volonté du Christ. Lors de son homélie d’intronisation, Benoît XVI a demandé de prier pour lui, pour qu’il ait la force de lutter contre les loups et de ne pas se dérober face à eux. Les mots n’étaient pas choisis au hasard, pour un homme qui a fondé son pontificat sur le verbe et la défense du logos, mais parce qu’il savait que la fonction serait dure à porter, et que les moments de scandales risquaient d’être nombreux.

Nicolas Diat revient sur ces huit années de pontificat, qui succèdent à 23 ans de direction de la Congrégation pour la doctrine de la foi. L’auteur est un admirateur de Benoît XVI, son affection transparaît dès les premières phrases. Il en comprend très bien la pensée, et il est capable de l’expliquer comme peu de journalistes peuvent le faire. Il a eu la bonne idée de citer largement de nombreux passages des textes de Benoît XVI, ce qui permet de relire les grands moments de son pontificat, de se replonger dans des textes d’une grande intensité théologique, et de revivre, de façon accélérée, ces huit années de pontificat du théologien. A l’analyse profonde du règne de Benoît XVI, l’auteur ajoute une plume alerte et vive. L’ouvrage est très bien écrit, dans un style précis, clair, dénué de fioritures inutiles, mais évitant l’écueil des simplismes. Il est en outre très bien documenté. L’auteur a rencontré de nombreux cardinaux et personnes importantes de la Curie, avec qui il a eu des échanges soutenus. Un nombre important de ces entretiens sont relatés, ce qui permet d’avoir des témoignages des proches du pape et de ceux qui l’ont côtoyé. C’est, incontestablement, le premier ouvrage d’envergure en langue française qui offre une analyse profonde et juste du pontificat de Benoît XVI.

L’auteur n’élude pas les scandales qui ont émaillé ces huit années : la polémique de Ratisbonne, celle sur le préservatif, lors du voyage en Afrique, l’incompréhension lors de la levée des excommunications des évêques lefebvristes, les actes pédophiles commis par certains prêtres pendant de nombreuses années, les malversations de l’Institut des Œuvres de Religion. Il montre comment le pape s’est livré à une œuvre de purification salutaire pour purger les erreurs et les fautes du passé. Dans ces moments troubles, il semble avéré que Benoît XVI a été souvent mal conseillé et mal entouré. Certains cardinaux ont, semble-t-il, été davantage mus par l’esprit de carrière que par celui de service. La communication a été gérée de façon non professionnelle, le directeur de la salle de presse du Saint-Siège voyant rarement le pape et attendant beaucoup avant de réagir lors de l’éclatement des polémiques. Les arguments donnés par l’auteur semblent convaincants et crédibles, même s’il manque quelque peu de prudence en citant certains noms.

Le fait que la réforme de la Curie ait été au cœur des discussions lors des congrégations générales de l’avant conclave témoigne du fait que de nombreux cardinaux ont pris conscience du dysfonctionnement de la Curie. De même, le pape François a procédé à des nominations qui sont autant de désaveux et de sanctions pour quelques cardinaux qui n’ont pas été à la hauteur de leur responsabilité.

Nicolas Diat termine son ouvrage par des chapitres qui sont de beaux portraits du pape François. Eux aussi sont très bien informés et documentés. Il montre que le pape actuel a davantage le sens du gouvernement que son prédécesseur, c’est-à-dire qu’il est plus capable de décider, de trancher et de sanctionner, que ne pouvait le faire Benoît XVI, pape théologien qui a dû forcer son caractère pour sanctionner certaines personnes en mal de compétence. En même temps, l’auteur montre comment le pape Ratzinger a été un des rares à prendre à bras le corps le problème des prêtres pédophiles, des agissements du fondateur de la Légion du Christ et des scandales de l’IOR. C’est sur ces bases assainies, et sur une théologie réaffirmée que le pape François peut envoyer les chrétiens dans les périphéries existentielles.